Mis à jour le 5 mars 2021

Guerric de Crombrugghe : « ScanWorld se positionne comme un futur champion européen »

Par Shana Devleschoudere
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Le Dr Guerric de Crombrugghe, General Manager de la startup belge ScanWolrd © Debby TermoniaLe Dr Guerric de Crombrugghe, General Manager de la startup belge ScanWolrd © Debby Termonia

Le Dr Guerric de Crombrugghe, General Manager de la startup belge ScanWolrd © Debby Termonia

Le Dr Guerric de Crombrugghe, General Manager de la startup belge ScanWolrd © Debby Termonia

Et si les questions de productions alimentaires trouvaient leurs réponses depuis l’espace ? C’est la conviction de ScanWorld. Pas question ici de cultiver la surface de la lune, mais bien de scruter, depuis l’espace, nos sols. En apportant de tout nouveaux moyens d’analyse, la startup belge peut améliorer sensiblement les pratiques agricoles, en les rendant plus durables, plus respectueuses et plus rentables pour les agriculteurs. Rencontre avec le general manager de ScanWorld : le Dr Guerric de Crombrugghe.

Eventail.beComment décrivez-vous l’activité de ScanWorld ?

Guerric de Crombrugghe Pour le dire simplement : nous sommes un fournisseur de données sous forme d’images hyperspectrales.

– Que se cache-t-il derrière cette technologie ?

Hyperspectral, cela signifie : « qui dépasse le spectre visible de l’être humain ». Les images que nous produisons donnent des renseignements basés sur la façon dont une surface reflète la lumière et que nous ne pouvons pas percevoir à l’œil nu. L’œil humain dispose de trois capteurs qui détectent chacun une des trois grandes régions du spectre lumineux : le rouge, le vert et le bleu. Toutes les nuances de couleurs que nous percevons sont des combinaisons des informations reçues par ces capteurs. Et, nous ne nous en rendons pas compte, mais ces couleurs donnent des informations sur la chimie qui compose l’environnement que nous voyons. Les végétaux verts nous disent qu’ils contiennent sans doute de la chlorophylle. Quand ils deviennent jaunes, c’est qu’il manque de chlorophylle : la plante va mal. La spectro-imagerie (ou imagerie hyperspectrale) ne considère pas seulement trois importants blocs du spectre lumineux, mais 200 beaucoup plus étroits. Et en se basant sur la réflectance (la façon dont une surface reflète la lumière), on arrive à des résultats extrêmement fins. Si avec trois blocs, on peut déjà supposer la présence de chlorophylle, imaginez ce que l’on peut déceler avec 200 !

Une image hyperspectrale prise depuis un satellite © DR

 – Pourquoi la spectro-imagerie intéresse-t-elle l’agriculture ?

Ce n’est un secret pour personne : l’agriculture est à un tournant. Elle doit évoluer. Elle est d’une part l’une des causes du réchauffement climatique que nous subissons actuellement (30% des gaz à effet de serre sont issus des systèmes alimentaires). Mais elle est aussi l’une des victimes de ce réchauffement. L’agriculture intensive a appauvri les sols qui offrent moins de rendement et les accidents climatiques rendent la production chaotique. Nous pensons chez ScanWorld que l’agriculture peut être la solution à ses propres problèmes, notamment au travers de la séquéstration de carbone dans les sols. Les données issues des images hyperspectrales ont des tas d’applications : quantifier la présence de carbone organique dans le sol, détecter rapidement l’émergence de maladies des végétaux, aider à optimiser les besoins en intrants comme les fertilisants et l’eau…

 – Vous avez des exemples concrets ?

Des tas ! Le cas de la rouille jaune est éloquent. Il s’agit d’une maladie qui frappe le blé. Elle affecte toutes les variétés de blé partout dans le monde, même celui issu des meilleures souches OGM. Le fermier la détecte en observant les feuilles d’un plant jaunir d’une façon particulière. Les symptômes mettent plusieurs jours à apparaître après l’infection de la plante. Une fois la plante atteinte, le rendement de la zone infectée chute d’une trentaine de pourcents. Lutter contre la maladie est donc coûteux en argent et en temps. Sans parler du coût écologique. Avec les images hyperspectrales, on peut détecter la rouille jaune plusieurs jours avant qu’elle ne soit visible à l’oeuil nu, et donc traiter des zones moins importantes d’un champ. L’agriculteur fait des économies et améliore son impact environnemental.

– La spectro-imagerie est-elle déjà utilisée à ces fins-là ?

Oui, notamment sur des drones. Mais elle est extrêmement coûteuse. Ce que propose ScanWorld c’est d’utiliser des satellites pour prendre les images.

© ScanWorld

– Des satellites ?

Absolument. Cela peut paraître paradoxal quand on parle de réduire les coûts, mais en fait, ce qui coûte cher avec les satellites, c’est l’infrastructure et la mise en place. Une fois en orbite, ils tournent – littéralement – tout seuls et prendre des images, même d’une très grande étendue, ne coûte pratiquement rien. En plus d’être plus abordables, les images satellites ont l’immense avantage d’être absolument constantes, régulières et d’une très grande qualité, puisque les images sont prises, semaines après semaines, par le même matériel, au même instant précis, et ce quelque soit les conditions météorologiques. Elles peuvent donc être comparées toutes les semaines sans craindre aucun biais. C’est extrêmement précieux pour les analyses de données. Les drones sont très flexibles et rapides à mettre en œuvre, ils sont parfaits pour les cultures à très hautes valeurs ajoutées comme les vignes ou les roseraies. Le satellite, lui, est la solution idéale, chic et pas cher, pour les cultures extensives et globales.

– Vous êtes déjà opérationnel ?

Nous n’avons pas encore nos propres satellites en orbite, si c’est la question. Pour le moment nous utilisons les images de deux satellites démonstrateurs pour lesquels nous avons déjà des licences d’utilisation. Cela nous permet déjà de fournir des images à nos clients. Mais nous prévoyons de mettre sur orbite 9 satellites. Le premier en 2024, et les 8 suivants dans le courant de 2025 et 2026. Nous prévoyons de proposer à nos clients une revisite hebdomadaire d’une même cible.

© ScanWorld

– Pratiquement, comment fonctionnez-vous ?

Nous sommes incubés par l’un de nos actionnaires Spacebel (spécialisé dans le software spatial). Notre accord d’incubation prévoit qu’ils s’occupent de notre comptabilité, des ressources humaines… ScanWorld peut aussi compter sur les ingénieurs de Spacebel comme consultants à prix coûtant. Nous passons maintenant à une deuxième phase du projet et plusieurs ingénieurs de Spacebel vont basculer complètement sur ScanWorld. Nous avons également 3 postes ouverts dont nous clôturons le recrutement. Nous espérons être entre 15 et 20 à la fin de l’année.

– Une vingtaine… on est loin de l’image de Cap Canaveral !

(rires) C’est vrai, mais cela ne nous empêche pas de nous positionner comme un futur champion européen de notre discipline. Nous arrivons avec un outil extrêmement complémentaire au travail d’autres startups ultra performantes et spécialisées dans l’observation spatiale. Il y a d’abord eu l’avènement de l’imagerie spatiale avec revisite très fréquente (plusieurs fois par jour), le développement de l’imagerie en ultraresolution. Voici le temps de l‘imagerie hyperspectrale.

Plus d’informations : www.scanworld.be

Article écrit par Martin Boonen, paru sur Eventail.be. Retrouvez d’autres articles sur l’entrepreneuriat sociétal, mais aussi l’actualité du gotha, de la culture, du marché de l’art, de la gastronomie, de la mode et de la santé, de la déco et du patrimoine sur www.eventail.be.