Mis à jour le 2 avril 2021

Trésors impériaux et royaux : Collection Rosalinde et Arthur Gilbert

Par Shana Devleschoudere
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Une boîte précieuse en chrysoprase du roi Frédéric II de Prusse © Collection Rosalinde et Arthur Gilbert

Une boîte précieuse en chrysoprase du roi Frédéric II de Prusse © Collection Rosalinde et Arthur Gilbert

Riche de 1200 pièces, la collection de Rosalinde (1913-1995) et Arthur Gilbert (1913-2001) concentre une myriade de chefs d’œuvre issus de l’orfèvrerie et de l’art de la micro-mosaïques. Certains ont appartenu au roi Frédéric II de Prusse ou à la reine Charlotte de Grande-Bretagne, d’autres furent commandés par Napoléon ou Catherine II de Russie.

Longtemps exposé au Los Angeles County Museum, l’ensemble reçut un écrin londonien dès l’an 2000 à Somerset House, sur le Strand, puis rejoignit le Victoria and Albert Museum, l’un des plus illustres musées au monde, spécialisé dans les arts décoratifs. Le couple Gilbert qui fit fortune dans le monde de la mode en Grande-Bretagne, dans les années 30 puis dans l’immobilier, de l’autre côté de l’Atlantique ont amassé les objets les plus extraordinaires durant près de quarante ans, s’initiant aux arcanes de la micro-mosaïque, de la miniature, de l’argenterie et des émaux.

Afin de mieux faire connaître leur goût infaillible, le V&A a décidé d’aller à la rencontre d’autres publics, sur le continent européen, puis en Amérique et en Asie. Le privilège de présenter pour la première fois cette scintillante sélection est revenu au musée du diamant à Anvers qui a appelé l’architecte Dries Otten afin d’imaginer une scénographie digne de ce nom, à la hauteur des objets en présence.

Si la statue en cire d’Arthur Gilbert, assis à son bureau, accueille des visiteurs quelque peu surpris par ce petit clin d’œil kitsch, on ne tarde pas à plonger dans un univers flamboyant dont la chronologie débute à l’extrême fin du XVIe siècle avec un hanap en forme de perdrix au plumage de nacre gravée, ouvré à Nuremberg entre 1598 et 1602 par Jörg Ruel. En regard, une chouette en argent au corps sculpté dans une noix de coco établit un dialogue avec les collections du musée.

© Collection Rosalinde et Arthur Gilbert

Un autre hanap, sans doute réalisé en Flandre, montre un dieu de la mer chevauchant un poisson. Le groupe en vermeil qui repose sur une tortue et soutient un nautile daterait de 1585. Mais la période de prédilection du couple de mécènes demeure le XVIIIe siècle avec son lot d’objets exceptionnels à commencer par une chocolatière en argent de style rococo qui sort des ateliers du britannique Samuel Courtauld, vers 1750, ou, chef d’oeuvre absolu, les portes de l’iconostase du monastère de Pechersk Lavra à Kiev.En argent et vermeil, elles furent commandées par Catherine la Grande en 1784 et ont miraculeusement échappé à la fonte. Rosalinde Gilbert les appréciait moins que son époux et les stocka longtemps dans son garage !

© Collection Rosalinde et Arthur Gilbert

La collection doit sa renommée à sa constellation de boîtes précieuses dont la plus extraordinaire appartînt à la collection du roi Frédéric II de Prusse. En chrysoprase vert pomme, une gemme rare autrefois extraite en Silésie, elle resplendit de diamants dont les couleurs rose et jaune citron sont obtenues par des paillons métalliques déposés par-dessous. Le travail en relief, de toute beauté, illustre à merveille le style rococo en vogue à l’époque.

Une autre boîte en or au décor architecturé en diamants fut offerte par l’impératrice Catherine à Thomas Dimsdale, le chirurgien qui vaccina la famille impériale contre la variole. Réalisée quant à elle au XIXe siècle, citons une boîte de présentation au chiffre de la reine Victoria.

© Collection Rosalinde et Arthur Gilbert

De la même époque, une spectaculaire soupière en argent signée Paul Storr de Londres ou un chandelier au décor cynégétique qui ne pèse pas moins de 38 kilos ! Autre point fort de la collection, les tableaux, miniatures et objets décorés de micro-mosaïques, cette technique qui consiste à juxtaposer de minuscules tesselles colorées pour former des paysages ou des compositions fleuries ou animalières, une spécialité italienne, très en vogue depuis la fin du XVIIIe siècle, mais qui connut son apogée sous le Premier Empire. Impossible de tout mentionner mais les découvertes se multiplient au fil d’un parcours riche en merveilles, reflet de la passion des Gilbert.

Du 5 mars au 15 août 2021, DIVA Museum, Anvers

Article écrit par Christophe Vachaudez, paru sur Eventail.be. Retrouvez d’autres articles sur l’actualité culturelle, mais aussi sur celle du gotha, du marché de l’art, de la gastronomie, de la mode, de la santé, de la déco et du patrimoine ou du monde de l’entreprise sur www.eventail.be.

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