Mis à jour le 4 novembre 2021

Il faut rester prudent et être attentif à la « trop bonne santé » de l’immobilier résidentiel…

Par Shana Devleschoudere
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Serge Fautré, l'ambitieux CEO d'AG Real Estate...

Serge Fautré, l'ambitieux CEO d'AG Real Estate...

En ce fin de semaine, nous poursuivons notre série sur “L’immobilier de Demain” avec un nouvel expert. Après Jean Corman (Victoire), Arnaud Regout (WoodShapers), Paolo Leonardi (supplément immobilier du “Soir”), Anthony Di Prima (3ème Bureau / Hobeco) et Honorine d’Ursel (Dorotheum), c’est Serge Fautré, CEO d’AG Real Estate, qui nous donne son avis. Un avis toujours avisé.
Commençons par rappeler ce qu’est AG Real Estate. Il s’agit de la filiale immobilière d’AG Insurance. Son ambition est de gérer de façon optimale et durable un portefeuille d’actifs . À la fois investisseurs et développeurs, ils œuvrent en Belgique (entre autres) dans l’intérêt de leurs clients et partenaires. Pour atteindre cet objectif, AG Real Estate possède plusieurs méthodes : participer au développement, à l’investissement et au financement immobilier, militer pour les PPP (partenariat public-privé) et gérer aussi des parkings. En effet, Interparking est une filiale (à 51%) de AG Real Estate. Bref, une entreprise et une voix qui compte, celle de Serge Fautré, son CEO.
S’il s’agit d’un avis autorisé, il détonne aussi. Concrètement, le fait que l’immobilier résidentiel soit en forme en Belgique n’est pas de nature à le rassurer : “Il faut rester prudent et être attentif à la « trop bonne santé » de l’immobilier résidentiel au cours des dernières années”. Voilà qui n’est pas courant comme propos. Mais d’où vient cette inquiétude que l’on sent pointer ? “La part allouée au logement doit rester raisonnable. Elle représente déjà la plus grande part du budget des ménages. Le pourcentage du revenu disponible qu’un ménage alloue à l’immobilier a déjà fortement augmenté au cours des dernières années. Cela a un effet négatif sur le reste de la consommation, avec un accès au logement difficile”. C’est on ne peut plus clair. Si l’immobilier augmente, les gens ont moins d’argent à allouer à d’autres postes de leur budget. Et comme tout est lié, ce n’est bon pour personne : “Notre secteur ne doit jamais oublier que tous les acteurs économiques dépendent de plein d’éléments, et notamment la capacité des Belges à se loger. L’immobilier résidentiel doit être une classe d’actifs stable et c’est dangereux de le transformer en objet spéculatif “.
On l’a compris, cette inflation de l’immobilier est à éviter, ou toutefois à limiter au maximum. Et la meilleure solution est sans doute de travailler à la racine du problème, mais encore faut-il l’identifier. La réponse de Serge Fautré fuse : “La demande est supérieure à l’offre, c’est aussi simple que ça cela “. C’est vieux comme le monde et cela a toujours fait cauchemarder nombre d’économistes : la fameuse loi de l’offre et de la demande. Cela a beau être “simple”, quelques explications supplémentaires sur l’origine de ce phénomène sont bienvenues : “Il y a davantage de demandes car les cellules familiales sont plus nombreuses et parce que la démographie augmente. En ce qui concerne l’offre, elle est insuffisante car les autorités publiques acceptent avec plus de difficultés la création de nouveaux logements et obtenir des permis est encore compliqué à ce jour. Il y a également le phénomène dénommé « NIMBY» (Not In My BackYard)”. Littéralement traduit, cela signifie “pas dans mon jardin”. On a compris l’idée : les gens n’ont rien contre le développement immobilier du moment que ça qu’il se passe loin de chez eux.
Enfin, tant qu’à avoir des idées qui se démarquent des autres, Serge Fautré en rajoute une couche : “L’une des solutions serait “des immeubles à appartements, peut-être plus élevés”. Loin de lui l’idée de construire des milliers de tours “mais il faut pouvoir monter un petit peu”. Dans un monde où le retour à l’ancien est plus que jamais à la mode, il n’a pas peur de choquer mais donne un exemple : “J’ai vu à Moscou un projet formidable sur « pilotis » qui débutait au 3e étage et libérait ainsi de l’emprise au sol dans la ville, pour permettre aux citoyens de s’approprier l’espace public”.
Serge Fautré a beau avoir une voix qui dénote, au risque de surprendre, il compte bien la faire entendre.
Bon début de week-end au chaud, chez vous… ou ailleurs !