Publié le 12 juin 2024

Le refuge fortifié d’Omal

Par High Level Communication
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@IRPA

Ou la métamorphose d’un bâtiment emblématique du XVIIéme siècle

Chaque année, l’Association Royale des Demeures historiques et Jardins de Belgique décerne son Prix du Patrimoine (*) à un projet de restauration particulièrement remarquable. En 2023, elle a couronné le sauvetage de la tour fortifiée d’Omal, un monument historique menaçant ruine qui, grâce à la persévérance d’un passionné de patrimoine, au savoir-faire d’artisans du patrimoine et à l’intégration de techniques contemporaines, a été réhabilité en un logement hautement efficient ! Ou comment ancien et nouveau peuvent fusionner en parfaite harmonie

 

@Guy Focant

Construit en 1625, ce bâtiment est un des rares témoins d’architecture défensive des villages. Classé intérieur et extérieur en 1947, puis en tant qu’ensemble (bâtiment et abords) en 1977, il est en ruine et abandonné depuis de longues années (sa toiture s’est effondrée par vétusté en 1944, son pignon sud-ouest avec ses cheminées en 1983) lorsque Jacques de Pierpont, entrepreneur et amoureux du patrimoine, en fait l’acquisition avec pour objectif de le sauver et de le réhabiliter. Le bâtiment originel, très fermé, est composé de trois pièces très simples de forme rectangulaire et superposées sur 3 niveaux dont l’étage supérieur servait de colombier. Au rez-de-chaussée, à l’exception de petites fenêtres hautes (situées à 2m de haut), la seule ouverture (ne comportant aucune vue extérieure) est constituée par une grosse porte en bois. Les contraintes liées à la qualité de l’édifice, à sa situation et à ses dimensions modestes, ont guidé vers une réaffectation en logement particulier comportant une chambre à couche. Cette affectation nécessitait l’intégration de notions d’habitabilité et d’économie d’énergie dans un volume fermé au confort plus que précaire (refuge fortifié !). Il fut dès lors décidé d’y adjoindre une annexe basse située à l’emplacement des ruines de l’ancien fournil du XIXéme s., afin d’augmenter la surface habitable mais aussi de doter l’ensemble d’une ouverture vers les espaces verts situés à l’arrière du bâtiment.

@Trio Architecture

Maintien et restauration

Sous la direction de l’architecte Sébastien Petit (Trio Architecture) et en étroite collaboration avec le maître d’ouvrage, la philosophie des transformations a privilégié le maintien et la restauration de l’existant (murs, pierres d’angles, encadrements, arquebusières, boulins, etc.), en privilégiant les structures originelles du XVIIème siècle du bâti, et en restituant à l’identique les éléments originels chaque fois que l’état initial est connu, notamment sur base de photos anciennes de l’IRPA et d’une étude archéologique minutieuse des vestiges (sommiers et voussettes entre rez-de-chaussée et 1er étage, planchers 2ème étage, charpente, cheminées, etc.). Une autre ambition du projet, et non des moindres, était de réaliser les travaux en auto-construction en y associant des artisans du patrimoine : couvreurs de plomb / ardoisier, maçon, tailleur de pierre, ferronnier, menuisier… Au niveau de l’habitabilité, une réflexion très poussée au niveau de l’isolation par l’intérieur a été menée de concert avec la cellule « Architecture et Climat » de l’UCL.
Après restauration et restitution de l’enveloppe du bâtiment, les interventions nouvelles se sont caractérisées par la création de deux volumes ou « blocs mobiliers » superposés et alignés verticalement rassemblant les fonctions vitales ajoutées (cuisine et salle de bain). Ces blocs, réalisés en ossature légère et déposés comme un mobilier, sont détachés des murs intérieurs et des plafonds. Ils forment un sas thermique, autour desquels se développent des circulations. Au niveau des murs, une isolation de cellulose a été projetée entre les montants de la contre-cloison en bois ; côté intérieur, un freine vapeur a été posé en continu, relié à des membranes EPDM préalablement posées avec isolation rigide aux endroits des encastrements en bois dans les maçonneries extérieures afin d’éviter tout risque de condensation et de dégradation dans le temps.

Consommation énergétique

Une grande attention a aussi été accordée à la consommation énergétique de l’ensemble en vue de la rendre la plus basse possible, en utilisant des technologiques performantes adaptées aux caractéristiques du bâtiment (double vitrage U :1.1, pompe à chaleur avec captage géothermique pour chauffage sol basse température, ventilation de type A, …). Il a atteint une consommation spécifique d’énergie primaire de 117 kWh/m².an, soit un label « B » selon le certificat PEB, un score plutôt exceptionnel pour ce type de bâtiment classé ! Le projet a vu son aboutissement courant 2023, au terme de 18 années de réflexion, de recherches, d’études, de patients et méticuleux travaux. Après plusieurs décennies d’inoccupation humaine, il accueillera dès ce printemps 2024 de nouveaux habitants, lesquels pourront bénéficier d’un confort ultramoderne dans un environnement totalement classé. Un véritable privilège, mais aussi une consécration pour les intervenants qui se sont succédés avec passion et savoir-faire pour le sauvetage de ce joyau de notre patrimoine !
(*) Prix Prince Alexandre de Merode pour le Patrimoine, doté de 10.000 € et soutenu par Delen Private Bank. La réhabilitation d’Omal a aussi été Lauréate du Grand Prix d’Architecture de Wallonie 2023.

A propos de l’Association Royale des Demeures historiques et Jardins de Belgique asbl

PROTÉGER – VALORISER – TRANSMETTRE : DEPUIS 90 ANS AU SERVICE DU PATRIMOINE HISTORIQUE PRIVÉ
Depuis 1934, l’association œuvre à la sauvegarde et à la promotion du patrimoine historique immobilier privé en Belgique. Elle réunit quelque 1300 membres propriétaires et sympathisants dans les trois régions du pays. D’une part, elle vise à soutenir les propriétaires et gestionnaires de biens patrimoniaux en encourageant toute mesure juridique, fiscale ou administrative favorable à la préservation, la gestion et la transmission de ce patrimoine auprès des autorités fédérale et régionales concernées, mais aussi en assurant le partage d’informations, de connaissances et de bonnes pratiques entre ses membres. D’autre part, elle cherche à constituer autour d’eux, une large communauté d’entreprises, d’artisans, d’associations, de sympathisants, d’amateurs, de bénévoles, partageant tous la même passion du patrimoine et la même volonté de la préserver pour les générations à venir.
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