Une carrière professionnelle sur le circuit est éprouvante pour les nerfs, intense sur le plan émotionnel et extrêmement exigeante. Il faut bien, de temps en temps, relâcher la pression. Mais construire une vie sociale, et encore plus une relation, tout en étant constamment loin de chez soi n’est pas chose aisée. Voilà pourquoi les couples formés par deux joueurs de tennis fonctionnent souvent mieux.

Chris Evert et Jimmy Connors, Kim Clijsters et Lleyton Hewitt, Fernando Verdasco et Ana Ivanovic, Paula Badosa et Stefanos Tsitsipas, Maria Sharapova et Grigor Dimitrov… Autant de noms célèbres qui ont fait battre le cœur des fans et doper les ventes des journaux. Pourtant, tous ces duos emblématiques n’ont pas réussi à transformer leur partenariat amoureux en réussite durable. Au début de leur « love game », le discours est souvent le même : nous savons ce qu’est la vie sur le circuit, nous comprenons les émotions qui l’accompagnent et nous pouvons mieux nous soutenir dans les moments difficiles. L’argument se tient. Mais l’envers du décor existe aussi : les émotions sont doublées, les calendriers et les déplacements doivent être coordonnés, les entourages se multiplient, l’attention médiatique est plus forte… et un déséquilibre dans les résultats peut facilement créer des tensions. Au cours des quinze dernières années, les circuits masculin et féminin se sont progressivement rapprochés. À l’époque de Connors et Evert, ou même de Steffi Graf et Andre Agassi, les occasions de se croiser se limitaient souvent au Champion’s Ball de Wimbledon ou aux coulisses de Roland-Garros.

Pour Flavia Pennetta et Fabio Fognini, en revanche, il était déjà possible d’organiser un programme commun autour des tournois du Grand Chelem et des Masters. Ce rapprochement entre les deux circuits favorise les contacts. Là où certains joueurs regardaient autrefois le tennis féminin avec un certain condescendance, ils peuvent aujourd’hui constater de leurs propres yeux que Aryna Sabalenka et ses consœurs abordent leur métier avec une détermination au moins égale à la leur. Résultat : davantage de respect mutuel, d’amitiés… et de relations amoureuses entre joueurs et joueuses, tout simplement parce qu’ils rencontrent plus souvent des partenaires potentiels que lors de leurs rares passages à la maison. Certains ont d’ailleurs longtemps « pêché dans le même étang » avant de trouver la bonne personne. L’Italienne Flavia Pennetta, par exemple, a d’abord été en couple avec Carlos Moyà avant de trouver l’amour auprès d’un compatriote. Gaël Monfils a connu une relation avec Dominika Cibulkova avant de se mettre avec Elina Svitolina, tandis que Radek Štěpánek, véritable « playboy » du circuit, a courtisé tour à tour Petra Kvitova et Nicole Vaidisova.

Strass et paillettes, mais pas que…
Ces relations internes au circuit apportent souvent glamour et paillettes sur les tapis rouges, éclats de rire dans les vestiaires… mais aussi quelques soupirs dans les box des joueurs. Car il n’est pas toujours évident d’encourager son partenaire tard le soir alors que l’on devrait déjà être couché avant un match le lendemain. Sans parler de la charge émotionnelle supplémentaire. Dans le tennis, presque tout le monde perd chaque semaine. Imaginez devoir encaisser deux défaites dans le même couple. La série documentaire Break Point sur Netflix l’illustre d’ailleurs en évoquant la relation brisée entre Ajla Tomljanovic et Matteo Berrettini. Tous les pièges y apparaissent : émotions à fleur de peau, pression familiale, distance, sentiment de vide. Sous les projecteurs, et parfois sous l’œil des caméras Netflix dans une suite d’hôtel, il n’est pas simple de construire quelque chose de solide dans un sport qui génère autant d’adrénaline. Certains couples y parviennent pourtant admirablement. Voici trois duos particulièrement performants sur le circuit actuel.
Tout n’est pas simple…
Si Jannik Sinner et Anna Kalinskaya ou Stefanos Tsitsipas et Paula Badosa avaient poursuivi leur relation, ils auraient sans doute été en tête d’affiche. Mais l’Australien Alex De Minaur et la Britannique Katie Boulter forment aujourd’hui l’un des tandems les plus solides du circuit. « Demon » évolue depuis quelque temps déjà dans le top 10 mondial. Sa future épouse (le couple est fiancé et doit se marier cette année) a atteint la 23ème place mondiale à son meilleur classement et navigue aujourd’hui autour du top 60. Les deux joueurs sont ensemble depuis six ans. L’étincelle est née presque par hasard, lorsqu’ils séjournaient dans le même hôtel de joueurs. Leur premier rendez-vous : un café partagé juste avant l’Open d’Australie. Peu après, la pandémie de Covid a éclaté et leur jeune relation a dû s’épanouir… à distance, via FaceTime. De Minaur, fils d’un père uruguayen et d’une mère espagnole, a déménagé à l’âge de cinq ans de Sydney à Alicante. Il a partagé sa jeunesse et sa formation tennistique entre ces deux lieux. Aujourd’hui, le joueur de 27 ans vit dans le sud de l’Espagne et possède également une maison à Londres avec sa fiancée. Boulter, de deux ans son aînée, compte déjà quatre titres WTA mais se montre un peu plus irrégulière dans ses résultats. Originaire de la région de Leicester, elle a découvert le tennis grâce à sa mère, entraîneuse. « Le début de notre relation n’a pas été simple », a-t-elle reconnu. « Il nous arrivait de prendre le petit déjeuner à des tables différentes, ou d’arriver avec dix minutes d’écart dans la salle pour éviter les spéculations. » Mais vite, des règles claires ont été établies. « Au début, nous nous sommes clairement dit que le tennis restait la priorité », explique De Minaur. « C’était nécessaire pour que cela fonctionne. » Dans le magazine Body & Soul, il résume leur force :
« Nous savons exactement ce que l’autre traverse. Nous connaissons les peurs profondes et nous voyons immédiatement si l’autre est satisfait de lui-même ou non. Dans ces moments-là, nous pouvons vraiment nous aider. » Mais tout n’est pas toujours simple. « L’an dernier à Wimbledon, ce n’était pas facile », confiait-il au Mirror. « Il n’y a pas de mode d’emploi pour ça. Ce n’est pas idéal, ni agréable. Mais j’ai déjà été à sa place. Tout ce que je pouvais faire, c’était être là pour elle, comme elle l’est toujours pour moi, dans les bons comme dans les mauvais moments. »

Power couple
En termes de charisme, c’est sans doute le véritable « power couple » du circuit. Alors que son épouse, plus jeune de huit ans, continue de briller sur les courts, Gaël Monfils, lui, entame doucement sa tournée d’adieux. Le fantasque Français a longtemps été l’un des joueurs les plus appréciés du circuit : showman, athlète spectaculaire et personnalité attachante. L’an dernier, il a encore remporté à Auckland, face à Zizou Bergs, son treizième (et probablement dernier) titre ATP. Pendant ce temps, Elina Svitolina réalise un retour presque irréel. Après la naissance de leur fille Skaï en octobre 2022, l’Ukrainienne a repris la compétition et remporté le titre à Strasbourg seulement six mois plus tard. Depuis, sa progression est continue. En 2026, elle a atteint pour la première fois les demi-finales de l’Open d’Australie, disputé la finale du WTA 1000 de Dubaï et retrouvé le top 10 pour la première fois depuis 2021. Une performance remarquable pour une joueuse désormais âgée de 31 ans et jeune maman. Cette année, elle a même remporté le tournoi d’Auckland… une semaine avant que Monfils n’y défende son titre. Le couple (19 titres pour Svitolina, 12 pour Monfils) parcourt le monde ensemble, mais réside à Genève entre les tournois. Leur histoire a commencé fin 2018. Après avoir remporté le Masters féminin à Singapour, Svitolina était venue célébrer sa victoire à Paris. Monfils a remarqué ses photos de fête sur les réseaux sociaux… et s’est tout simplement invité. Ils ont officialisé leur relation via un compte Instagram commun, très populaire : G.E.M.S. Life. À l’Open d’Australie 2019, ils apparaissaient déjà ensemble dans leurs box respectifs. Deux ans plus tard, ils se mariaient à Genève, vêtus de tenues violettes, avant de reprendre leur vie de tennismen et tenniswomen. « Avant tout, c’est une mère extraordinaire », déclare Monfils avec fierté. « Tout le monde veut mettre le tennis en premier, mais pour moi elle est d’abord une maman incroyable. Bien sûr nous sommes un couple de tennis, mais il y a une vie en dehors du sport. » Il reste admiratif de son retour : « La façon dont elle est revenue, mentalement et physiquement, est incroyable. Et en plus, elle doit gérer la situation en Ukraine. C’est une femme extrêmement forte. » Svitolina s’est en effet engagée publiquement sur la question de la participation des joueuses russes, refusant notamment de leur serrer la main après les matches. Sa carrière est loin d’être terminée. Mais elle devra peut-être un jour faire une pause pour aider Monfils à réaliser son rêve : « Quand je serai vieux, j’aimerais avoir une très grande famille autour de moi », sourit le Français. « Le tennis, c’est génial, mais mon vrai rêve est là. »

Duo atypique
Le Néerlandais Tallon Griekspoor, actuel numéro 25 mondial, et l’ancienne numéro 21 mondiale Anastasija Potapova n’ont ni les résultats éclatants de De Minaur et Boulter ni le charisme médiatique de Monfils et Svitolina. Mais ils avancent à leur manière. Le meilleur joueur néerlandais et la championne junior de Wimbledon 2016 sont en couple depuis 2025. La joueuse russe de 24 ans a adopté la nationalité autrichienne l’an dernier. Elle avait auparavant été mariée au Kazakh Alexander Shevchenko, mais leur union n’a duré qu’un an.Depuis Roland-Garros il y a deux ans, Potapova et Griekspoor sont inséparables. « Je suis peut-être un peu plus coach qu’elle », a confié Griekspoor à Tennisform. « Mais elle a aussi sa propre équipe. Parfois je dois me mordre la langue. Certaines choses doivent rester privées. » Tous deux comptent pour l’instant trois titres chacun à leur palmarès. Mais, plaisantent-ils, leur plus beau trophée se trouve le soir dans leurs bras. Leur relation passionnée n’est pas toujours calme. Elle a aussi suscité la polémique lorsque tous deux ont participé au tournoi d’exhibition Northern Palmyra Trophies à Saint-Pétersbourg. Malgré la demande du gouvernement néerlandais de renoncer à l’événement, Griekspoor a maintenu sa participation. Le tournoi, sponsorisé par le géant gazier Gazprom, réunissait également Putintseva, Bublik, Khachanov et Veronika Kudermetova. La présence du Néerlandais en Russie en pleine guerre a évidemment attiré l’attention. Mais si l’épisode est vite retombé, l’amour entre Potapova et Griekspoor, lui, perdure. Même si la médiatisation peut peser. « Quand on écrit beaucoup sur vous et que tout le monde vous observe davantage, ce n’est pas toujours facile », expliquait-il dans le magazine Helden. « On s’y habitue, mais ce n’est pas quelque chose dont je suis fan. » Heureusement pour lui, il reste un grand fan… de Potapova !

Pour faire cohabiter vie professionnelle et vie privée, il faut de la persévérance, de la compréhension, de l’adaptation et un engagement total. Autant de qualités que les joueurs de tennis professionnels connaissent pourtant bien…