Et si derrière les éclats de rire se cachait un autre regard ? Celui, plus silencieux, d’un homme qui, après avoir fait s’esclaffer des générations entières, choisit aujourd’hui de peindre. Jean-Marie Poiré, figure incontournable du cinéma populaire français, installé à Uccle depuis une quinzaine d’années, ouvre un nouveau chapitre de sa trajectoire artistique sous un nom inattendu : Jim Jazz.
ON LE CONNAÎT pour ses films devenus cultes, diffusés et rediffusés au point d’appartenir désormais à la mémoire collective. Les Visiteurs,
Le Père Noël est une ordure, Papy fait de la résistance ou encore Opération Corned-Beef… autant de titres qui ont façonné un certain humour français, populaire et fédérateur. À cela s’ajoute une carrière d’auteur nourrie de collaborations prestigieuses, notamment avec Michel Audiard, Robert Lamoureux ou Georges Lautner, autant de signatures qui racontent une époque et un style.
Mais Jean-Marie Poiré n’a jamais été l’homme d’un seul registre. Avant même le cinéma, il explorait déjà l’image à travers la photographie
de mode, puis la musique dans les années 1970, en tant que chanteur et compositeur. Une trajectoire libre, instinctive, presque indisciplinée. Avec pourtant une constante : créer, toujours, autrement.

C’est dans un moment suspendu – celui de l’attente, entre deux projets de cinéma – que la peinture s’impose. D’abord comme un jeu,
presque un prolongement d’expériences passées, notamment aux côtés du peintre Olivier Legrand. Puis comme une évidence. Chez
lui, à Bruxelles, entre fragments de paysages recomposés et fleurs peintes à plusieurs mains, le geste s’affirme. Il y trouve une autre forme
de narration, plus intime, débarrassée du bruit.
Ses oeuvres prennent alors la forme de collages peints, mêlant techniques numériques et acrylique.
Des compositions hybrides, à la frontière entre image construite et matière sensible, où l’on devine un goût pour le montage (héritage
évident du cinéma) mais aussi une envie de rupture. Comme si, après avoir orchestré le rythme du rire, il explorait désormais celui du regard.
Pour signer cette nouvelle identité, Jean-Marie Poiré devient Jim Jazz. Un pseudonyme comme une échappée, une manière de séparer sans
renier, d’ouvrir un autre espace de création. Plus libre, certainement. Séduits par cette démarche singulière, Frédérick Mouraux et Flavie Durand-Ruel choisissent de présenter son travail marquant l’entrée officielle de l’artiste dans le champ des arts plastiques. Juxtaposed Emotions réunit un dialogue entre passé et présent, mêlant des toiles de jeunesse à des oeuvres réalisées au cours de l’année écoulée. Majoritairement de grand format, ces pièces s’inscrivent dans une esthétique résolument pop, où la couleur et l’énergie visuelle dominent. Collages, superpositions et jeux de matières viennent enrichir l’ensemble, créant un univers à la fois vibrant et hybride.
JUXTAPOSED EMOTIONS
Jusqu’au 10.06
Frédérick Mouraux Gallery, Uccle
frederickmourauxgallery.com
