Si Warren Buffett utilisait ChatGPT…

Si Warren Buffett utilisait ChatGPT…

Warren Buffett n’a jamais vraiment eu besoin de mode d’emploi. Pendant des décennies, le patron de Berkshire Hathaway a cultivé une méthode aussi simple qu’ancienne : comprendre, attendre, acheter au bon prix et ne – presque – jamais céder à la panique. À 95 ans, après avoir annoncé son retrait de la direction opérationnelle de Berkshire, l’homme qui a côtoyé les puissants de Wall Street, les grands patrons de l’Amérique et quelques-uns des plus grands investisseurs de la planète reste une référence mondiale.

Il a connu les époques, les modes et les crises. Il a surtout connu des hommes qui ont marqué leur temps : son inséparable associé Charlie Munger, Bill Gates, devenu l’un de ses proches amis et avec qui il a longtemps partagé une même vision de la philanthropie, mais aussi une multitude de patrons et de dirigeants venus chercher à Omaha son regard sur les affaires.

Mais… imaginons. En pure fiction, à l’heure où l’« Oracle d’Omaha » se retire progressivement des affaires, imaginons qu’il s’offre un dernier jouet : ChatGPT ?

Dans son bureau d’Omaha, dont il est originaire, entre deux lettres aux actionnaires et quelques rapports annuels, Buffett ouvre ChatGPT. Pas pour lui demander quelle action va doubler vendredi. Encore moins pour obtenir « les trois investissements qui le rendront plus riche rapidement ». Ce serait probablement le meilleur moyen de le faire sortir de ses gonds.

Son IA servirait plutôt de stagiaire – rapide, infatigable, mais sous surveillance. « Résume-moi les risques de cette entreprise. » « Compare ses résultats sur dix ans. » « Qu’est-ce qui a changé depuis le dernier rapport ? » Puis viendraient les vraies questions : possède-t-elle un avantage concurrentiel durable ? Son modèle est-il compréhensible ? Que pourrait-il lui arriver dans dix ans ?

Et l’on peut imaginer Buffett poser une autre question, beaucoup plus personnelle : « Qu’aurait pensé Charlie ? » Car s’il existe une voix qui a accompagné son parcours d’investisseur presque aussi longtemps que la sienne, c’est bien celle de Charlie Munger, son partenaire de Berkshire et son complice intellectuel pendant des décennies.

Le parcours de Buffett donne d’ailleurs une idée de ce qu’il attendrait d’une machine. À seulement 11 ans, il achète ses premières actions. À 26 ans, il crée sa propre société d’investissement. En 1965, il prend le contrôle de Berkshire Hathaway et transforme progressivement une ancienne entreprise textile en l’un des plus grands conglomérats du monde. Sa véritable prouesse n’a jamais été de trouver une formule magique : elle a consisté à faire preuve de patience pendant des décennies.

C’est là que la personnalité de Buffett compte. Méfiant envers les modes, obsédé par la simplicité et la rationalité, il utiliserait sans doute l’IA comme un outil de confrontation, pas comme une boule de cristal. ChatGPT pourrait avaler des centaines de pages en quelques secondes. Il ne pourrait pas, en revanche, décider à sa place si une entreprise mérite sa confiance.

Buffett pourrait même demander à l’IA de mettre en regard ses propres choix avec ceux des grands investisseurs de son époque : Benjamin Graham, son mentor intellectuel ; Charlie Munger, son alter ego ; Bill Gates, son ami et interlocuteur régulier ; ou encore les grands patrons qu’il a rencontrés au fil des décennies. Non pour leur donner raison, mais pour chercher les angles morts.

Cette fiction dit surtout quelque chose de notre époque. Buffett a passé sa vie à filtrer le bruit pour distinguer l’essentiel. L’intelligence artificielle promet désormais de filtrer le bruit à sa place. Reste à savoir qui, de l’algorithme ou de l’« Oracle », garderait le dernier mot.

Pour Lobby, c’est évident : certainement Buffett !

Après tout, même à l’heure de la retraite, l’homme qui a bâti sa fortune sur la patience, la lecture et le jugement personnel n’est probablement pas prêt à laisser une machine penser à sa place. Et s’il devait finalement lui demander un conseil, ce serait peut-être le plus simple de tous : « Dis-moi ce que je ne vois pas. » Puis il refermerait son ordinateur et retournerait lire le rapport annuel.

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