Beebonds mise sur le fan funding

Beebonds mise sur le fan funding

Avec quelques autres, Beebonds, la plateforme créée il y a dix ans par Joël Duysan, a offert ses lettres de noblesse au financement participatif, autrement dit au crowdlending, qui met en relation porteurs de projets et investisseurs particuliers. Dans un premier temps essentiellement active dans le domaine immobilier, elle a élargi son horizon, de Goldorak 2.0 aux supporters du RWDM, et bien sûr elle a intégré l’IA dans ses analyses. « On gagne un temps fou », assure le CEO. Par Christian Carette

Diversifier

Agent de change par vocation – ce n’est pas fréquent – mais écœuré par le chaos de la crise des subprimes qui l’a fait réfléchir, Joël Duysan a décidé de quitter la Bourse et ses fonds spéculatifs pour inventer sa propre voie et proposer des placements alternatifs, plus démocratiques et proches de l’économie réelle. Avec Beebonds, il a créé sa structure de crowdlending, offrant à des développeurs de projets un accès direct à l’épargne publique, y compris celle du commun des mortels qui, dès 100 euros, peut investir dans des dossiers qui l’intéressent, qu’à la limite il a envie d’aider, et avec des rendements supérieurs à ceux obtenus dans le circuit bancaire. « Bien sûr, au plus le rendement est élevé, au plus le risque l’est aussi, même quand le dossier est examiné à la loupe et qu’un maximum de garanties ont été obtenues », dit-il. « C’est une règle simple pour tout investissement, il est toujours bon et prudent de diversifier. » 

Diversifier, c’est justement le mot d’ordre du moment au sein de cette petite société (elle emploie six personnes), surtout compte tenu de la crise que connaît le secteur de la construction. « Les banques qui rechignent à donner du crédit, la hausse du coût des matières premières, les taux d’intérêt qui passent de 0,25 à 4,5 % en trois mois, même si les projets de tous ordres ne manquent toujours pas, ce n’est pas un scoop de dire qu’en termes de vente ou de construction l’immobilier ne se porte pas super bien et que de gros piliers du secteur se retrouvent en grande difficulté. C’est quelque chose que l’on ressent, forcément, c’est plus calme, cela tourne un peu au ralenti, alors que paradoxalement il y a une demande énorme de logements », continue Joël Duysan. « D’où l’accent mis désormais chez Beebonds sur d’autres orientations sociétales – culture, patrimoine, rénovation énergétique, sport – et géographiques, en Espagne l’immobilier n’est pas en crise, au Maroc non plus. L’horizon est plus vaste qu’on le pense ». 

Parmi les projets « sur le feu » chez Beebonds : le refinancement d’un village Pierre et Vacances cinq étoiles aux Sables-d’Olonne.

RWDM 

Après avoir défrayé la chronique l’an dernier avec le financement (5 millions d’euros) des droits d’exploitation d’une nouvelle version de Goldorak au bénéfice d’une société française, Beebonds a de nouveau créé le buzz cet été lors de la reprise du club de foot molenbeekois par Thierry Bailly, figure légendaire du RWDM depuis qu’il l’a fait remonter en division 1. Le rêve s’est malheureusement transformé en cauchemar sous la baguette lointaine et désastreuse de l’Américain John Textor qui était censé rendre au stade Machtens son lustre d’antan et non le plonger dans les abîmes où il se débat aujourd’hui, écarté du foot professionnel avec 20 millions de dettes et en réorganisation judiciaire. Renvoyé au point de départ de la renaissance du club en 2015, Bailly le retrouve dans un bien pire état, espérant que d’autres comme lui (il a laissé tomber 600.000 euros de créances) qui ont la fibre RWDM lui permettront de remettre sur les rails un projet sain, réaliste, et à nouveau proche de la communauté de quelques dizaines de milliers d’irréductibles supporters fidèles depuis des décennies, communauté à laquelle il fait d’ailleurs également appel sous la forme d’un fan funding justement initié et garanti par la société de Joël Duysan. 

« Il ne s’agit pas ici d’investir en espérant obtenir un rendement classique », dit ce dernier, « mais d’aider à la reconstruction d’un club que l’on soutient, les gens apportent ce qu’ils veulent, 50 ou 50.000 euros, contre un signe de reconnaissance, un retour symbolique, selon le montant concerné, certificat nominatif, objet de collection, abonnement pour la saison, participation à la photo officielle dédicacée, repas avec la direction, mise à disposition d’un espace du stade, accès aux business, inscription comme ambassadeur d’honneur. C’est une sorte de test. Nous croyons, dans le monde du sport, à la possibilité d’un système de financement qui ne cherche pas nécessairement la rentabilité directe, mais qui, contre certains avantages, aide un club de coeur à améliorer une école de jeunes, l’état d’un terrain, d’une tribune, cela peut concerner le foot, le basket, le padel, le tennis, le hockey, que sais-je. On est plus dans le domaine du don que de l’investissement, c’est quelque chose qu’une intelligence artificielle ne pourra jamais remplacer, voire même comprendre, l’amour d’un supporter pour son équipe favorite, l’attachement qui le pousse à donner pour son club, c’est là que réapparaissent la confiance, l’émotion, l’appartenance et le sens donné au financement. »

Parmi les projets « sur le feu » chez Beebonds, on retrouve une structure boulangerie/pâtisserie baptisée « Chez Blanche » et tenue par Jean Galler

IA en amont 

L’enchaînement est tout trouvé. L’intelligence artificielle est-elle en passe de tout révolutionner également dans le monde du crowd ? « Tout révolutionner, je ne dirais pas. Avec les projets que nous proposons à financer, nous voulons toucher la corde sensible de l’investisseur, qui peut être madame ou monsieur tout le monde alors qu’ailleurs un ticket n’est souvent validé qu’à partir de 100.000 euros, c’est pourquoi le choix et l’analyse approfondie reviendra toujours à notre comité de sélection, on ne demande pas à l’IA de donner un avis, de valider un dossier », assure notre interlocuteur. « En revanche, elle est d’une utilisation fondamentale en amont, dans la constitution, la présentation, la formalisation, la vérification dudit dossier. Certaines recherches et premières analyses qui demandaient auparavant plusieurs heures peuvent être réalisées en quelques minutes via des bases de données gigantesques librement consultables. L’IA permet donc de traiter beaucoup plus rapidement une quantité considérable de documentation, mais ses sources doivent toujours être vérifiées, elle ne décide jamais à notre place. Si ce qui relève de la collecte et du traitement de l’information est de plus en plus automatisé, la sélection, la responsabilité, la confiance, la relation avec les investisseurs demeurent des valeurs humaines essentielles. » 

Pour se faire une meilleure idée, outre l’appel à l’aide molenbeekois, quel genre de « plat » trouve-t-on aujourd’hui sur la table chez Beebonds ces jours-ci ? « C’est très varié, d’une villa Finca à Ibiza à la rénovation d’un immeuble de bureaux à Charleroi transformé en kots, en passant par la reconversion de Jean Galler, qui, après avoir vendu sa chocolaterie aux Qataris, ouvre une structure boulangerie/pâtisserie baptisée  « Chez Blanche ». On aime bien aussi les certificats locatifs, comme dans le cas du refinancement d’un village Pierre et Vacances cinq étoiles aux Sables-d’Olonne, les investisseurs se paient sur les loyers, il y a 10,5 % d’intérêts et moins de risques, c’est déjà construit, et cela fonctionne. » 

300 milliards 

Voilà qui a l’air attirant et bien tourné, en effet. Mais qu’est-ce qui fait que l’on croit entendre un goût de trop peu dans la bouche de cet heureux CEO ? « Le crowd n’est pas encore connu en Belgique comme il devrait l’être, notre parc d’investisseurs tourne autour de 5 ou 6000 personnjes, mais on retombe un peu toujours sur les mêmes une fois qu’ils ont récupéré leur mise, il est important de se renouveler, de se faire mieux connaître, de communiquer sur ce que nous faisons, dans la presse, sur les réseaux, d’élargir le champ là aussi. Nous démocratisons la finance privée, et il y a de quoi faire avec 300 milliards sur les comptes épargne des Belges alors que 80 % de nos compatriotes n’ont pas de compte-titres. Bien sûr, il y a toujours un risque, même s’il est calculé, mais on n’est pas obligé d’engager beaucoup d’argent, ni de mettre tous ses oeufs dans le même panier, on sait où vont les fonds, projet par projet, avec un intérêt supérieur par rapport aux banques et un impact positif sur l’économie réelle. Parallèlement, le raisonnement est également valable pour les pouvoirs publics, les communes, qui doivent se rendre compte qu’il y a là une source de financement pour des projets utiles comme la rénovation énergétique, la création de crèches, la modernisation de homes, d’écoles. Bien sûr quand c’est politique c’est aussi plus compliqué, mais on a l’outil, on est prêt, j’adorerais financer des logements sociaux, d’un point de vue purement sociétal on en a plus besoin que d’appartements penthouse avenue Louise. »

Photo de couverture: Un fan funding, initié et garanti par Beebonds, a été initié pour tenter de remettre le RWDM sur les rails d’un projet sain, réaliste, et à nouveau proche de la communauté de quelques dizaines de milliers d’irréductibles supporters fidèles depuis des décennies

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