A Knokke-le-Zoute, faire ses courses n’est jamais neutre : c’est un choix de style de vie, d’identité …et de statut social assumé !
Cette semaine encore, on reste fidèle à notre station balnéaire de cœur. Knokke-le-Zoute, qu’on croyait connaître par ses façades et ses terrasses, nous réserve une révélation autrement plus intime : ses supermarchés. Anthropologues, à vos caddies !
« Dis-moi où tu fais tes courses, je te dirai qui tu es. » Ce n’est pas de Nietzsche, quoique, à bien y réfléchir, il n’aurait pas désavoué l’idée, lui qui aimait tant les vérités qui font mal. C’est simplement la réalité nue, observée un mardi matin dans les allées de Knokke-le-Zoute, là où les apparences se négocient au prix du beurre, biologique, évidemment ! Car dans cette ville où tout fait signe, où la marque du vélo trahit autant que le millésime dans le verre, le choix du supermarché n’est jamais innocent. Ce n’est pas une question de prix, d’ailleurs, personne n’oserait l’admettre à voix haute, et certainement pas devant les voisins, mais plutôt une affaire d’identité subtilement orchestrée, de positionnement social assumé avec le sourire de celle qui sait exactement ce qu’elle fait et pourquoi.
Prenons la femme Aldi. Elle cultive une forme de transgression chic. Elle entre dans le magasin avec l’air légèrement détaché de quelqu’un qui fait une bonne blague à la face du monde, et ressort avec des sacs qu’elle glisse discrètement au fond du coffre avant de se garer devant la villa. Un goût certain pour le paradoxe, non ?
La femme Delhaize incarne quelque chose de plus subtil : l’art consommé de l’équilibre vertueux. Elle choisit bio quand c’est raisonnable, local quand c’est visible, et elle entretient une relation presque affective avec certains rayons, qu’elle visite comme on rend visite à de vieux amis. Elle croise des connaissances, échange deux phrases, compare discrètement les paniers avec l’œil exercé de celle qui sait exactement ce qu’il y a dans son frigo et, peut-être aussi, dans celui des autres.

On change franchement d’univers avec la stratège Colruyt, qui, liste à la main et promotions mémorisées charge son caddie comme à la veille d’un siège hivernal de longue durée. Elle n’est pas venue flâner ni séduire mais elle est venue optimiser, et elle le fait avec une efficacité qui forcerait l’admiration de n’importe quel consultant en management, pour peu qu’il ose franchir la porte.
Le chariot de l’habituée d’Albert Heijn est une déclaration d’ouverture culturelle sur roulettes : produits introuvables ailleurs, recettes vues en ligne un dimanche soir, noms prononcés avec l’accent néerlandais de quelqu’un qui a passé un week-end mémorable à Amsterdam, il y a quelques années, et ne l’a toujours pas tout à fait digéré. Elle est curieuse, légère, et se croit légèrement en avance sur son temps. C’est son charme, et elle le sait.
Et puis il y a le marché du samedi, qui mérite une catégorie à lui seul, celle de la mondanité belge portée à son point de fusion. On n’y vient pas pour acheter, on y vient pour paraître, pour saluer, pour être vu en train de choisir des tomates avec un discernement qui en impose. Les sacs sont en toile, les lunettes soigneusement choisies. On repart parfois avec bien peu dans le petit panier tressé., mais toujours avec un petit potin à raconter.
Ce qui est délicieux, au fond, c’est que chacune de ces femmes est intimement persuadée d’avoir trouvé la formule juste. Et elles ont toutes, à leur manière, parfaitement raison. A Knokke-le-Zoute, faire ses courses revient à choisir son personnage. Certains improvisent, d’autres répètent leur rôle depuis des années. Et si, par hasard, vous hésitez encore… prenez un panier. Vous verrez bien ce qu’il dira de vous.
On se retrouve vendredi prochain pour un nouvel épisode knokkois. D’ici là, découvrez le magazine Zoute Paper édition de printemps et écoutez le dernier podcast de François Didisheim, fondateur de LOBBY, sur BXFM Radio.
Issu de la newsletter périodique du ZClub de Knokke, animé par Hugues et Carol De Waele – www.zclub.be
