La maison de demain et la réalité d’aujourd’hui

La maison de demain et la réalité d’aujourd’hui

La maison du futur, elle est déjà là, et elle n’est pas futuriste. Elle bénéficie certes d’avancées technologiques dont on aurait souri, incrédules, il y a trente ans, et ce n’est pas fini, mais elle tient avant tout compte des exigences financières et écologiques auxquelles nous sommes confrontés, plus pragmatique et flexible que tape à l’oeil et flamboyante. 

On avait tendance à fantasmer la maison de demain sous l’angle moderniste, technologique, digital et robotique, un peu comme celle imaginée pour l’époque, en 1958, par Jacques Tati dans « Mon Oncle », chef d’oeuvre visionnaire à la Chaplin et oscar du meilleur film étranger l’année suivante. Des innovations, voire des gadgets, qui nous facilitent la vie, il y en a et il y en aura encore, plus ou moins utiles et nécessaires d’ailleurs, mais, en réalité, ce sont des urgences plus pragmatiques qui dictent leur loi et ont radicalement changé le secteur ces dernières années, la vie à 100 à l’heure ou à l’inverse le retour au calme et à la nature, l’inflation, le manque d’espace, les nouvelles structures familiales, les nécessités réglementaires et contraintes écologiques, le coût des terrains et de l’immobilier. Les temps changent à une vitesse folle. Le personnage de Tati, l’inénarrable Monsieur Hulot, excentrique et inadapté au monde moderne, avalerait sûrement sa pipe en apprenant qu’aujourd’hui une maison produit sa propre énergie, recharge une voiture à l’électricité, se chauffe grâce à l’air extérieur. Sans parler des surfaces, vitres et carrelages autonettoyants, de l’eau bouillante ou pétillante qui sort directement du robinet, de la ventilation qui mesure le CO2, l’humidité, les polluants volatils dans l’air et s’active automatiquement, ou des toilettes-douches, quelque part entre le wc classique et le bidet, qui vous nettoient grâce à un jet d’eau intégré, vous épargnant des rouleaux de papier hygiénique. 

Maison élastique

On se fixe volontiers sur les originalités de ce genre, ou sur les robots – voire les drones – domestiques dont on nous promet qu’ils feront bientôt tout à notre place, mais, en vrai, ce n’est pas ce qui définit la maison moyenne de demain selon la réalité d’aujourd’hui. On est à l’heure de l’efficacité plus que du spectaculaire, de la simplicité plus que de l’extravagance, du durable plus que du gaspi. « Chaque mètre carré est un luxe » a écrit un confrère, avec comme mots d’ordre agilité et flexibilité, ce qu’il appelle la « maison élastique ». Pour pouvoir encore se payer un « home sweet home » à soi, aux normes d’isolation et budgets actuels, mais aussi pour des questions d’entretien et d’emploi du temps, on construit plus petit, plus compact et plus vite, jusqu’à utiliser des structures modulaires élaborées en usine, livrées en huit semaines et montées en une journée. Pour ceux qui y sont contraints ou s’en sentent capables, il existe même des systèmes de blocs emboitables ultra-performants qui permettent d’édifier le bâtiment soi-même, le tout fourni avec mode d’emploi, guide, vidéo, soutien en ligne et coach de chantier pour encadrer le projet au mieux.

Respiration

A l’intérieur, on gagne des mètres carrés avec des pièces de plus en plus multifonctions, la cuisine qui se fond esthétiquement dans la salle à manger, quitte à reléguer les réserves alimentaires et les éléments techniques dans un endroit plus discret, un coin de salon qui se transforme en niche de télétravail escamotable, sans nécessité d’un bureau à l’ancienne, la même table qui sert de surface de travail, de terrain de jeu, et lors des repas selon les moments de la journée. Dans les nouvelles constructions, il arrive qu’il n’y ait plus ni cave ni grenier où s’accumulent les choses inutiles, et on utilise du mobilier sur mesure pour éviter les recoins et profiter au maximum de l’espace. Signe des temps, la télé n’est plus au centre de l’attention que l’on oriente plutôt vers l’extérieur, le jardin, la lumière naturelle, en privilégiant le lien social. La maison elle-même peut désormais évoluer dans le temps et selon la vie de ses occupants, agrandissements programmables en fonction du développement familial, ou au contraire possibilités de division plus tard en espaces indépendants, ce qui permet d’anticiper le départ des enfants et un éventuel futur revenu locatif. La construction de demain à l’heure d’aujourd’hui, en phase avec les technologies nouvelles, étanche, passive et bio ventilée, est avant tout fonctionnelle, confortable, lumineuse et paisible à vivre, elle s’envisage comme un espace de respiration dans nos existences trépidantes.  

Par Christian Carette

2560 1440 High Level Communications

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