L’IA ravive-t-elle l’inflation ? 

L’IA ravive-t-elle l’inflation ? 

Jusqu’ici, l’impact de l’IA sur l’emploi se concentre surtout sur l’accès des jeunes au marché du travail, en particulier pour les postes d’entrée de gamme.

Le pétrole a été très volatil depuis le début du conflit avec l’Iran, mais d’autres biens et services surprennent aussi avec des prix à la hausse. Le mot inflation est de nouveau sur toutes les lèvres. Focus sur celle générée par l’IA. Par Guillaume Duchesne

« À ce stade, l’intelligence artificielle contribue davantage à l’inflation par le biais d’une consommation énergétique en forte hausse. » Guillaume Duchesne Head of Management Banque Transatlantique Belgium

Les manuels d’économie reprennent en détail les causes et moteurs de l’inflation. Inutile d’en faire ici l’inventaire, ils sont bien connus. Le choc exogène en fait partie. La guerre en Iran, comme celle déclenchée auparavant en Ukraine, rappelle à quel point ils ont un effet néfaste sur l’économie et sur les marchés financiers dès que l’inflation n’est plus sous contrôle. Cette dernière a poursuivi sa hausse aux États-Unis et dans la zone euro, sous l’impulsion, sans surprise, de l’envol des prix de l’énergie, alors que des facteurs temporaires (aides, subventions) la faisaient légèrement reculer au Royaume-Uni et au Japon. En mai, l’inflation pointait à 4,2% aux USA et à 3,2% en zone euro, une progression considérable par rapport au début de l’année, même si ce rebond n’a rien à voir avec le double choc de la guerre en Ukraine et de la sortie du covid quatre ans plus tôt, période durant laquelle elle a atteint 10%. Tenant compte du conflit au Moyen-Orient, les banques centrales – y compris la FED aux Etats Unis avec son nouveau président, Kevin Warsh – sont restées très prudentes, certaines n’en ont pas moins relevé leur taux directeur (BCE, Banque du Japon, Australie) depuis le début de l’année. La FED elle-même pourrait s’y résoudre en octobre à en croire les marchés.

Hausse des prix des puces

Si avec la fermeture du détroit d’Ormouz les variations du prix du pétrole ont concentré toute l’attention, on a moins parlé d’une composante remarquable dans les chiffres d’inflation. Depuis quelques mois, le PPI, qui mesure l’évolution des prix moyens reçus par les producteurs pour leurs biens et services, explose à la hausse. Aux States, il est passé de 3% en janvier à 6,5% avant les vacances. Le secteur « électronique et accessoire » a littéralement bondi (cf. graphique). Pourquoi cette envolée soudaine ? Les Américains, toujours très inventifs, parlent d’une « chipflation » (chip = puce en anglais) alimentée par le déploiement rapide des infrastructures IA et des centres de données où la raréfaction de la composante mémoire entraîne une hausse des prix moyens de vente des appareils. La demande de puces, en particulier de puces de ram (mémoire vive) nécessaires pour les data centers, est montée en flèche. Leur prix a été multiplié par six en un an. Il ne s’agit pas d’une situation inédite dans le secteur, mais l’engouement pour l’IA laisse craindre qu’elle se transforme en phénomène structurel. Le déséquilibre entre offre et demande pourrait en tout cas perdurer jusqu’en 2027. Ceci étant, la catégorie « composants électronique et accessoire » ne représente que 1,12% du PPI en termes d’importance relative (Bureau of Labor Statistics). Sa contribution à l’inflation est donc encore très limitée. À ce stade, l’intelligence artificielle contribue davantage à l’inflation par le biais d’une consommation énergétique en forte hausse, la demande d’électricité ayant sérieusement augmenté depuis l’instauration des data centers qui seraient responsables de 50 % de la croissance constatée aux États-Unis en 2025 selon l’Agence internationale de l’énergie (IEA). Et si l’on en croit le Department of Energy américain les centres de données devraient consommer entre 6,7 % et 12% de l’électricité totale disponible d’ici 2028.

Parmi les grands gagnants de la « chipflation », quelques valeurs profitent pleinement des besoins exponentiels en puces mémoire, dont Micron Technology.

Les grands gagnants de la « chipflation »

Quelques valeurs profitent pleinement des besoins exponentiels en puces mémoire. Trois entreprises (Samsung, SK Hynix, Micron Technology) contrôlent environ 90 % du marché mondial. Ces titres ont une performance boursière exceptionnelle depuis le début de l’année pour de bonnes raisons :  des prix plus élevés, des marges plus importantes, et une meilleure visibilité. Les sociétés de matériel informatique en aval doivent, pour leur part, absorber ces coûts, les répercuter, repenser leurs produits ou risquer de voir la demande s’effondrer, en particulier sur les marchés grand public plus sensibles au prix. Ce qui a commencé comme un goulet d’étranglement dans l’infrastructure IA peut donc avoir de sérieuses répercussions annexes sur les marges de nombreuses entreprises, ou sur leurs prix de vente. Apple a ainsi décidé en juin dernier de relever les prix de ses Mac et iPad de près de 20%, le genre de hausses susceptibles d’alimenter le risque de diffusion de l’inflation à d’autres secteurs. Pour certains, les tensions actuelles sur les coûts pourraient vite être contrebalancées via un autre biais. L’IA menace en effet un nombre considérable d’emplois. Une arme de destruction massive de postes qui se traduirait par une hausse du chômage, donc par une contraction de la demande et de la croissance économique. Un scénario dans lequel l’IA aurait donc un rôle désinflationniste… ce que, pourtant, les données actuelles ne confirment pas. Jusqu’ici, l’impact de l’IA sur l’emploi se concentre surtout sur l’accès des jeunes au marché du travail, en particulier pour les postes d’entrée de gamme (baisse de 35% depuis début 2023), alors que dans le domaine technologique on continue de recruter massivement pour développer, déployer et maintenir un secteur en plein essor, ce qui compense en grande partie les pertes observées ailleurs. A ce stade, l’IA ne représente qu’une part marginale des suppressions de postes, aucun effet désinflationniste observable donc. Une interrogation subsiste néanmoins, elle concerne les IA agentiques, capables d’exécuter de manière autonome des tâches complexes et multi-étapes jusqu’ici réservées à des travailleurs qualifiés. Si leur déploiement – aujourd’hui peu significatif – s’accélère, il pourrait changer la donne et menacer beaucoup plus largement le fragile équilibre entre destruction et création d’emplois, avec des conséquences plus marquantes sur l’inflation.

1200 803 High Level Communications

Abonnez-vous !

Abonnez-vous à l’un de nos magazines ou à l’une de nos newsletters.

Recherchez un article
Préférences de confidentialité

Lorsque vous visitez notre site web, celui-ci peut stocker des informations via votre navigateur provenant de services spécifiques, généralement sous forme de cookies. Vous pouvez ici modifier vos préférences de confidentialité. Il convient de noter que le blocage de certains types de cookies peut avoir un impact sur votre expérience sur notre site Web et sur les services que nous sommes en mesure d'offrir.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services.