Et si une simple étincelle suffisait à faire vaciller le monde ? OFF imagine le pire, et le rend terriblement crédible. Dans cette bande dessinée de plus de 350 pages, un phénomène solaire déclenche une panne d’électricité globale. Instantanément, tout s’arrête. Communications, transports, institutions : le vernis de la civilisation craque, laissant apparaître une société à bout de souffle.

À mi-chemin entre thriller politique, film catastrophe et saga familiale, OFF propose un récit choral haletant. Les destins s’entrecroisent, les tensions explosent, et chacun doit choisir : survivre, résister… ou céder. La force de cette BD réside dans sa capacité à mêler l’intime et le collectif. Derrière l’effondrement systémique, ce sont des visages, des choix et des dilemmes humains qui émergent.
Le projet réunit trois talents aux parcours complémentaires. Romain Renard, diplômé de Saint-Luc à Bruxelles, est à la fois auteur de bande dessinée, scénographe et graphiste. Il s’est imposé avec des œuvres marquantes comme Melvile et Revoir Comanche, toutes deux saluées par la critique. À ses côtés, Olivier Tollet apporte une dimension résolument cinématographique grâce à son expérience dans la réalisation et le montage de milliers de contenus audiovisuels. De plus sa formation en sciences politiques nourrit également la profondeur du propos, notamment dans la manière dont OFF interroge les mécanismes du pouvoir et leurs défaillances face à la crise. Enfin, Patrice Réglat-Vizzavona enrichit l’ensemble par une approche graphique puissante, déjà remarquée dans Le Passager.

Initialement pensé pour la télévision belge, OFF conserve l’efficacité des séries : tension constante, cliffhangers et construction en arcs narratifs. Mais le format BD permet d’aller plus loin, d’approfondir les regards, de s’attarder sur les silences et les fractures.

Au-delà du spectacle, OFF interroge frontalement notre époque : que ferions-nous si tout s’effondrait ? Qui serions-nous prêts à sacrifier ou à sauver ? Entre violence latente et inertie des pouvoirs, l’album agit comme un miroir sombre de nos sociétés contemporaines.
Une œuvre dense, immersive et dérangeante, qui confirme que la bande dessinée peut être un formidable terrain d’exploration du réel… et de ses failles. A lire absolument.
