Andrée Putman aurait eu cent ans. Née en 1925, celle qui allait devenir une icône du design n’a pourtant imposé son style qu’après la cinquantaine. Une consécration tardive pour une femme qui allait profondément marquer l’esthétique des années 1980 et 1990.
Avec Ecart, palindrome de « Trace », elle commence par remettre en lumière les grands créateurs des années 1930, rééditant les pièces de Jean-Michel Frank, Pierre Chareau, Robert Mallet-Stevens ou Eileen Gray. Très vite, son goût pour l’épure dépasse le mobilier et s’étend à l’architecture intérieure.

De l’hôtel Morgans à New York au bureau de Jack Lang à Paris, du Concorde aux célèbres escalators du Bon Marché, Andrée Putman impose un vocabulaire immédiatement reconnaissable : noir et blanc, damiers, mosaïques, grès cérame, lignes franches et espaces dépouillés. À rebours du décor bourgeois et du luxe démonstratif, elle invente une autre élégance, plus graphique, plus libre, qui accompagne notamment l’essor des lofts. Le « style Putman » devient synonyme de chic contemporain.

La créatrice elle-même participe au mythe : silhouette droite, visage anguleux, mèche sur l’œil, rouge à lèvres toujours à portée de main et voix rauque. Andrée Putman avait autant de style que ses intérieurs.

Sa fille Olivia Putman, d’abord agent d’artistes, la rejoint ensuite au studio comme directrice artistique. À la disparition de sa mère en 2013, elle en reprend les rênes et perpétue pendant une dizaine d’années son héritage : réédition de mobilier, décoration d’hôtels et de résidences privées, collaborations avec de grandes maisons, dont Lalique avec la collection Orgue.
Aujourd’hui, le studio est entre les mains d’Aurélie Laure, ancienne collaboratrice de l’agence, qui entend transformer cet héritage en une véritable marque internationale. Au programme : un showroom avenue de Saxe à Paris, puis un espace à New York, la réédition des pièces iconiques d’Andrée Putman et de nouveaux projets à l’international, notamment à Hong Kong.

Olivia Putman reste directrice artistique, tandis que le nom Putman devient une marque à part entière. Un siècle après la naissance d’Andrée Putman, son noir et blanc n’a décidément rien perdu de son éclat.
