Steve Darcis : Figure incontournable du tennis belge

Steve Darcis : Figure incontournable du tennis belge

Après avoir été Mister Coupe Davis sur le court, l’être redevenu sur le banc, et avoir conduit Raphaël Collignon aux portes du Top 50 mondial, Steve Darcis est l’une des voix les plus représentatives du tennis masculin belge en plein renouveau. L’homme idéal pour faire le point entre Indian Wells/Miami, la terre battue européenne, et Roland Garros qui s’annonce.

Par Christian Carette

Une fois n’est pas coutume, c’est sous la pluie de Floride que nous avons parlé tennis avec Steve Darcis, alors que le Masters 1000 de Miami vivait une des rares journée « sans match » de son histoire. Quelques petites semaines auparavant, Indian Wells sous un soleil brûlant n’avait guère été favorable aux Belges. « Un naufrage dans le désert californien », avait même titré un journal bruxellois. Comme quoi, malgré les méritoires efforts de communication déployés par nos fédérations, l’enthousiasme vis-à-vis du tennis reste à géométrie variable chez nous. Pas un journaliste de presse écrite ou de TV à Plovdiv pour la qualification en Coupe Davis face à la Bulgarie, par exemple, c’est un constat qui en dit long à la fois sur les difficultés économiques de nos journaux et sur l’intérêt médiatique qu’ils portent à l’événement.  Effet pervers, depuis Justine et Kim, même David Goffin, le meilleur joueur de l’histoire du tennis belge, n’a pas vraiment trouvé grâce aux yeux du grand public. On est autorisé à trouver ça triste, et plus encore immérité. S’il n’y aura peut-être pas de 7ème mondial dans le lot – encore que l’on n’en sache fichtre rien -, on se retrouve aujourd’hui avec un trio qui peut faire penser aux Dewulf, Van Herck, Van Garsse, aux Malisse, Rochus, Vliegen, ou aux Goffin, Darcis, Bemelmans d’antan. En quelque sorte, l’histoire se répète, et n’en est qu’aux balbutiements, personne, au fond, n’étant capable de situer le futur plafond d’un Zizou Bergs, d’un Raphaël Collignon ou d’un Alexander Blockx. Même pas leur capitaine de Coupe Davis qui les regarde évoluer d’un oeil connaisseur tout en se félicitant de leur engagement et de leur mentalité : « Ce sont trois caractères différents, mais ils s’entendent très bien, vont voir les matches les uns des autres, prennent du temps ensemble, savent jouer sur toutes les surfaces, j’ai de la chance, la Belgique aussi, c’est vraiment chouette. » On en parle plus en détail.

Play Tennis & Padel : Steve, comment jugez-vous leur première partie de saison ? Raphaël Collignon, qui n’avait jamais gagné un match en Masters 1000, a de nouveau fait tomber de belles têtes à Miami, Dimitrov d’abord, puis Cobolli, il aurait même pu franchement aller plus loin dans le tournoi. Alexander Blockx ne s’est qualifié ni pour Indian Wells ni pour Miami. Quant à Zizou Bergs, il a éliminé le 42e mondial (l’Américain Brooksby) en Floride mais n’a pu enchaîner, battu par Etcheverry (ATP 32) sur un double 7-6.

Steve Darcis : A l’image du groupe qu’ils forment, on peut dire que leur bilan est assez homogène. Après Miami, le ranking à la Race, soit le classement ATP qui ne prend en compte que les résultats de l’année, était assez révélateur, Raph était 55, Zizou 58, Alex 59, trois Belges dans le Top 60 c’est pas mal pour une relève. On oublie qu’Alex n’a que 20 ans et qu’il n’y a que trois joueurs de son âge classés devant lui dans le monde, Mensik, Tien et Fonseca. Il a gagné Canberra, fait finale à Lille et demi à Punta Cana, sans délivrer son meilleur tennis. Il cherche toujours un peu sa manière de jouer, mais cela se met en place petit à petit. Il doit encore s’améliorer au service, même si c’est déjà mieux, oser un peu plus avec son revers, être un peu plus agressif avec son coup droit quand il le faut, rentrer un peu plus dans le terrain, ne pas trop jouer de loin, je pense que cela peut faire une grosse différence. Il faut le temps d’assimiler un nouveau standing, de nouveaux tournois, un nouveau classement, il monte en puissance, je ne me fais pas de souci pour lui. Pour Zizou non plus. Son début d’année n’a pas été exceptionnel, il a eu de petites blessures, il a été un peu malade, il a fait de gros efforts pour se (re)préparer et l’a un peu payé en fatigue mentale ou physique. Mais il est là, il fait de bons matches, il lui manque peut-être quelques victoires pour oser un peu plus. C’est quelqu’un qui cherche des solutions, qui s’accroche, qui joue beaucoup, qui vise les grands tournois, c’est ambitieux, je trouve ça bien.

Steve et ses boys : Zizou Bergs, Raphael Collignon, Alexander Blockx, Sander Gille et Joran Vliegen.(Photo by Emmanuele Ciancaglini/Getty Images for ITF)

PT&P : Raphaël Collignon, que vous entraînez depuis six ans, n’a plus de secrets pour vous. Vous avez découvert son potentiel depuis longtemps, en est-il un peu plus conscient à présent ?

SD : A certains moments oui, à d’autres c’est plus dur, il a encore besoin de se rassurer. Cette année, il a alterné le bon, le moins bon, et le pas bon du tout. Il a très bien commencé 2026. Dommage ce match où il doit jeter l’éponge à Melbourne contre Musetti, il y avait vraiment la place. Pour autant, je ne suis pas toujours convaincu par son attitude, et lorsque c’est comme ça je n’ai pas envie d’être là. Lors du quart de finale de Punta Cana, le tournoi Challenger juste après Indian Wells, je suis parti pendant le match, j’ai quitté le stade. On a eu une discussion après, et il a très bien réagi, même si ensuite sa victoire contre Dimitrov à Miami a pu ressembler à un hold-up. Il ne s’est vraiment lâché qu’à partir de 4-5 dans la troisième manche, avant il y a encore eu des jeux fantômes, des moments où il n’était pas là. Au troisième tour contre Tommy Paul, qu’il a perdu au tie-break de la troisième manche, on a eu le sentiment qu’il ne commençait son match qu’au deuxième set. Après c’était super, mais je le voudrais irréprochable tout le temps, parce que c’est ça un champion et qu’il peut le faire. Au deuxième tour, toujours à Miami, il s’est d’ailleurs montré supérieur au 14e mondial, l’Italien Cobolli, de la première à la dernière balle. En même temps, si je me fâche, c’est pour l’aider, parce que je sais ce qu’il vaut et que je voudrais toujours que cela aille plus vite. Si vous regardez son évolution en six ans, sa progression est juste énorme, il a 24 ans et il n’a fait que monter, il y a aussi énormément de positif dans tout ça, je ne l’oublie pas. 

BOLOGNA, ITALY – NOVEMBER 18: Zizou Bergs of Team Belgium celebrates with captain Steve Darcis after defeating Arthur Rinderknech of Team France following the Davis Cup Quarter-Final match between France and Belgium at Bologna Fiere Exhibition Centre on November 18, 2025 in Bologna, Italy. (Photo by Giampiero Sposito/Getty Images)

PT&P : A son meilleur niveau, on a l’impression que Raphaël a tout ce qu’il faut pour s’installer dans le Top 50, que lui manque-t-il pour y parvenir ?

SD : Par moments, un peu plus de sérieux, de conviction, serrer le jeu quand il le faut, être encore plus consciencieux et investi, en vouloir et oser un peu plus pour courir un peu moins en fond de court. Ce qui peut très bien marcher dans les tournois Challenger paie moins lorsqu’il faut enchaîner les matches ou les semaines, et dans les grands tournois. Quand inconsciemment, par nature, on joue plus dans le « mood » de ne pas perdre que de gagner, on est plus vite pénalisé si le niveau augmente. Si Raph joue mieux contre les très bons joueurs, c’est parce qu’il n’a rien à perdre et qu’il ose un peu plus. S’il va vers l’avant et lâche ses frappes, il est plus fort. C’est ce que j’attends de lui, il le sait. On parle beaucoup, j’essaie de le piquer au vif, je tape sur le clou pour que ça change, et, soyons de bon compte, ça a déjà changé. Il y a finalement très peu de joueurs face auxquels j’ai le sentiment qu’il n’a pas un coup à jouer. 

PT&P : Aujourd’hui, Raphaël commence à gagner pas mal d’argent sur le circuit, son contrat avec la fédération se termine en fin d’année, elle ne va logiquement plus continuer à l’aider de la même manière. Votre binôme fonctionne, mais qu’en sera-t-il à l’avenir ?

SD : Quoiqu’il arrive, cela va changer l’an prochain, c’est certain. On n’y a pas encore trop réfléchi, on laisse un peu faire les choses, mais il y aura bien sûr des discussions en temps voulu. Créera-t-il son propre team, y aura-t-il un mix avec la fédé ? J’ai mes propres occupations, comme coach fédéral je supervise également Jack Loge et Emilien Demanet avec Ananda Vandendoren, je possède le complexe Padel Planet à Saint-Georges et j’ai repris la gestion du club de Ans, chaque fois avec trois associés. Je suis 25 semaines par an sur le circuit, je n’en ferai pas 40, j’ai bien sûr quelques idées en tête, mais Raph en voudra-t-il ? On n’est pas toujours d’accord, vous savez (sourire), je mets les options sur la table, je donne mon avis, et parfois c’est lui qui veut décider. Pour la reprise sur terre battue, il a choisi d’aller défendre les 100 points qu’il a gagné l’an dernier au Challenger de Monza plutôt que de continuer à se confronter aux Masters 1000 à Monte Carlo comme Zizou et Alexander. Après tout, c’est d’abord son projet, il est majeur et vacciné.

 

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