Il y a des destinations que l’on projette depuis longtemps, et d’autres que l’on n’avait pas vraiment envisagées, pour ne pas avouer que nous n’y avions tout simplement jamais songé. Malte fait souvent partie de cette seconde catégorie. Trop petite, pense-t-on, (elle est le plus petit état membre de l’Union européenne) trop minérale, trop discrète face à ses grandes voisines méditerranéennes, la Sicile notamment. Et pourtant, il suffit d’ouvrir le numéro d’avril de L’Éventail pour comprendre que l’archipel maltais est tout sauf une destination mineure. C’est même presque l’inverse : un résumé de civilisation à l’échelle d’un paysage.
Malte est un carrefour, un véritable carrefour historique et culturel. Jugez plutôt : les Phéniciens y ont fait escale, les Romains y ont prospéré, les Arabes y ont laissé leur langue et leur agriculture, les chevaliers de l’ordre de Saint-Jean y ont construit une forteresse chrétienne face à l’Empire ottoman, les Français y sont passés avec Bonaparte, et les Britanniques s’y sont installés durablement. Alors, Malte… toujours mineure ? Cela n’éveille pas déjà un peu votre curiosité ? Chaque époque ajoute une couche, une architecture, une langue et une manière de vivre. On parle souvent de villes palimpsestes (du nom de ces manuscrits anciens où les couches de textes se superposent) pour expliquer cette évolution. Malte est, elle, une île palimpseste.

au centre de l’île.
Cette superposition explique sans doute l’atmosphère très particulière de La Valette, la capitale. Une ville de pierre dorée, sévère et théâtrale à la fois, où les rues rectilignes débouchent soudain sur la mer turquoise, où les palais austères cachent des escaliers monumentaux, où l’on passe en quelques minutes du silence d’une église baroque à la lumière crue des remparts. Et puis il y a Caravage, bien sûr, qui séjourna sur l’île. Sa monumentale Décollation de Saint Jean-Baptiste, conservée à la co-cathédrale Saint-Jean (elle partage le siège de l’archidiocèse de Malte avec la cathédrale Saint-Paul de Mdina) suffit presque à justifier le voyage à elle seule.

Au fil des pages de ce numéro, L’Éventail montre aussi combien l’île ne vit pas tournée vers son passé mais dans un dialogue constant avec le présent. La Biennale d’art contemporain en est le meilleur exemple. Des artistes venus du monde entier exposent dans des fortifications, des arsenaux, d’anciens palais ou même un moulin du XVIIIe siècle reconverti en centre d’art. Le MICAS, nouveau centre d’art contemporain installé dans les fortifications de Floriana, (du nom de l’ingénieur italien qui construisit cette ligne de défense au XVIIème siècle) symbolise parfaitement cet esprit : une architecture contemporaine audacieuse posée au cœur d’un site militaire ancien. Car à Malte, on ne sépare pas le patrimoine et la création, on les fait cohabiter. Le résultat est souvent spectaculaire, parfois surprenant et toujours intelligent.

Et puis il y a la mer, les villages de pêcheurs, Gozo, véritable éden nature, Mdina “la silencieuse” que l’on parcourt à pied, les jardins, la pierre couleur de miel qui s’embrase au soleil du soir. On comprend alors pourquoi tant de voyageurs, artistes et historiens tombent sous le charme de cette île qui ressemble à un livre d’histoire.

Ainsi s’achève notre “série L’Eventail”. Découvrez vite tous les sujets plus intéressants les uns que les autres dans cette nouvelle édition en vous abonnant ICI et écoutez le dernier podcast de Camille Misson, rédactrice en chef de L’Eventail, sur RADIO BXFM.
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