Depuis 1923, The Memlinc Palace incarnait l’élégance familiale sur la côte belge. Avec un passé prestigieux, ce bâtiment de style anglo-normand était partie intégrante du patrimoine affectif et architectural de Knokke-le-Zoute.
On continue aujourd’hui notre petite balade à la côte avec notre magazine Zoute Paper, là où les lieux en disent souvent bien plus long que les mots sur l’air du temps. Cette semaine, arrêt sur la « Place m’as-tu-vu », devant une façade que vous connaissez tous : le Memlinc.
Pendant plus d’un siècle, cet hôtel a incarné une certaine idée de Knokke-Heist. Une élégance naturelle et sans prétention, une fidélité presque inébranlable au lieu, et ce petit supplément d’âme qui lui permettait de traverser les années sans rien perdre de son charme.
Car le Memlinc, ce n’était pas seulement des chambres. C’était une ambiance et un point de rencontre chaleureux. On y croisait des artistes, des familles installées, et tant et tant d’habitués qui avaient l’air d’être ici chez eux… et parfois des noms qui dépassaient largement la digue, tels le millionnaire américain John D. Rockefeller, le chanteur britannique Tom Jones, la grande Édith Piaf, la célèbre Joséphine Baker ou encore l’ancien président français Valéry Giscard d’Estaing, pour n’en citer que quelques-uns. C’est que le Memlinc, c’était une institution ! Pendant la Seconde Guerre mondiale, le bâtiment a même été réquisitionné par les nazis et transformé en hôpital militaire. Et pourtant, à travers toutes ces périodes, il est resté entre les mains de la famille Deklerck.

Puis, après 102 ans de présence, la troisième génération tourne la page en 2025. Clap de fin qui fait l’effet d’une bombe. La fermeture de l’hôtel est un véritable choc. Le bien est vendu à un promoteur gantois, pour une somme difficile à refuser avec un projet pour le moins ambitieux : transformer cette institution en un ensemble résidentiel haut de gamme, composé de 17 appartements, de deux espaces commerciaux et d’un parking de plus de 100 places. L’idée est de préserver l’empreinte du lieu, classé tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, et de vendre des appartements avec des prix avoisinant les 30 000 euros le mètre carré.
Mais très vite, le Memlinc entre dans une phase délicate car transformer sans dénaturer est un défi de taille. Et comme souvent, la réalité résiste aux intentions.
Le bâtiment est protégé, on l’a dit, pas entièrement, certes, mais suffisamment pour imposer des règles strictes. La façade, les éléments structurels, la mémoire visible… étaient autant de lignes rouges à ne pas franchir. Pourtant, dès le lancement du chantier, certaines démolitions ont dépassé le cadre autorisé. Trop vite, trop loin. Le résultat de ce carnage insensé est l’arrêt immédiat des travaux par la commune de Knokke-Heist, qui exige la reconstruction à l’identique des parties détruites à tort.
Depuis, le dossier est suspendu et le promoteur reconnait une “erreur de jugement“. Experts, juristes, et différentes autorités… tous s’activent autour d’une question simple en apparence, mais redoutable dans les faits : que faut-il reconstruire pour rester fidèle à ce qui a été détruit ? Peut-on réparer une mémoire à coups de permis et de plans techniques ? Le Memlinc se retrouve ainsi dans un entre-deux fascinant. Ni tout à fait passé, ni encore futur. Un chantier complètement à l’arrêt tout en étant toujours un symbole en mouvement. Surréaliste, non ?

Et au fond, c’est peut-être là que le sujet nous concerne tous. Car derrière ce chantier, il y a une tension très contemporaine : faut-il préserver ou optimiser ? Faut-il garder l’esprit originel ou maximiser la valeur ? Hélas, les deux avancent rarement au même rythme. Le Memlinc, lui, attend. Silencieux, mais toujours au centre du jeu.
La semaine prochaine, nous poursuivrons ce tour d’horizon avec un autre regard sur ce qui se passe à la côte. En attendant, une chose est sûre : à Knokke, même les chantiers savent se faire remarquer. Certains, visiblement, n’ont jamais quitté la “ Place m’as-tu-vu “.
On se retrouve vendredi prochain. D’ici là, découvrez le magazine Zoute Paper et écoutez le dernier podcast de François Didisheim, fondateur de LOBBY, sur BXFM Radio.
