Drohme est véritablement une oasis de verdure entre ville et nature. En lisière de la Forêt de Soignes, il abrite l’ancien légendaire hippodrome de Boitsfort.
Savez-vous pourquoi Bruxelles possède un hippodrome en pleine forêt ? Parce que Léopold II, le grand bâtisseur visionnaire, avait décidé qu’une capitale digne de ce nom se devait d’offrir à sa bourgeoisie les plaisirs hippiques que Londres et Paris offraient aux leurs. En 1878, il fait donc surgir de la lisière de la Forêt de Soignes un hippodrome monumental, à Boitsfort, sans lésiner sur les moyens : tribunes couvertes, loge royale, pesage solennel etc…
Pendant un siècle, les résultats des courses alimentaient les journaux et la radio. Puis vinrent la loterie nationale, les paris sportifs, les grattages en tout genre, et hélas, la fréquentation s’effondra. À l’aube des années 2000, le site classé monument historique ressemblait à un décor de thriller : sublime, hanté, et laissé aux squatteurs.
C’est là qu’entre en scène Michel Culot, fondateur de VO Group devenu en trois décennies un des leaders de la communication belge. Avec Patrick Parmentier, son associé, il fonde Drohme et remporte la concession régionale pour réhabiliter le site. Son projet, Drohme Melting Park, est subtil : ni parc d’attractions, ni simple espace vert, mais un écosystème mêlant golf eco-friendly à neuf trous, activités familiales, coworking, séminaires, restauration et éducation à la nature, le tout en zone Natura 2000, ce qui n’est pas rien.

Ce qui suit relève du parcours du combattant à la belge. Treize ans de procédures. Quatre permis délivrés par la Région, quatre fois cassés par le Conseil d’État, sur recours d’associations environnementales qui voyaient dans ce projet une menace pour la biodiversité. Le point d’achoppement central ? Un parking ! Qui existait pourtant depuis des décennies sur le site, sans affectation officielle. Vouloir le rendre légal a suffit à déclencher les hostilités. Kafka aurait adoré Bruxelles, son absurdité et sa bureaucratie écrasante.
Ce qui rend l’histoire réellement instructive, c’est moins l’obstruction que la réponse qu’elle a suscitée. Culot n’a pas contourné, il a convaincu. Il a intégré Bruxelles-Environnement au projet dès 2020, fait du domaine une porte d’entrée officielle vers la Forêt de Soignes, et transformé ce qui aurait pu rester un chantier en modèle de partenariat public-privé entre la SAU ( Société d’Aménagement Urbain de la Région de Bruxelles-Capitale), propriétaire des lieux, et des promoteurs suffisamment tenaces pour y croire encore, après une décennie de procédures.

Mardi 9 juin, le Forum de Lobby investit les tribunes historiques du site pour y débattre de l’utilisation de l’espace urbain. Il y a une ironie douce-amère à choisir cet endroit précis pour parler de la ville : un lieu qui a failli ne jamais renaître, victime des guerres de chapelles que se livrent régulièrement urbanistes, écologistes et promoteurs dans notre bonne ville. Et si d’aventure vous cherchez où garer votre voiture, sachez qu’après treize ans de procédures, le parking est enfin officiellement… un parking ! Le débrief de la soirée, lui, ne prendra pas autant de temps, comptez sur nous. On vous retrouve pour cela vendredi prochain. En attendant écoutez le dernier podcast de François Didisheim, fondateur de LOBBY, sur BXFM Radio.
