À 90 ans, Marek Halter n’a rien perdu de son goût pour les histoires qui interrogent leur époque. Avec Le Juif, son 39e livre, l’écrivain signe un roman à la croisée de la parabole, de la quête identitaire et du récit d’espionnage.
Son héros, Jean-David Dupuis, n’est pas juif. Catholique, il a simplement été circoncis dans son enfance pour des raisons médicales. Il n’en faudra pas davantage pour que, dès l’école, le regard des autres lui attribue une identité qui n’est pas la sienne. Un malentendu qui le poursuivra jusque dans sa vie d’adulte.
Devenu responsable de la cellule « Europe de l’Est » au ministère français des Affaires étrangères, Jean-David se retrouve au cœur d’une affaire qui le dépasse lorsqu’une valise contenant des documents secrets lui est dérobée dans un train. Espionnage, terrorisme et questionnements identitaires s’entremêlent alors dans une intrigue qui passe notamment par Bruxelles et Molenbeek.
Derrière le roman, Marek Halter pose une question qui l’accompagne depuis sa jeunesse : sommes-nous ce que nous choisissons d’être ou ce que le regard des autres fait de nous ? Une réflexion née, raconte-t-il, d’une rencontre avec Jean-Paul Sartre alors qu’il n’avait que 17 ans et qu’il souhaitait contester sa célèbre formule : « C’est l’antisémite qui fait le Juif. »

Au fil de l’entretien, l’écrivain revient sur la résurgence de l’antisémitisme, la peur comme terreau du rejet, son attachement à la force de la parole et son combat de toujours pour le dialogue. Il évoque également ses liens avec Bruxelles, ses souvenirs belges et son regard sur le conflit israélo-palestinien, pour lequel il défend une hypothèse originale : une union de type Benelux entre Israël, la Palestine et la Jordanie.
Une rencontre avec un homme qui, à travers la littérature comme dans ses engagements, continue de croire qu’il faut parler, débattre et imaginer d’autres chemins plutôt que se résigner.
Photo de couverture : © Bruno Levy
