Cultiver sans contraintes

Cultiver sans contraintes

Et si le secret d’un potager réussi était simplement d’oublier les règles trop rigides ? Ingénieur agronome de formation et jardinier passionné, Laurent Mélotte défend une approche pragmatique : observer, expérimenter, emprunter le meilleur aux différentes méthodes et, surtout, ne jamais transformer le jardinage en corvée.

De l’agronomie à la terre

Né à Archennes, Laurent Mélotte découvre très tôt le jardinage auprès de son père et de son parrain, agriculteur. Il étudie ensuite l’agronomie à l’Université catholique de Louvain et se spécialise dans la défense des végétaux. « Je voulais être médecin des plantes », se souvient-il. Mais face à un cursus alors largement tourné vers les traitements phytosanitaires, il choisit de consacrer son mémoire à l’agriculture biologique, encore très marginale à l’époque. Sa carrière professionnelle l’éloignera quelque temps des jardins : il rejoint le monde brassicole et enseigne notamment la biochimie. La passion de la terre, elle, ne disparaît jamais.

Un mauvais terrain pour une bonne idée

En 2015, installé à Hamme-Mille, il découvre que l’emplacement choisi pour son potager est truffé de gravats provenant d’un ancien bâtiment. Plutôt que de renoncer, il cherche d’autres manières de cultiver. Il expérimente d’abord les buttes de permaculture, séduisantes sur le papier mais exigeantes en temps et en énergie. Peu convaincu par le rapport entre l’effort fourni et le résultat, il teste ensuite la culture dite « en lasagne », qui alterne notamment matières riches en carbone et en azote. Les résultats sont meilleurs et l’effort moindre. Une évidence s’impose alors : plutôt que d’appliquer une méthode à la lettre, mieux vaut l’adapter à son terrain, à son emploi du temps et à ses envies.« On prend le meilleur de toutes les écoles et on l’adapte à notre environnement, à notre jardin, mais aussi au temps que l’on désire y consacrer. »Une seule règle reste non négociable : aucun produit chimique de synthèse.

Observer avant d’intervenir

Laurent Mélotte ne se revendique donc pas strictement de la permaculture, même s’il en retient certains principes, notamment l’attention portée à l’équilibre naturel. Son approche mêle connaissances scientifiques, observation et expérimentation. Avant toute intervention, une question : est-elle vraiment nécessaire ? Cela vaut particulièrement pour les nuisibles. Plutôt que de vouloir immédiatement éliminer les pucerons, il conseille par exemple de laisser les prédateurs naturels faire leur travail. « Si on traite contre les pucerons, on ne verra jamais de coccinelles. Il faut laisser sa part à la nature. » Même philosophie face aux limaces. Après plusieurs essais, il a testé une méthode inspirée de l’élevage des escargots : déposer de la farine autour des cultures. Attirées par cette nourriture, les limaces délaissent temporairement les plantations et peuvent ensuite être ramassées et éloignées. Une solution toute simple née, une fois encore, de l’expérimentation.

Apprendre à faire son propre potager

C’est cette philosophie que Laurent Mélotte transmet aujourd’hui dans ses formations. Au potager Mille-Visages, à Hamme-Mille, ses ateliers alternent théorie et pratique : composition et fertilité des sols, lumière, semis, boutures, compostage…Un accompagnement à distance complète le dispositif. Les participants peuvent envoyer leurs questions et leurs photos afin d’obtenir des conseils adaptés à leur situation. Le cycle complet accompagne une année de jardinage, des premiers semis jusqu’aux récoltes, en huit séances. Mais là encore, pas question d’imposer un rythme : selon les disponibilités, le parcours peut s’étaler sur deux ans.

Transformer le « je dois » en « j’ai envie »

Derrière les techniques se dessine finalement une autre conception du jardinage. Il ne s’agit pas de contrôler totalement la nature, mais de composer avec elle. Observer davantage, intervenir moins et accepter qu’un jardin vivant conserve une part d’imprévu.Et surtout, garder intact le plaisir de mettre les mains dans la terre.« Jardiner ne doit jamais être une contrainte. Si cela devient une obligation, alors on a raté quelque chose. Il faut transformer le “je dois” en “j’ai envie”. » Une philosophie simple qui pourrait bien être la meilleure manière de cultiver son potager… sans que celui-ci finisse par nous cultiver.


Le potager Mille Visages – Laurent Mélotte
Rue Jules Coisman, 10
1320 Hamme-Mille
laurent@melotte.net
www.facebook.com/jardinpotagerfaineant

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