Dans les yeux de … Amid Faljaoui et John-Alexander Bogaerts

Dans les yeux de … Amid Faljaoui et John-Alexander Bogaerts

C’est devenu une tradition. A l’occasion du numéro de l’année du magazine LOBBY, celui consacré au Leadership inspirant, nous avons demandé à deux amis de la maison, deux personnalités des cercles d’influence, de nous donner leur vision de l’année écoulée. Au menu, cinq sujets d’actualité qui ont jalonné 2025 de manière mouvementée. Le rédacteur en chef du magazine Trends-Tendances et le Fondateur du concept B19 nous livre ici leurs impressions sans détours, avec l’expertise et l’expérience dont ils peuvent se targuer.

Lobby : Pendant que Bart De Wever essaye tant bien que mal de diriger une pauvre Belgique, la région de Bruxelles n’a toujours pas de gouvernement… Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Amid Faljaoui : Vous avez raison, c’est le jour et la nuit. D’un côté, De Wever avance dans la douleur ; de l’autre, la Région de Bruxelles fait du surplace. Ce que ça m’inspire ? Que le pire ennemi, ce n’est pas la difficulté, c’est le vide. Bart a compris un truc essentiel : mieux vaut une action imparfaite qu’une attente parfaite. Pendant que Bruxelles cherche la solution idéale qui n’existe pas, le Fédéral occupe le terrain. C’est une vieille règle de management : celui qui bouge gagne, même s’il trébuche. Maintenant, je ne tombe pas dans l’amour fou pour Bart De Wever contrairement à beaucoup de francophones qui ne s’intéressent qu’à l’écume de l’actualité. Oui, il a séduit avec son humour son public lors des grandes conferences catholiques, oui, il a bien défendu la Belgique lors du Sommet européen consacré aux avoirs gelés chez Euroclear. Mais ne vous faites aucune illusion, son souhait ultime n’a pas changé, il souhaite encore et toujours le démantèlement de la Belgique. Il l’a écrit noir sur blanc dans un livre d’or aux Pays-Bas, de manière plus subtile, mais il l’a fait. Le belge francophone, surtout celui des beaux quartiers de Bruxelles, reste un grand romantique. Il rêve d’une Belgique unitaire. Mais il est bien le seul aujourd’hui. Pour Bart, l’anversois, nous restons un parking. Il n’y a qu’à avoir comment via la nécessaire réforme des allocations de chômage, il a en réalité régionalisé la précarité. Il l’a fait aussi avec le plan froid et les francophones s’en sont étonnés via un simple… tweet. Et tout le reste est du même acabit, l’Etat fédéral se défausse de certaines factures au detriment des Régions, mais c’est vrai – chapeau l’artiste – la découpe se fait de manière silencieuse et pas à la trançonneuse. Mais au final, la découpe aura lieu. Et pour l’instant, le mot d’ordre, c’est : “Dormez citoyens, Bart veille sur vous.”  

LB : Pendant qu’Albert II coule des jours paisibles depuis la reconnaissance de Delphine, notre Laurent de Belgique à nous sort de son chapeau un fils reconnu… sur le très tard. Vous en pensez quoi ?

AF : L’histoire semble bégayer chez nos souverains, mais avec une nuance intéressante. Albert II a attendu d’être dos au mur, contraint par la justice, pour reconnaître Delphine. Ici, si le Prince Laurent prend les devants – même sur le tard – c’est une démarche différente. Ça me fait dire que les temps changent, même au Palais. Peut-être qu’on a enfin compris qu’il vaut mieux assumer sa vérité publiquement plutôt que de laisser les rumeurs dicter l’agenda médiatique. C’est plus moderne, finalement. En tant qu’homme de media, je dirai que la différence avec Albert II est flagrante. Albert a subi l’histoire pendant des années ; Laurent, lui, semble avoir pris les devants. Mon analyse ? C’est une belle opération de contrôle. Si tu as une vérité qui dérange, mieux vaut la sortir toi-même et raconter ta propre histoire plutôt que de laisser les autres le faire à ta place. Albert a été victime du scandale, Laurent essaie d’en être le narrateur. C’est beaucoup, beaucoup plus malin.

LB : Pendant que Pierre-Olivier Beckers gravit petit à petit les marches du CIO international, une femme, Kirsty Coventry, une zimbabwéenne, en devient la numero uno. Alors, les femmes au pouvoir ?

AF : C’est fascinant de voir ces deux trajectoires. Pierre-Olivier Beckers a fait un travail de fond remarquable, très “corporate”, très “belge” dans le bon sens du terme. Mais voir Kirsty Coventry, une femme, zimbabwéenne, prendre la tête du CIO, c’est un signal très fort. Ça nous rappelle que le monde change et que les grandes instances ne cherchent plus seulement des gestionnaires, mais aussi et surtout des symboles. Les femmes au pouvoir, ce n’est plus une question de quota, c’est devenu une nécessité pour reconnecter ces institutions avec la réalité du monde. Pour Beckers, notre Poulidor des jeux olympiques, c’est dur comme constat, mais c’est logique. Le CIO est une vieille  dame, une vénérable institution qui doit absolument se reconnecter avec le monde actuel. Mettons-nous un instant à la place des décideurs du CIO : d’un côté, Beckers, c’est la compétence pure; et de l’autre, Coventry, c’est le symbole. Ça montre bien qu’aujourd’hui, pour diriger au sommet, le CV ne suffit plus. Il faut incarner son public (ici : les jeunes, les femmes, l’international). Osons le dire, et en espérant ne pas être critiqué de misogynie, le CIO n’a pas choisi le meilleur gestionnaire, il a choisi le meilleur “produit” pour son image. Bref, TikTok l’a emporté sur le bilan comptable.

LB : Pendant que Trump fait la file d’attente devant la porte fermée de Poutine, Zelenski ronge son frein et attend, en vain, la reconnaissance suprême de l’américain. Histoire drôle… ou triste ?

AF : C’est un peu triste, mais c’est une leçon de négociation implacable. On voit clairement qui tient le couteau par le manche : c’est toujours celui qui a le moins besoin de l’autre. Zelenski court après Trump et endosse même un costume pour le voir à Washington, et Trump court après Poutine… C’est ce qu’on pourrait appeler la chaîne alimentaire du pouvoir. Celui qui fait attendre est celui qui fixe le prix. En politique comme en affaires, dès qu’on est demandeur, on part avec un handicap. Les jeunes garçons qui s’échinent à courir après les filles savent bien de quoi je parle.

LB : Pendant qu’Elon Musk analyse sa proposition de rémunération à 1 milliard de dollars, Ilham Quadri quitte Syensko en attendant de savoir à quelle sauce de Golden Shake Hand elle se délectera. L’argent dirige donc tout ?

AF : Un milliard pour Musk, un parachute doré pour Kadri… Les chiffres donnent le tournis, mais il ne faut pas les prendre au premier degré. Pour Musk comme pour Kadri, il faut arrêter de crier au scandale. Personne n’a été floué dans l’histoire. On parle d’entreprises privées avec des actionnaires adultes et consentants. S’ils acceptent de signer ces chèques (que ce soit pour une rémunération ou un départ), c’est qu’ils estiment que le retour sur investissement est là. C’est la règle du jeu : les actionnaires acceptent de payer le prix de la performance ou de la stratégie. S’ils n’étaient pas d’accord, ils ne voteraient pas pour ou vendraient leurs actions. C’est un deal entre privés, aussi froid et rationnel que ça. Au fond, la seule entité à blamer – si c’est ce que certains veulent faire – c’est le conseil d’administration. Et personne d’autre.

Et du côté de John-Alexander Bogaerts, l’avis est-il partagé ?

Lobby : Pendant que Bart De Wever essaye tant bien que mal de diriger une pauvre Belgique, la région de Bruxelles n’a toujours pas de gouvernement… Qu’est-ce que cela vous inspire ?

John-Alexander Bogaerts : Tout d’abord, j’aimerais dire que je ne trouve pas que Bart De Wever essaye tant bien que mal de diriger le pays. Le Premier ministre vient de démontrer, dans l’affaire des « avoirs russes », qu’il avait du caractère et qu’il ne se laisserait pas faire, ce qui donne une bonne image de la Belgique sur la scène internationale (et Dieu sait à quel point elle en a besoin).
Sans oublier qu’il a le courage de nous dire que les dix prochaines années seront compliquées, mais que c’est le prix à payer. N’oublions jamais que toutes les mesures de l’Arizona ne suffiront pas à nous éviter d’aller droit dans le mur, mais qu’elles ont le mérite d’inverser la spirale. En ce qui concerne Bruxelles, la situation est en fait assez claire : un parti, le PS, refuse une coalition dans laquelle la N-VA, le parti du Premier ministre et, accessoirement, le plus grand parti du pays, serait partie prenante à raison d’un poste au gouvernement.
Cela démontre bien que notre pays est bel et bien divisé en trois, et je ne vois pas comment on pourrait sortir de cette situation. Aujourd’hui, il y a un nouveau parlement dirigé par l’ancien gouvernement : tout le monde est payé et rien ne bouge. Qu’ajouter à ça !

LB : Pendant qu’Albert II coule des jours paisibles depuis la reconnaissance de Delphine, notre Laurent de Belgique à nous sort de son chapeau un fils reconnu… sur le très tard. Vous en pensez quoi ?

JAB
 : Le prince Laurent a fait ce qu’il avait à faire avec le soutien de son épouse, la princesse Claire. On le félicite.

LB : Pendant que Pierre-Olivier Beckers gravit petit à petit les marches du CIO international, une femme, Kirsty Coventry, une zimbabwéenne, en devient la numero uno. Alors, les femmes au pouvoir ?

JAB : Il est plus que temps que ce « plafond de verre » explose pour de bon. On ne veut pas les femmes au pouvoir, on ne veut pas les hommes au pouvoir : on veut juste des gens compétents à la bonne place.
Force est de constater que, même si un grand chemin a déjà été parcouru, il y a encore du boulot. Accrochons-nous à chaque bonne nouvelle.

LB : Pendant que Trump fait la file d’attente devant la porte fermée de Poutine, Zelenski ronge son frein et attend, en vain, la reconnaissance suprême de l’américain. Histoire drôle… ou triste

JAB
 : Il est très compliqué de commenter cette situation tant elle est complexe. Il faut peut-être se rappeler qu’il ne faut jamais humilier son adversaire vaincu, et c’est ce que nous avons fait après la Perestroïka ; c’est aussi ce que nous payons aujourd’hui.
Poutine est un nostalgique de l’URSS et Trump n’en a que faire de l’Europe : cela n’est pas très bon pour nous.

LB : Pendant qu’Elon Musk analyse sa proposition de rémunération à 1 milliard de dollars, Ilham Quadri quitte Syensko en attendant de savoir à quelle sauce de Golden Shake Hand elle se délectera. L’argent dirige donc tout ?

JAB : L’argent a toujours, « malheureusement », tout dirigé, et cela ne va pas s’améliorer au vu de la société de consommation dans laquelle nous vivons. Il va falloir à tout prix revenir à des valeurs plus fondamentales dans les années à venir si l’on veut éviter que ce système implose, ou explose tout simplement.
Faut-il vraiment acheter un téléphone portable à 1200€ ? Poser la question, c’est y répondre.

Photo de couverture : Kirsty Coventry est la présidente du Comité international olympique (CIO) depuis le 23 juin 2025, première femme et première Africaine à occuper ce poste [1]. Ancienne nageuse zimbabwéenne, elle a remporté sept médailles olympiques et a été ministre des Sports de son pays

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