Ce dessin d’Egon Schiele, “Nu accroupi, vue de dos”, 1917, gouache et crayon noir sur papier,29.5 x 45 cm, a été vendu à 2.7 millions d’euros chez Dorotheum en 2025.
Nous poursuivons cette semaine notre tour d’horizon “Art de vivre” de notre magazine frère L’Éventail, avec un détour par un territoire aussi raffiné que stratégique : le dessin. Un marché tout en nuances, où la discrétion n’exclut ni la performance… ni quelques jolis coups d’éclat.
On l’imagine souvent relégué au rang d’esquisse sage, coincé entre deux chefs-d’œuvre peints. Erreur de casting. Le dessin avance masqué, certes, mais avec une efficacité redoutable. Moins bruyant que la peinture, il séduit par sa stabilité, une qualité presque rare dans le monde de l’art parfois sujet aux emballements dignes d’une salle de marché un lundi matin.

Côté chiffres, difficile de parler de timidité. En 2021, une Tête d’ours de Léonard de Vinci s’arrachait pour près de 9 millions de livres sterling. Plus récemment, Basquiat signait une envolée à plus de 15 millions de dollars. Oui, le crayon peut être très, très bien valorisé. Mais rassurez-vous : inutile de vendre votre jet privé pour entrer dans la danse. Chez Picasso ou Matisse, certaines œuvres sur papier démarrent à quelques dizaines de milliers d’euros, une entrée en matière presque raisonnable.
Le segment ancien cultive ses valeurs sûres : Tiepolo, Boucher, Watteau… des signatures qui franchissent allègrement les centaines de milliers d’euros. Et pour les amateurs de rareté ? Les enchères peuvent grimper à plusieurs millions, comme ce Rubens adjugé à 8,2 millions de dollars à New-York, soit plus du double de son estimation initiale. Mais tout l’intérêt réside aussi dans les profils plus audacieux tel que le dessinateur allemand Hans Baldung, par exemple, qui oscille entre 1,5 et 3 millions d’euros. Moins “bankable” que Dürer, certes, mais parfois plus excitant.

24 x 18.2 cm.
Pendant ce temps, à Paris, le dessin fait son show. Ou plutôt ses shows. C’est un véritable marathon culturel ! Le Salon du dessin, installé dans l’élégant Palais Brongniart, a réunit 39 exposants venus de 7 pays. Conservateurs, collectionneurs et curieux s’y croisent dans une ambiance feutrée… où les discussions peuvent, mine de rien, valoir plusieurs millions.
Ce qui frappe cette année ? La diversité. Papyrus, papier journal, carton, photographie… le dessin explore tous les supports avec une liberté réjouissante. À cela s’ajoutent plus de 300 œuvres qui ont été exposées au Grand Palais et les 71 galeries internationales de Drawing Now, temple du dessin contemporain, qui se tiendra du 26 au 29 mars. Autant dire que Paris devient, le temps de quelques semaines, la capitale mondiale du trait.

Au total, ce sont des milliers d’œuvres, plusieurs centaines d’artistes et une effervescence qui dépasse largement le cercle des initiés. Subtil, stratégique et parfois là où on ne l’attend pas, le dessin confirme une chose : dans un univers qui aime le spectaculaire, ce sont souvent les traits les plus discrets qui tirent leur épingle du jeu. Et entre nous, si un simple coup de crayon peut valoir plusieurs millions… on regarde soudain nos notes de réunion avec un peu plus d’attention.
On se retrouve vendredi prochain avec un sujet portant sur un tout autre domaine, mais toujours aussi intéressant. Promis.
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