Les montres les plus convoitées au monde naissent dans des lieux uniques. Dans des manufactures historiques ou des bureaux aux architectures ultramodernes signées par de grands noms. Mais toujours, tradition et innovation fusionnent avec éclat.

Où naît le temps ? Ce n’est ni une question philosophique, ni une énigme. Car si la notion de temps est née au moment où l’homme a ressenti le besoin de le mesurer, elle prend véritablement forme quand naissent les instruments qui en rendent la mesure possible : les montres. Véritables prodiges de micromécanique, elles voient le jour au sein de manufactures où cohabitent souvent technologie de pointe et héritage ancestral. Des bâtiments à l’architecture parfois futuriste, conçus pour intégrer des procédés ultramodernes dans des espaces alliant performance énergétique et efficacité de production. Leur point commun est un élément essentiel : la lumière naturelle. Alliée indispensable des maîtres horlogers, elle inonde les ateliers grâce à de vastes baies vitrées. Et au-delà des cadrans et des composants, le regard peut s’échapper, se reposer sur les forêts paisibles et les prairies verdoyantes de Suisse. Ou sur les paysages calmes de Glashütte, en Saxe. Ou encore les forêts de bouleaux du Japon. Aujourd’hui, une grande partie des manufactures de haute horlogerie occupent des bâtiments automatisés, résolument contemporains. C’est par exemple le cas de Rolex et de ses différents sites répartis entre Chêne-Bourg, Plan-les-Ouates et Bienne : des structures de verre et de béton, abritant les procédés secrets qui donnent naissance aux montres, objets de rêves et de désir.

matériaux d’avant-garde.
À Le Locle, dans le canton de Neuchâtel, se trouve un site parmi les plus récents et les plus audacieux de cette industrie : celui d’Audemars Piguet. Conçu par le cabinet suisse Kunik de Morsier, l’ensemble s’étend sur plus de 10.000 m², répartis sur plusieurs niveaux décalés. Non loin de là, à Le Brassus, l’Hôtel des Horlogers, signé par le cabinet BIG (Bjarke Ingels Group) et réalisé par les architectes suisses Cche, épouse la topographie de la Vallée de Joux grâce à une architecture parfaitement intégrée dans le paysage.
De son côté, Patek Philippe reste rigoureusement indissociable de Genève. Sa manufacture, inaugurée récemment en périphérie de la ville, impressionne par ses dimensions : près de 200 mètres de long, 67 de large, dix niveaux, dont quatre en sous-sol. L’architecture est caractérisée par ses surfaces vitrées, ses passerelles en béton blanc, et ses escaliers de secours couleur bronze, qui évoquent
l’esprit new-yorkais.

À Bienne, Omega dispose depuis 2017 d’une des manufactures les plus avancées de la haute horlogerie. Réparti sur cinq étages, le lieu abrite la production, la logistique et le stockage, disposant à cet effet d’un immense entrepôt entièrement automatisé. L’architecte japonais Shigeru Ban a tout imaginé jusque dans les moindres détails. Des zones de production aux espaces de détente, tout est pensé comme un ensemble cohérent. Hublot, maison plus jeune mais tout aussi ambitieuse, a quant à elle opté pour la modernité, avec deux bâtiments high-tech implantés à Nyon. Sa manufacture, résolument tournée vers l’avenir, développe une horlogerie contemporaine sans renier le respect de la tradition. Cet équilibre sert également de boussole à Vacheron Constantin, dans sa manufacture de Plan-les-Ouates, près de Genève. Inaugurée en 2005 et dessinée par l’architecte suisse Bernard Tschumi, elle arbore une silhouette stylisée de croix de Malte, emblème de la marque, et rassemble sous un seul toit la direction, l’administration et les ateliers.
Direction Outre-Rhin, à Glashütte, où la manufacture de A. Lange & Söhne illustre une autre facette de cette modernité responsable. Inauguré en 2015 face aux bâtiments historiques de la maison, le site signé par le cabinet suisse Jessenvollenweider Architektur allie innovation et durabilité. Alimenté par géothermie, le lieu est neutre en carbone et compte plus de 250 fenêtres inclinées pour profiter d’une lumière optimale. Chez Chopard, l’on s’appuie sur cinq sites de production : deux manufactures de mouvements à Fleurier, une à Genève, une à Pforzheim (Allemagne), et une fabrique de cadrans à Le Locle.

Outre ces réalisations architecturales futuristes, subsistent aussi des manufactures historiques qui, souvent, occupent les mêmes murs depuis le XIXe siècle. Parcourir leurs couloirs, écouter le rythme effervescent des ateliers puis le silence concentré des horlogers dans leurs laboratoires, c’est s’offrir une immersion précieuse dans les secrets de leur savoir-faire.
Au fond, ce double visage entre modernité et tradition est ce qui caractérise l’âme même des marques horlogères. Sous un même toit, artisans d’exception et robots guidés à distance collaborent en parfaite harmonie. Une alliance intrigante, parfois mystérieuse, mais toujours fascinante, dont la synthèse ultime est l’enchantement que procure une montre. C’est donc bien ici, dans ces lieux,
que naît le temps.
Par Davide Passoni
Photo de couverture :
Plusieurs sites de production Rolex, à Plan-les-Ouates,
Chêne-Bourg ou Bienne, disposent de véritables « puits de lumière » qui
diffusent la clarté naturelle jusqu’aux étages inférieurs.
