Petits ou grands espaces, l’environnement dans lequel nous évoluons, tant dans nos sphères privées que professionnelles, influence malgré nous la qualité de nos vies et de nos performances intrinsèques. La neuro-architecture – discipline à la croisée des neurosciences et de la conception spatiale – tend à démontrer depuis près de vingt ans l’importance du lien entre le cerveau et l’espace bâti.
Selon l’OMS, nous passons près de 90 % de notre temps à l’intérieur de bâtiments. Une donnée qui interroge car, si nos existences se déroulent majoritairement dans des environnements clos, combien d’entre eux ont réellement été pensés en tenant compte des besoins du cerveau qui y vit, y décide, y crée ? L’espace, loin d’être neutre, agit en permanence sur nos équilibres physiologiques et cognitifs.
En entreprise, un espace réduit ou un open space désorganisé, augmente le taux de cortisol – hormone du stress- et diminue l’activité du cortex préfrontal, siège de la prise de décision et de la créativité. Autrement dit, comprimer des individus sur des surfaces insuffisantes n’est pas seulement source d’inconfort, mais en altère indéniablement les capacités. À l’inverse, des environnements conçus selon les principes de la neuro-architecture- volumes généreux, lumière naturelle, zones de retrait acoustique, circulation fluide – produisent des effets déjà documentés par des études* : amélioration de la concentration, réduction de l’anxiété, …
Un espace de travail bien pensé ne se limite pas à soutenir la performance cognitive, il contribue également à réduire le taux d’absentéisme et à renforcer l’engagement des collaborateurs envers l’entreprise. Lorsque ceux-ci évoluent dans un cadre qui respecte leurs besoins, ils développent un sentiment d’appartenance et une implication pérenne.
Loin d’être un luxe, ces lieux pensés en tenant compte du bien-être s’imposent comme une réponse d’avenir en matière de santé mentale et de performance durable. Pour les décideurs, l’enjeu repose désormais sur la capacité à considérer simultanément l’aspect humain et comptable des futurs sites de travail. La neuro-architecture offre cette possibilité.
Par Isabelle Jeanpierre
*Institut de neuro-architecture UPV – Valence
