Novak Djokovic. Tout l’or du monde

Novak Djokovic. Tout l’or du monde

©vogue

Il a tout gagné, battu tous les records, collectionné trophées et argent pour plusieurs vies, mais le plus beau succès et la plus grosse émotion de sa formidable carrière Novak Djokovic les doit à une médaille en or, une breloque olympique qui vaut moins de 1.000 euros. Ni millions, ni points ATP, juste un triomphe de prestige pour lui et pour son pays, celui qui lui manquait et qu’il attendait après quatre échecs cuisants. 

©Branislav Simonick

Rêve et passion

On est tenté de dire qu’il n’y a que l’argent qui compte dans le sport professionnel. Et Dieu sait si c’est vrai. Les trajectoires s’impriment en dollars ou en euros. 99 fois sur 100, la feuille de paie, qui peut être faramineuse, détermine l’endroit où l’on officie, sans état d’âme. On ne joue plus, on fait le job. En même temps, tapis au fond de tout vrai champion, il y a une passion, un rêve d’enfant qui perdurent. Comment expliquer autrement que des Ronaldo, Modric, Nadal, Djokovic, et avant eux Federer, continuent à se faire mal, jour après jour, pour rester compétitif à un âge où d’autres ont rangé leurs ustensiles depuis belle lurette ? Les Jeux olympiques font partie de ces compétitions mythiques qui ont nourri, tout petits, notre imaginaire et nous ont fait aimer follement le sport. C’est aussi vrai pour le tennis, même s’il n’est réapparu au programme des Jeux que sur le tard et si, chez nous, Elise Mertens a encore préféré les tournois américains sur dur à la fête parisienne sur terre battue. « J’avoue qu’enfant, je rêvais de Grand Chelem, surtout de Roland Garros, pas de médaille d’or », rappelle Justine Henin, évoquant l’inoubliable souvenir d’Athènes 2004. « En même temps, en regardant les J.O. à la télé, c’est une expérience que j’avais envie de vivre, j’ai d’ailleurs choisi de loger dans le Village avec tous les autres athlètes et je ne l’ai pas regretté. Ce fut une vraie découverte. On a l’impression de surfer sur une gigantesque et fascinante énergie qu’il faut utiliser mais sans se laisser submerger, c’est un challenge en soi. Il faut aussi un peu de chance, je sais qu’à un ou deux points près j’étais dehors en demi-finale contre Myskina (rappelons qu’elle était menée 1-5 au troisième set, ndlr), et on ne parlait plus jamais de mes Jeux olympiques, je suis sûr que pas mal de gens ont d’ailleurs éteint leur télé lorsque j’ai été à ce point distancée. Le scénario aidant, c’est un souvenir qui figure facile dans le Top 3 des victoires et des émotions fortes de ma carrière, au beau milieu d’une saison pourrie par un (cytomegalo)virus. Je ne me promène pas partout avec ma médaille, mais je la montre volontiers aux gens qui savent ce qu’elle représente. »

©Norman Jean Roy

Héros national

A Paris, Novak Djokovic a choisi de loger à l’hôtel. L’effervescence du Village olympique ne lui avait pas réussi dans le passé. Il faut dire qu’à trois reprises il avait échoué en demi-finale, en 2008 à Pékin face à Nadal (avec le bronze comme lot de consolation), en 2012 à Londres contre Murray, et en 2021 à Tokyo devant Zverev. En 2016 à Rio, il avait même été éliminé dès le premier tour par Juan Martin Del Potro. Il en avait pleuré. Pour celui qui a accumulé tant de trophées ou d’argent (on évoque 500 millions € avant impôts, ndlr), mais n’est pas né avec une cuillère dorée en bouche et a connu, adolescent, les bombardements de l’OTAN sur Belgrade, revêtir le maillot de la Serbie, défendre les couleurs de son pays, a toujours représenté quelque chose de spécial. Que ce soit en Coupe Davis ou aux Jeux olympiques, deux compétitions où l’on gagne peu d’argent et aucun point ATP. Le fait qu’il se soit souvent senti seul et incompris dans un monde plus bienveillant à l’égard de Roger Federer ou de Rafael Nadal, alors que chez lui on le soutenait contre vents en marées, a encore renforcé son sentiment patriotique, d’appartenance à la nation, et son statut de héros national. « Je veux que chaque Serbe sache que cette médaille lui appartient, elle nous appartient à tous », a-t-il déclaré. Ce n’est pas pour rien que le « meilleur ambassadeur de son pays » aura bientôt son propre musée à Belgrade. « Majorque a un musée Rafael Nadal. Nous ferons en sorte de montrer ce que Novak Djokovic a fait pour la Serbie, tout en attirant les touristes », a décrété le président serbe. « Je lui souhaite cette médaille d’or, ce titre olympique du fond du coeur », avait résumé son ancien coach Goran Ivanisevic en début d’année, « Novak donne toujours le sentiment de le devoir à quelqu’un, alors qu’il ne doit rien à personne. » 

© Maja Hitij/Getty Images

Esprit olympique

Si, dès l’instant où les professionnels y trouvaient leur place, le tennis a logiquement repris place dans un panel sportif des J.O. toujours plus étendu, et si les stars de la raquette ont pris la mesure de la prestigieuse valeur d’une médaille olympique, ce n’est pas pour autant devenu un sport vedette et charismatique des Jeux, comme l’athlétisme ou la natation. On l’a bien vu cette année. Qui sait le parcours de la Chinoise Zheng, pourtant 7e mondiale, jusqu’à la finale et le titre olympique ? Seules les stars ont fait le buzz. Nadal, Alcaraz, Djokovic. Et si une page d’histoire sportive a finalement été écrite c’est parce que la finale a opposé les deux derniers cités, dans un remake de Wimbledon 2023/24, avec un verdict inversé par rapport au gazon londonien et un Serbe impérial mettant l’ultime touche à un époustouflant palmarès. Le tout entre deux champions honorant l’esprit olympique jusqu’au bout de la raquette et versant leur larme, d’indicible bonheur ou de tristesse infinie. « J’ai fait de la peine à tous les Espagnols », s’est écroulé le jeune Hidalgo qui aura pourtant encore l’occasion d’en gagner d’autres, des breloques du genre. Même si elle s’est jouée en deux sets, ce fut aussi une finale digne des plus marquantes en Grand Chelem. On peut d’ailleurs se demander s’ils ne l’ont pas payée tous les deux trois semaines plus tard à l’US Open. Même Pep Guardiola s’est fendu d’un hommage vibrant : « Je n’ai pas de mots. Ce que Djokovic a réussi contre Alcaraz est incroyable. Sa mentalité est vraiment impressionnante. » Cette finale haletante a duré près de trois heures, aucun des deux champions n’a abandonné son service, distribuant les coups de raquette, même les plus subtils, comme on s’envoie des uppercuts, le titre s’est donc joué sur deux tie-breaks, géré par le Serbe avec une détermination et un sang-froid phénoménaux. 

Inégalable

Dans les tribunes du court Philippe Chatrier, l’inscription, en grandes lettres ocre rouge, est visible de tous, « La victoire appartient au plus opiniâtre », une citation attribuée à l’aviateur Roland Garros, mort au combat pendant la première guerre mondiale et qui a donné son nom au stade parisien. On la dirait écrite pour Novak Djokovic (ou Rafael Nadal), monstre de persévérance et de ténacité à 37 ans. Lors de sa nette défaite en finale de Wimbledon face à Alcaraz, alors qu’il sortait de revalidation (lésion au ménisque), on avait pu avoir le sentiment d’une passation de pouvoir. Lors de ces Jeux de Paris, qu’il s’était fixés comme premier objectif, il a apporté des réponses claires, toujours en deux sets – il n’en a perdu aucun. En cas d’échec, Novak Djokovic avait d’ores et déjà coché les prochains Jeux 2028 à son agenda. Maintenant qu’il a tout gagné, pas sûr qu’il y renonce. « J’ai encore envie d’aller à Los Angeles », a-t-il lancé. Après tout, le plus vieux champion olympique de tennis depuis plus d’un siècle n’aurait alors « que » 41 ans. « Aux J.O. de Londres, je pensais avoir vécu la plus belle émotion possible lorsque j’ai été porte-drapeau de mon pays », rappelait-il. « Mais, là, cela dépasse ce que j’ai pu imaginer. C’est le plus important succès de toute ma carrière. J’ai toujours dit que représenter la Serbie est mon plus grand honneur. Revenir sur ce court, jouer un tennis incroyable, à 37 ans, contre un jeune de 21 ans, probablement le meilleur du monde en ce moment, voir le drapeau de la Serbie se lever, chanter l’hymne, porter la médaille autour du cou, c’est inégalable. »

Affamé Djokovic a donc remporté le seul trophée qui lui manquait, il est désormais le seul à avoir remporté l’or olympique, les quatre Grands Chelems, tous les Masters 1000, le Masters, la Coupe Davis et l’ATP Cup, recordman des titres en Grand Chelem et en Masters 1000. On devine que dans sa quête d’éternité le Serbe était fameusement sous pression au moment d’aborder cette finale. On se souvient que cet homme indomptable, qui a tout affronté et tout surmonté dans sa vie sportive, avait craqué – fait rarissime – sous le poids de l’histoire face à Medvedev à l’US Open alors qu’il pouvait réaliser le Grand Chelem sur la saison 2021 et rejoindre Rod Laver dans la légende. Une occasion qui ne se représentera sans doute plus avec Alcaraz et Sinner dans le champ de vision. Comme à chaque fois, il en a tiré les leçons, et c’est encore Carlos Alcaraz, pour la première fois dans le camp du vaincu dans une grande finale, qui en a le mieux parlé : « J’ai eu devant moi un Djokovic très impressionnant dans les moments difficiles, sur les points décisifs, un Novak affamé, il était sur le chemin de l’or, il l’avait en tête, il ne m’a pas laissé prendre ma chance. J’ai tout essayé et tout donné jusqu’à la dernière balle, je suis fier de ça. En termes de chiffres, c’est le plus grand, il a atteint à peu près tout ce qu’il s’est fixé comme objectifs. » Des objectifs qui sont aussi les siens, même s’il dit s’attaquer à « une montagne inaccessible ». Dont il a pu mieux encore mesurer la hauteur, mais quand on a déjà quatre titres majeurs dans la musette à 21 ans on a le droit de rêver.

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