Quand le golf défie la trisomie

Quand le golf défie la trisomie

A 28 ans, Nathalie Habranc joue au golf, avec un niveau proche de 30. Mais la jeune femme a une particularité : elle souffre d’un handicap mental, la trisomie 21. Cette maladie, elle la défie au jour le jour accompagné par toute sa famille grâce au golf, un sport qui a complètement changé sa vie. Récit d’une histoire qui bouleverse les codes et défie la maladie.   

« J’aimerais vous poser une question monsieur Balthazar : qu’avez-vous pensé de votre partie avec Nathalie ? » Cette question, c’est la première que nous pose Bernadette, la maman de Nathalie juste après avoir partagé une partie de 9 trous au golf du Five Nations à Méhan avec la jeune femme. La réponse arrive spontanément : « je n’avais pas d’attente ou de crainte particulière. Mais impossible de ne pas être impressionné par cette manière de jouer. » Un niveau de 30 en golf n’est évidemment pas exceptionnel. Mais lorsque ce niveau concerne celui d’une personne trisomique, cela interroge et force au respect. D’abord, parlons de cette maladie sur le plan scientifique. La trisomie 21 résulte d’une anomalie génétique. A la naissance, le bébé dispose d’un chromosome supplémentaire (47 au lieu de 46). Les conséquences sont gravissimes et touchent le physique autant que l’aspect mental de la personne. « L’âge mental d’une personne trisomique est proche de celui d’un enfant de 6 ans. Pour pouvoir dialoguer avec elle, nous devons utiliser des codes particuliers. »

Le golf : une révélation

Retour 9 années plus tôt, en 2017. Les Habranc vivent à Ham-sur-Heure, dans la province du Hainaut. Un jour, la sœur ainée de la famille, Aurore, prend une leçon au golf des Lacs. Nathalie l’accompagne et l’entraîneur lui propose de frapper quelques balles, c’est à ce moment-là que le déclic se fait. « Le pro a été impressionné par les performances de Nathalie et il nous a convaincu de l’inscrire pour développer son talent un peu inné », se remémore Bernadette. De fil en aiguille, saison après saison, le niveau de jeu de Nathalie augmente. A tel point qu’elle est invitée à des compétitions internationales handigolf. « Celle à Roissy a été un moment charnière qui lui a permis de passer une étape importante, puisqu’elle a désormais 30 de handicap, annonce fièrement la maman. Des joueurs d’autres clubs sont déjà venus me dire ‘est-ce qu’elle a un avantage particulier lorsqu’elle est sur le parcours ?’. La réalité, c’est que non. Elle joue avec les mêmes règles que tous les autres joueurs du monde. A la seule différence, qu’elle est toujours en voiturette et accompagnée de son caddie. »

Une sœur caddie et des codes

Ce caddie n’est autre que sa deuxième sœur, Cassandra, qui connaît mieux que personnes les codes de Nathalie. Sur le Par-5 du long trou numéro 8 du Five Nations, la joueuse doit frapper une balle de 50 mètres. « Moyen biscuit », lui souffle Cassandra. La balle est frappée avec une belle intensité et arrive sur le green. « Si je lui donnais un métrage, cela ne fonctionnerait pas. Pour qu’elle comprenne le coup qu’elle doit frapper, je donne des noms qu’elle peut associer à une intensité de coup, comme ‘petit, moyen ou grand biscuit’ ». Un des effets importants de la trisomie étant la concentration, le rôle de Cassandra est de ramener Nathalie dans le présent et donner à son cerveau suffisamment d’éléments qui vont lui permettre de frapper le bon coup.

Une inclusion difficile

Rien ne destinait la famille Habranc à entrer dans le monde du golf. « Nous sommes une famille d’ouvriers et personne ne pratiquait ce sport », sourit Bernadette. Et l’inclusion n’a pas toujours été facile, surtout lors des premières années. « Les gens avaient peur de Nathalie, ils pensaient qu’elle pouvait être colérique, qu’elle jouerait trop lentement et qu’elle serait incapable de s’adapter. Mais l’avenir nous a donné raison. » Malgré les défis, la famille a poursuivi sa quête et s’est finalement fait sa place dans les clubhouses. Désormais, Nathalie est la 6e joueuse trisomique au monde à disposer d’un classement mondial. Elle a reçu le prix de l’Etincelle de la Région wallonne qui récompense chaque année une personne qui fait rayonner la région à l’étranger. Et ce n’est certainement que le début de cette belle histoire familiale qui fait songer, par sa redéfinition de certains codes, à un conte de fées.  

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