Malgré un calendrier toujours plus dense et exigeant, les joueurs trouvent encore le temps de disputer des matchs d’exhibition lucratifs. À tel point que certains événements “show” ont désormais acquis une place fixe dans le calendrier. Une évolution saine ?
Le tennis d’exhibition ne date pas d’hier. Il suffit de se souvenir de la légendaire « Battle of the Sexes » disputée en 1973 à Houston entre Billie Jean King et Bobby Riggs. Devenu un manifeste pour le tennis féminin, l’événement était au départ une idée quelque peu provocatrice de Riggs, ancien pro reconverti en homme d’affaires. Fin de l’an dernier, le duel des sexes a connu une pâle réédition à Dubaï avec Aryna Sabalenka et Nick Kyrgios, une opération dont seuls les protagonistes et les organisateurs sont véritablement sortis gagnants.Rappelons également que les deux circuits professionnels sont nés lors de la transition entre amateurisme et professionnalisation, à partir de séries commerciales comme le Grand Prix Circuit chez les hommes et le Virginia Slims Circuit chez les femmes, qui ont servi de modèles à l’ATP et à la WTA à la fin des années 1980. Dans ces premières années, les joueurs disposaient encore d’une grande liberté pour compléter leurs obligations envers l’Association of Tennis Professionals et la Women’s Tennis Association par des exhibitions. Dans nos régions, l’exemple le plus marquant reste l’ECC (European Champions’ Championship), organisé de 1982 à 1992 au Sportpaleis d’Anvers. L’événement attirait les plus grands noms du tennis mondial avec, à la clé, une raquette en or sertie de 1.420 diamants, d’une valeur d’un million de dollars, offerte à quiconque remportait le titre trois fois en cinq ans. Ivan Lendl fut le seul à y parvenir chez les hommes. Chez les femmes, Amélie Mauresmo brilla en 2007 lors des Diamond Games. À une époque où le professionnalisme se structurait encore timidement (les anecdotes abondent sur les nuits agitées des joueurs pendant l’ECC, notamment au célèbre restaurant Fouquet’s sur la Keyserlei) ces escapades sur le circuit alternatif des exhibitions représentaient une parenthèse aussi lucrative que bienvenue.

Rivalité
Dans les années 1990, la lutte d’influence éclata entre la Fédération internationale de tennis (ITF), organisatrice des tournois du Grand Chelem, et les instances professionnelles ATP et WTA. Cette rivalité donna naissance à des compétitions parallèles généreusement dotées. L’ITF lança ainsi la Grand Slam Cup, disputée dix éditions durant à l’Olympiahalle de Munich, surfant sur le boom du tennis en Allemagne. Les meilleurs performeurs en Grand Chelem s’y affrontaient pour des primes records : deux millions de dollars pour le vainqueur, avec un bonus d’un million supplémentaire en cas de titre majeur la même année. L’expérience prit fin en 1999. Pendant ce temps, la Hopman Cup, compétition mixte par équipes née en 1989 à Perth, gagnait en popularité. Épreuve conviviale sans points ATP ou WTA à distribuer, elle constituait une préparation idéale à l’Open d’Australie. Les participations de Roger Federer (qui y rencontra sa future épouse Mirka Vavrinec), de Serena Williams ou de Justine Henin contribuèrent à son aura. Mais elle fut finalement sacrifiée lors de la refonte du calendrier et remplacée en 2020 par l’ATP Cup. Celle-ci ambitionnait de concurrencer la phase finale de la Coupe Davis, sans réel succès. Dès 2023, une nouvelle formule mixte vit le jour avec l’United Cup, mieux accueillie, notamment parce qu’elle offrait des conditions identiques à celles de l’Open d’Australie (surface, balles, ambiance) et des primes attrayantes.

La trêve hivernale, d’environ six semaines, est devenue le moment privilégié pour arrondir les fins de mois. Le Moyen-Orient s’est engouffré dans cette brèche. L’Arabie saoudite a ainsi lancé la Diriyah Tennis Cup, prélude à son entrée officielle dans le calendrier avec l’organisation des WTA Finals et bientôt d’un tournoi ATP et WTA 1000. Partout dans le monde, les exhibitions se multiplient. Début décembre, Carlos Alcaraz affrontait Frances Tiafoe dans le New Jersey, avant de croiser João Fonseca à Miami. En janvier, il faisait escale à Séoul avec Jannik Sinner. Même logique pour David Goffin, qui mit de côté une gêne au genou pour participer au “Masters” du circuit UTS imaginé par Patrick Mouratoglou, un show tennistique aux règles revisitées. Même Roger Federer n’a pas résisté à l’appel des exhibitions. En fin de carrière, il effectua une tournée spectaculaire en Amérique du Sud, empochant, selon certaines sources, deux millions de dollars par apparition. En 2017, il mit aussi son influence au service de la Laver Cup, compétition par équipes opposant l’Europe au reste du monde, rapidement intégrée au calendrier officiel ATP malgré l’absence de points à la clé.

Les tournois du Grand Chelem ont également compris l’intérêt d’exploiter la présence des stars dès la semaine des qualifications. À Melbourne, l’Open d’Australie a lancé le One Point Slam, concept où chaque duel se joue sur un seul point, avec à la clé un prize money spectaculaire. À l’US Open, le double mixte a été transformé en show de deux jours réunissant spécialistes et vedettes du simple. Dernier-né du paysage exhibition : le Six Kings Slam. Organisé à Riyad en pleine course vers les ATP Finals, il a attiré les plus grandes stars grâce à une dotation colossale — six millions de dollars pour le vainqueur, Sinner l’an dernier. Diffusé sur Netflix et soutenu par l’ATP, l’événement a illustré la puissance financière saoudienne et son ambition de peser durablement sur l’écosystème du tennis mondial. Le rêve ultime du patron de l’ATP, Andrea Gaudenzi, serait d’évoluer vers une sorte de super-ligue où l’élite s’affronterait dix à quinze fois par an dans des tournois obligatoires, laissant quelques espaces pour des ATP 250 et… des exhibitions créatives. Objectif : regrouper au maximum les stars pour séduire sponsors, diffuseurs et organisateurs.
