Stéphane De Groodt : Une seule existence… mais plusieurs vies

Stéphane De Groodt : Une seule existence… mais plusieurs vies

Si le garçon en surpoids qu’il était, complexé et dyslexique, regardait dans le rétroviseur du singulier attelage que fut son parcours de vie depuis lors, il n’en croirait pas ses yeux. A l’approche de la soixantaine, étant devenu ce qu’il voulait être, Stéphane De Groodt s’offre une auto… biographie qui lui ressemble, jonglant avec les mots et les rencontres qui changent une vie, brassant  le personnel et l’universel avec distance et pudeur. Touchant.

Vertigineux

« En réalité, je n’aurai été ni un grand pilote de course, ni un grand comédien, ni un grand auteur… un grand de rien, mais cependant grand de tout. Je veux dire grandi de toutes ces sortes de choses diverses et passionnantes que j’ai entreprises au cours de ma vie. » C’est ainsi que Stéphane De Groodt, Belge, Bruxellois et fier de l’être, introduit « En mémoire de mes souvenirs », le bouquin où il se livre pleine page, fidèle à lui-même, passant allègrement du coq à l’âne, ne pouvant résister à ses jeux avec les mots de la langue française, ciselés, virtuoses, vertigineux, qui sont sa marque de fabrique et fondent une sorte de génie dans son genre. Ici, ils ne flirtent pas avec le surréalisme qui lui colle d’habitude à la plume, ils servent une histoire vraie, la sienne, une histoire de passion, de défi, d’amour et quelque part aussi de rédemption, une histoire de rencontres surtout, autant de « bascules » comme il dit qui modifient le cours d’une existence. Une seule existence… mais plusieurs vies, qui n’en sont qu’une. Perfectionniste mais n’étant jamais à une digression près, il suit le fil qu’il s’est trouvé avec une profonde sensibilité et une touchante gentillesse qui ne confine jamais à la sensiblerie. En parlant de lui, il parle de nous, ce qui est déjà une réussite en soi. Mais pourquoi un tel livre aussi tôt, à 59 ans on a la vie devant soi ? « Les événements majeurs de ma vie, j’ai l’impression de les avoir déjà réalisés, au niveau professionnel et privé. Je pense que c’était le bon moment… mon éditrice aussi », sourit-il. 

De travers

On a du mal à imaginer le Stéphane De Groodt d’aujourd’hui en un gosse en surpoids et isolé des autres tel qu’il se raconte, une catastrophe en classe parce que dyslexique sans le savoir avant d’être diagnostiqué TDAH sur le tard. « Je ne parvenais pas à me concentrer, je décrochais de suite, j’étais renfermé tout en rêvant d’être cosmonaute, pilote de course, comédien, de faire rire autour de moi comme le faisait Louis de Funès. Je n’ai juste pas eu le temps d’être cosmonaute », s’amuse-t-il. Faisant sienne la quête de celui qu’il appelle le poète des maux, Jacques Brel, « rêver un impossible rêve, suivre l’inaccessible étoile », il a voulu « se lever, toujours, pour ne pas rester immobile. » De son handicap, de ses doutes, il a fait une force. Sans hautes écoles ou cours Florent. A l’instinct. « J’ai essayé de recoller mes morceaux, même de travers, d’appréhender la réalité par un autre prisme, cela a son charme », continue-t-il. Une sorte d’univers décalé, donc, qui lui est propre et qu’il a nourri grâce à l’improvisation, comme un pianiste autodidacte. « Je manie les mots, les marie, les bouscule, c’est un peu comme monter une équation absurde qui finit par avoir du sens. » En 2014, l’ancien cancre a ainsi été fait Chevalier des arts et des lettres et a reçu le prix Raymond Devos, « alors que la grammaire ou la conjugaison je ne sais toujours pas ce que c’est, cela procure à la fois un sentiment étrange et une immense fierté. » 

Raviolis

Les multiples vies de celui qui cultive humilité et dérision autant que faire se peut (« je fonctionne au deuxième et au troisième degré, j’ai le sens du compromis, bref je suis Belge ») ont commencé, nul ne l’ignore, dans un baquet de voiture de course. C’est d’ailleurs pour pouvoir y entrer qu’il a fait appel à Weight Watchers et perdu du poids. Il avait pourtant vu son icône Gilles Villeneuve se crasher à Zolder, mais à ses yeux d’adolescent c’était là un destin hors normes, flamboyant, une forme de courage et d’excellence, l’aventure des temps modernes. Inspiré par Jacky Ickx, Eric Van de Poel, mais aussi Jean-Louis Trintignant, Paul Newman ou Steve McQueen, il a un peu fait tous les petits métiers pour pouvoir assouvir sa passion. Ce grand gourmand a même vendu des raviolis dans des restaurants pour se payer des cours de pilotage en France. En dix ans, il a récolté quelques lauriers non négligeables, dont un titre de vice-champion du Benelux en Formule Ford 1600, et il vient de réaliser son rêve d’enfant, immortalisé par un attachant documentaire, piloter une F1 Alpine sur le circuit de Monza.

Esprit Canal

Entretemps, il n’a pas négligé l’autre versant de sa vie. Il a fait du théâtre amateur, s’est aguerri à la Ligue d’impro, a ébauché l’une ou l’autre chronique dans ce style loufoque et très littéraire qui allait conquérir les adeptes de l' »esprit Canal » et en désorienter certain(e)s autres, comme Nabilla dans une de ces séquences devenue culte qui vous change un statut en une poignée de secondes. C’est bien Canal + France qui a vraiment fait décoller sa carrière, alors qu’il y croyait à peine, à presque 45 ans, un âge où l’on n’est plus jeune premier, surtout quand on n’est pas Brad Pitt et que l’on vous demande de remplacer une miss météo. Il y croyait encore moins lorsque la maison d’édition Plon voulut publier plus tard un recueil des chroniques qu’il avait fini par dicter et enchaîner sur le petit écran. Elle vendit 350.000 exemplaires de son « Voyage en Absurdie », et il se retrouva au palmarès de l’année parmi les grandes stars de l’édition, d’Ormesson, Nothomb, Lemaître. Aujourd’hui, il n’est toujours pas Brad Pitt, mais il est devenu celui qu’il voulait être, un humoriste inclassable qui a su imposer son ton unique, absurde et virevoltant, un comédien apprécié qui rêve des frères Dardenne pour le grand rôle de sa vie, il est devenu lui-même auteur de théâtre (d’une pièce qui lui ressemble : « Un léger doute ») et il triomphe à Paris avec Clotilde Courau et Sylvie Testud dans « La vérité » de Florian Zeller. 

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