Au bout de l’avenue du Zoute, face au Fort Saint-Paul, le temps semble s’être arrêté. Là où se dressait autrefois la légendaire gaufrerie Gustaaf Siska, un squelette de béton décrépit lentement depuis plus de dix ans. Ce projet d’hôtel cinq étoiles, baptisé 8300 d’après le code postal local, était le vœu cher de Léopold Lippens pour pallier le manque de luxe hôtelier. Aujourd’hui, il n’est plus qu’une ombre. Si la façade affiche encore l’élégance d’une villa anglaise, l’envers du décor est brutal : à l’intérieur, le vide. Une simple dalle de béton jonchée de gravats, des serrures fracturées… Les Knokkois, jamais à court de sarcasme, l’ont rebaptisé l’hôtel fantôme. Par Alain Zenner



Pourquoi un tel gâchis ? Le promoteur Ghelamco a longtemps plaidé l’absence d’exploitant, malgré l’annonce (restée sans suite) de l’arrivée du groupe Costes. Mais au Zoute, les mauvaises langues vont bon train : on murmure que l’hôtel n’était qu’un cheval de Troie. Paul Ghysens aurait décroché son permis en 2011 dans l’espoir de transformer, plus tard, ces chambres en appartements de luxe. L’absence totale de finitions intérieures ne fait que renforcer cette thèse : l’hôtel n’aurait été qu’un mirage. Autre mystère : en 2022, le dossier prit une tournure encore plus rocambolesque. Les services d’urbanisme découvrirent une surprise de taille : alors que le permis n’autorisait que deux niveaux souterrains, le promoteur en a discrètement fait construire trois ! L’impasse était totale : impossible de régulariser sans démolir, mais impossible aussi de laisser ce chancre défigurer la commune, surtout avec un groupe Ghelamco en eaux troubles financièrement.
Une transaction…
En avril dernier, un compromis a fini par émerger. La transaction permet de conserver le sous-sol clandestin, à condition qu’il ne serve qu’à la technique (adieu chambres ou commerces cachés). Le prix de ce dépassement ? Une amende égale à la plus-value, estimée à environ 350.000 euros, selon le quotidien HLN. La commune a en outre posé ses conditions, et elles sont strictes. Le sous-sol clandestin ne pourra abriter que des fonctions techniques, sans chambres d’hôtel ni espaces commerciaux supplémentaires. Les garages souterrains restent liés à l’hôtel et ne pourront pas être vendus séparément. Et surtout : l’affectation hôtelière du bâtiment est consacrée.
Bref, le rêve de transformer ce bloc de béton en appartements de standing s’envole heureusement. Reste à voir si, après dix ans de sommeil, le 8300 finira par accueillir un jour un client… ou s’il restera le plus beau monument au béton de la côte.
