Thomas Detry : Itinéraire d’une victoire historique

Thomas Detry : Itinéraire d’une victoire historique

En s’imposant au Phoenix Open, Thomas Detry a marqué l’histoire du golf de notre pays. Le Bruxellois sera à tout jamais reconnu comme le premier Belge à s’être imposé sur le PGA Tour. D’un naturel plutôt discret, ce grand perfectionniste a toujours décidé de grimper les échelons petit à petit, sans brûler les étapes… jusqu’à ce jour de février où il a décroché cette victoire sur le plus grand circuit du monde. Une victoire qu’il attendait depuis près de 10 ans.

Dans le désert arizonien, la température extérieure est fraîche, mais l’atmosphère est suffocante. Entre 80 et 100.000 spectateurs sont venus assistés au dénouement de l’Open de Phoenix, l’un des tournois les plus ‘fous’ de l’année, à quelques heures seulement du début du Superbowl, l’événement sportif majeur aux Etats-Unis. Les Américains aiment les paris et beaucoup ont placé de l’argent sur une victoire de Scottie Scheffler ou de Jordan Spieth. Malgré les cinq coups d’avance de ce petit Belge, les deux Américains sont habitués à ce genre de remontée, pensent-ils surement. Et puis, Detry a déjà montré plusieurs fois qu’il pouvait s’écrouler dans les moments importants.

Une semaine parfaite

Mais à Phoenix, il n’est pas tombé une seule goutte de pluie sur la carte de score de Thomas Detry. Sur les 9 premiers trous de son aller, la nervosité s’est certainement ressentie sur son long jeu. Mais le chipping et le putting étaient toujours au rendez-vous. Et surtout, sa capacité à trouver les greens en régulation qui ont été une force toute la semaine, sur un parcours où les cactus peuvent provoquer de nombreux bogeys, ou plus, si affinités. Piqué au vif par 20.000 Américains scandant le classique ‘USA, USA’ dans l’antre du trou numéro 16 du TPC Scottsdale, transformé en stadium le temps du tournoi, notre compatriote répond par un splendide fer 9 planté au mat. Une délivrance pour notre Belge qui, libéré, enchaîne encore deux nouveaux birdies sur sa fin de parcours.

La Ryder Cup en ligne de mire

Après avoir rentré un ultime birdie au 18, le joueur anglais Matt Wallace s’empresse de sabrer le champagne et d’asperger notre compatriote du précieux liquide. Autour du green, Sarah, la compagne de Thomas, et ses deux petites filles Sophia Dolores (3 ans) et Alba (1 an) viennent à sa rencontre. Mais on aperçoit aussi le joueur écossais de Ryder Cup Robert MacIntyre, avec lequel Thomas a déjà joué le tournoi de doubles du Zurich Classic en Nouvelle-Orléans en 2024… on se dit alors que ces deux-là formeraient une sacrée paire pour affronter les Etats-Unis à Bethpage Black en septembre prochain. Mais au moment de lever son trophée, Thomas Detry savoure, fier d’avoir porté la Belgique sur le toit du golf mondial, sans vraiment penser aux conséquences directes de cette victoire. « Je ne construis pas ma saison en vue de la Ryder Cup », explique-t-il à chaud aux journalistes. Mais il est sûr que ce succès sur le sol américain, face à des supporters hostiles, lui fera gagner de nombreux points aux yeux de Luke Donald.

L’étoile montante

Dans l’histoire contemporaine du golf belge, il y a d’abord eu Nicolas Colsaerts. Il a montré la voie de ce qu’on appelle désormais à l’étranger la ‘Belgian connection’. Comment ne pas ses souvenir de ses 3 victoires sur le tour européen et sa présence dans l’équipe de Ryder Cup 2012 qui a mené au miracle de Medinah ? Puis, l’Anversois Thomas Pieters et ses 6 victoires sur le DP World Tour avant de rejoindre le LIV Golf. Et enfin, Thomas Detry, qui n’a qu’un an de moins que Pieters et qui a suivi les traces de son ami en étudiant à l’université de l’Illinois. Au début de sa carrière, Thomas est d’abord vu comme un grand travailleur, avant d’être un surdoué. Il passe par le golf club 7 fontaines, puis par le Ravenstein, en gardant Michel Vanmeerbeek (également coach historique de ‘Nico’) à ses côtés. Sa vie change complètement lorsqu’il part suivre ses études aux Etats-Unis où, très vite, il prend ses marques. Participant à la Ryder Cup juniors 2010 à Gleneagles, il affronte les deux grands amis, Justin Thomas et Jordan Spieth. Il est ensuite sélectionné à la Palmer Cup deux fois consécutivement. Il fait notamment équipe avec Jon Rahm et Adrian Meronk et affronte des équipes américaines constituées de Wyndham Clark (2014) et de Maverick McNealy (2015).

Photo by Ken Murray/Icon Sportswire via Getty Images

Dans la cour des grands

Detry finit ses études et passe professionnel en juin 2016. Il profite du KPMG Trophy à Cleydael pour terminer dans le top 10 de son premier tournoi pro (6e). Après une deuxième place dans la foulée, il remporte le challenge de Bridgestone au bout de son troisième tournoi, ce qui lui permet d’accéder au DP World Tour, première division européenne. En 9 ans, sa régularité force l’admiration, mais la victoire manque. Son seul succès est conquis en double à la fin de l’année 2018 : il gagne la coupe du monde de golf avec Thomas Pieters à Melbourne. Souvent placé, mais jamais gagnant à l’image de ses 7 deuxièmes places glanées, on le dit ‘maudit’ et lui colle une étiquette de joueur fougueux, qui a du mal à contenir ses émotions dans les moments importants. De tous ses résultats, on se souvient notamment de ce playoff perdu lors de l’Open d’Ecosse 2021 face aux Anglais Matthew Fitzpatrick et Aaron Rai, de sa dernière partie lors du 3e tour du Farmers à Torrey Pines et de cette balle dans le bassin du 18, alors qu’il est en tête ou encore de sa 2e place au Houston Open. Mais c’est surtout sa 4e place lors de l’USPGA Championship 2024 (qui lui a permis d’obtenir son ticket pour le Masters 2025) qui prouve que le Belge peut jouer les trouble-fête dans les Majeurs, seul véritable curseur pour les meilleurs joueurs de l’histoire. Sa 42e place à la FedexCup 2024 et son passage éclair dans le top 50 mondial, à la fin de l’année passée, malgré l’absence de victoire, étaient des indices supplémentaires de son énorme régularité. Désormais, Thomas Detry entre dans la cour des grands. Avec cette victoire au Phoenix Open, il succède à Brooks Koepka, Hideki Matsuyama, Arnold Palmer et Ben Hogan… entre autres. Ce succès pourrait jouer le rôle de déclic en vue de résultats encore plus fantastiques, notamment en Majeurs. Nous avons le sentiment que le meilleur est à venir, avec d’autres talents prometteurs qui pointent le bout de leurs clubs, comme Adrien Dumont de Chassart. Play Golf sera là pour vous compter leurs aventures et continuer à écrire l’histoire golfique de notre petit pays, qui ne compte pour rappel, que 80.000 golfeur

Par Thibault Balthazar
Photo de couverture (Photo by Andy Lyons/Getty Images)

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