A la fin de cette année, Serge Fautré quittera la direction d’AG Real Estate après une trajectoire professionnelle exemplaire à la tête de l’un des acteurs majeurs de l’immobilier belge.
À Bruxelles, trouver un logement abordable relève parfois davantage de la chasse au trésor que de la recherche immobilière. Les prix grimpent, les surfaces rétrécissent et les délais administratifs semblent parfois plus longs qu’une carrière politique. Pourtant, pour Serge Fautré, la situation n’a rien d’une fatalité.
Le CEO d’AG Real Estate a livré une analyse aussi pragmatique que directe d’un marché sous tension. Après quatorze années passées à la tête de l’un des plus importants acteurs immobiliers du pays, celui qui passera le relais en fin d’année ne semble pas avoir perdu son optimisme. Ni son franc-parler.
Son constat est simple : le véritable problème n’est pas l’immobilier, mais l’accessibilité au logement. Alors que la population augmente, que les ménages se multiplient et que les villes continuent d’attirer, l’offre ne suit plus. Résultat : le logement devient progressivement inaccessible pour une partie croissante de la population.
Pour certains, la réponse consiste à construire plus petit. Pour Serge Fautré, cette logique atteint rapidement ses limites. Un studio de quelques mètres carrés peut convenir à un étudiant, beaucoup moins à une famille qui souhaite simplement vivre normalement. La solution passe donc avant tout par une augmentation de l’offre.
Et contrairement à une idée largement répandue, il estime que l’espace existe. Surélévation d’immeubles, reconversion de bureaux devenus obsolètes, transformation d’anciens sites industriels ou de bâtiments aujourd’hui inoccupés : les opportunités ne manquent pas. Encore faut-il pouvoir les concrétiser dans des délais raisonnables.
Car c’est là que le bât blesse. Entre procédures, recours et permis qui mettent parfois près d’une décennie à aboutir, la lenteur administrative finit souvent par devenir un acteur à part entière du marché immobilier.

L’autre piste défendue par Serge Fautré concerne les partenariats public-privé. L’objectif : développer davantage de logements à prix maîtrisés, sans renoncer à la qualité architecturale ni à la viabilité économique des projets. Une approche qui a déjà démontré son efficacité en Flandre avec le programme de modernisation des écoles “Scholen van Morgen”, qui a permis la réalisation de 182 projets, représentant 250 bâtiments neufs ou rénovés accueillant quelque 133.000 élèves. Cela pourrait inspirer d’autres réalisations dans le domaine résidentiel.
À quelques mois de son départ à la retraite, Serge Fautré laisse derrière lui un parcours remarquable, marqué par la croissance d’AG Real Estate mais aussi par une volonté constante de concilier performance économique et responsabilité sociétale. Une vision qui lui vaut aujourd’hui le respect bien au-delà du seul secteur immobilier.
Quant à son message final, il a le mérite de la simplicité. Dans un pays qui adore les débats complexes, les commissions, les sous-commissions et parfois même les commissions chargées d’évaluer les commissions, il rappelle une évidence : pour faire baisser la pression sur les prix, il faut construire davantage. Et selon lui, bonne nouvelle, il reste encore de la place pour le faire. Notamment en construisant davantage en hauteur.
On vous retrouve vendredi prochain au même endroit. En attendant écoutez le dernier podcast de François Didisheim, fondateur de LOBBY, sur BXFM Radio.
