Devenir golfeur professionnel, c’est le rêve de centaines de jeunes Belges. Pour y arriver, la meilleure voie est sans aucun doute les universités américaines. Mais les places sont comptées et dédiées aux plus grands talents du monde. Pour se faire un nom et accéder un jour au (L)PGA Tour, le parcours est semé d’embûches, mais le résultat est parfois bien au rendez-vous.
Nous sommes le 14 août, et en cette belle journée d’été, c’est le grand jour pour Hugo Duquaine. Sur le tarmac de l’aéroport de Bruxelles, le jeune homme de 18 ans repense à toutes les épreuves qu’il a dû passer pour en arriver là, face à cet avion prêt à décoller vers les Etats-Unis. Etudier dans une université américaine, c’est un rêve qu’il poursuit depuis ses 9 ans, l’âge auquel il a débuté le golf à Rigenée, avec ses grands-parents. Le chemin était clair dans sa tête depuis le début : devenir scratch, obtenir son CESS et développer ses contacts pour décrocher une bourse, ce précieux sésame nécessaire pour partir outre-Atlantique. Malgré ses 5 titres de champion de Belgique, ce sont surtout ses solides performances européennes qui ont tapé dans l’œil des recruteurs. Pour aider Hugo et son père à faire le meilleur choix, une agence joue le rôle d’entremetteur avec les universités. Et toutes les parties se sont finalement mises d’accord sur le nom d’une université : celle d’Eastern dans le Michigan. Sauf que 3 mois avant de partir, Hugo reçoit un coup de téléphone et c’est la déconvenue. « Pour pouvoir allier au mieux les entraînements et les études, je suis sorti de l’enseignement traditionnel et ait fait trois années scolaires en deux. Mais au mois de mai, la direction d’Eastern me contacte en me disant qu’il me manque un crédit pour obtenir la bourse. J’ai alors deux options : soit je passe deux examens (en trigonométrie et en astronomie) pour obtenir les crédits nécessaires, soit je m’inscris dans une autre école. Il fallait passer ces examens rapidement et obtenir un B minimum, j’ai donc opté pour la deuxième option, trouvant cette première trop risquée. » En last minute, une solution est trouvée et c’est finalement vers l’Hutchinson Community College, l’un des meilleurs Junior College des Etats-Unis, qu’Hugo Duquaine embarque. Au Kansas, la météo est plus clémente en hiver que dans le Michigan. Notre compatriote devrait pouvoir jouer environ 13 tournois sur sa saison, tout en étudiant le Sport management.

Entre 12 et 15 heures de cours par semaine
Le grand saut, Savannah de Bock l’a déjà effectué depuis janvier 2024. Comme Hugo, elle rêvait depuis toute petite d’étudier dans une université américaine. Et comme lui, elle était déjà reconnue comme grand talent golfique avant de partir outre-Atlantique. Lorsque nous l’interviewons, l’Ecaussinnoise est de retour pour quelques semaines en Europe, entre deux semestres. Et, hasard amusant, elle étudie depuis un an à l’université…d’Eastern Michigan, qui devait initialement accueillir Hugo Duquaine. Pour elle aussi, ce chemin vers les Etats-Unis n’a pas été un long fleuve tranquille. « Suite à ma participation à la Solheim Cup Junior 2023, j’ai débuté mon premier semestre en janvier 2024 en Georgie. Cela n’a pas été simple car j’arrivais en cours d’année et les groupes d’amis étaient déjà formés. Mais j’avais fait ce choix pour mon coach, Josh, avec lequel j’avais eu un excellent feeling et je l’assumais pleinement. » Quelques mois seulement après l’arrivée de la joueuse belge, Josh est remercié par l’University of Georgia. Et Savannah décide de suivre son coach dès le trimestre suivant, là où il va désormais officier, dans le Michigan. « C’était une décision logique pour poursuivre au mieux mon évolution. Après, il ne fait pas aussi chaud qu’en Georgie, mais depuis que je suis à Eastern, je me sens comme un poisson dans l’eau (rires). » Sa vie sur place est répartie entre entrainements de golf, compétitions et cours. La plupart des étudiants ont un horaire compris entre 12h et 15h de cours par semaine, avec un maximum de 19 heures à ne pas dépasser.

En début de semestre, l’université leur donne un catalogue de cours et les joueurs et joueuses font leur choix en fonction de leurs horaires d’entraînement et de leurs objectifs de carrière. « Un énorme atout dans ce fonctionnement à l’américaine par rapport à l’Europe, c’est la flexibilité. Je choisis mes cours à la carte en fonction de mon majeur. Le mien est en journalisme. » Aux Etats-Unis, près de 300 équipes sont inscrites en D1 universitaire NCAA, la division dans laquelle Savannah joue. « Nous avons un tournoi qui réunit une fois par an les universités de la même conférence. Le reste de l’année, je participe à des compétitions un peu partout aux Etats-Unis, souligne la joueuse belge qui devrait terminer ses études dans 4 ou 5 semestres, ce qui correspond à deux ans ou deux ans et demi. Pour être sélectionnée dans les tournois au plus haut niveau, il existe un système d’invitations entre les entraineurs et c’est comme cela qu’on établit le calendrier », poursuit-elle. Hawaii, Arizona, Texas ou Colorado (où elle a d’ailleurs décroché la victoire lors du Golfweek Red Sky Classic), les opportunités ne manquent pas pour se rendre sur les plus beaux parcours américains. « Ils sont préparés dans des conditions assez similaires à celles des pros, que ce soit en termes de longueur, de vitesse de green et d’entretien, donc c’est clairement un avantage pour le futur de jouer sur de tels parcours. »

Connais-toi toi même
La maxime de Socrate s’applique à tout golfeur souhaitant atteindre le top mondial. Et elle résume à elle seule le parcours américain de Matthis Besard. A l’époque, Matthis vient d’être diplômé de l’école secondaire d’Oudenarde et, en pleine recherche de lui-même, part pour les États-Unis en espérant trouver sa voix. « C’était une belle opportunité, mais si ça ne marchait pas, je pouvais toujours revenir. »
Suivi notamment par Golf Vlaanderen, il s’inscrit à Southern Illinois. Malgré le fait que cette université n’ait pas le prestige de la grande école de l’état, Urbana Champaign (Thomas Detry, Thomas Pieters, Adrien Dumont de Chassart), le joueur de Waregem progresse rapidement à la fois en golf et dans ses études. « Venir ici, c’est probablement la meilleure décision que j’ai jamais prise. Là-bas, j’ai grandi en tant que personne et j’ai pris de la maturité. Je sais que le parcours des universités américaines ne convient pas à tout le monde. Mais en ce qui me concerne, je le referais sans aucune hésitation. » Inscrit en division 1, il côtoie des futures stars du PGA Tour : Viktor Hovland, Matthew Wolff, Colin Morikawa ou encore Matt Maccarthy. Le tout en restant assidu à ses cours. « Ce n’est pas comme dans une université belge où la réussite de votre année se décide aux examens de fin de semestre. Aux Etats-Unis, vous êtes dans des petites classes avec des tests de connaissance réguliers. Cela vous force à travailler un peu tous les jours et c’était plutôt positif pour moi qui aimait beaucoup procrastiner. » Le jeune adulte de 18 ans en a désormais 25. Son passage par les Etats-Unis lui a permis de mieux se connaître et lui a donné confiance en lui pour la suite de sa carrière de golfeur (voir épinglé) qu’il poursuit actuellement sur le Challenge Tour européen après avoir goûté au DP World Tour. « Je pense que j’avais du talent mais j’avais besoin de prendre conscience de mon potentiel. Et aujourd’hui, je suis prêt à le développer pleinement. »

Un talent précurseur
Ce talent, Diane Baillieux l’a en elle depuis sa plus tendre enfance. Plus puissante et plus douée que la majeure partie des filles de son âge, une grande carrière dans le golf se profile assez rapidement pour elle. A 14 ans, elle part avec ses parents pour la Floride afin de jouer le Doral, l’un des tournois de jeunes les plus importants de la planète… et elle se fait directement remarquer. « Mon style de jeu plaisait beaucoup aux différents coachs présents. Sauf qu’il leur est interdit de communiquer avec des joueurs de moins de 16 ans, donc ma mère jouait l’intermédiaire. »
Top 100 mondial au classement junior à 16 ans, sa carrière décolle lorsqu’elle remporte le British Juniors Open. Les universités américaines frappent toutes à la porte de Diane, mais son choix se porte déjà sur l’University of North Carolina. « Cela faisait de nombreux mois que nous échangions et au dernier moment, l’université a changé d’avis car elle jugeait que mes résultats scolaires n’étaient pas assez hauts. En 2017, il ne restait qu’un mois avant mon départ et nous avons finalement opté pour Baylor, en plein milieu du Texas, classée dans le Top 10 des meilleures universités américaines pour le golf. » Les trois premières années universitaires de Diane se passent pour le mieux, même si la concurrence est rude dans cette prestigieuse université. « On était traitée comme des princesses. On pouvait demander à peu près tout ce qu’on voulait. Mais il y avait une contrepartie : nous devions performer. » Diane s’est un peu compliqué la tâche en choisissant de passer deux bachelors en même temps (finance et business international). Conséquence : elle travaille plus que les autres pour ses études, alors que les attentes restent les mêmes au niveau golfique.

Le choix du cœur
Malgré les magnifiques tournois auxquels Diane Baillieux participe dans les plus beaux endroits des Etats-Unis, malgré ces hôtels luxuriants dans lesquels elle séjourne, la fatigue commence à se ressentir et les ennuis de santé s’accumulent. « Chaque semaine, il y avait des qualifications internes pour représenter l’université lors des tournois. Cela signifie qu’il fallait d’abord battre tes coéquipières avant de tenter de faire de bons résultats en tournoi. La compétition était rude… c’était la vie d’une athlète de haut niveau. Il n’y avait jamais de break. » Elle entre émoussée en 2020, dans une année marquée par le Covid. Les contraintes de la crise sanitaire sont difficiles à vivre. Une fois celle-ci derrière elle, elle décide de faire une année de Master supplémentaire, mais cette fois, à l’université du Colorado, à côté de Denver. « La différence entre les deux universités était énorme ! Je suis passée du haut niveau golfique à un niveau beaucoup plus modeste. Mais mon choix s’est porté sur le fait que l’université du Colorado proposait un master en Corporate finance & Investment qui me séduisait beaucoup. » Alors qu’une carrière dans le golf lui tendait les bras, c’est finalement vers une grande multinationale que Diane décidé de poursuivre sa carrière, à son retour en Belgique. « J’ai adoré mes études universitaires, mais je me suis vite rendue compte que le golf de haut niveau n’était pas forcément ma tasse de thé, confie notre joueuse belge âgée désormais de 27 ans. J’ai eu la chance de jouer des tournois professionnels très jeune et j’ai vu les sacrifices que cela demandait. Aujourd’hui, je n’ai absolument aucuns regrets. » Restée joueuse amateure, Diane vient de rejoindre l’équipe ladies des 7 Fontaines pour poursuivre la pratique de son sport… qu’elle préfère comme passion que comme profession. Mais elle n’a pas totalement coupé les liens avec le golf professionnel. La golfeuse belge garde par exemple des liens forts avec plusieurs amies rencontrées pendant ses études, telle que Gurleen Kaur, devenue aujourd’hui joueuse professionnelle sur le LPGA Tour.
L’importance de la bourse
Le prix d’une année universitaire varie entre 20.000 et 75.000$. D’où l’importance pour nos joueurs belges d’obtenir une bourse partielle ou complète qui permet de financer les études. « A Baylor University, une année universitaire coûte 72.000$, explique Diane Baillieux. Faites le compte, au bout de 5 ans, vous pouvez déjà vous offrir une belle maison en Belgique (rires). » « La bourse peut varier d’année en année, rappelle Hugo Duquaine. Mieux vous jouez, plus vous avez de chance que celle-ci soit entièrement financée. »
Les installations tonitruantes de l’université d’Alabama
Aux Etats-Unis, les installations sportives universitaires peuvent être particulièrement impressionnantes, on pense notamment à certains stades de football américain qui ont accueilli le Superbowl. En golf aussi, les zones et terrains d’entrainement universitaires sont parfois repris dans les meilleures du pays. On y retrouve notamment les toutes nouvelles installations de l’université d’Alabama qui vient d’investir 50 millions de dollars rien que dans son programme lié au golf : la Crimson Reserve. Justin Thomas sorti de cette université (tout comme Nick Dunlap) en 2013, a dessiné les contours de ce lieu magique de 70 hectares, considéré désormais comme l’un des plus beaux endroits du golf universitaire américain.

Quand Michaël Jordan apprenait le golf à l’université
Au sein d’une université américaine, plusieurs sports sont bien évidemment représentés. Il n’est donc pas rare de voir de futures grandes stars du sport se rencontrer et se lier d’amitié. C’est ce qui est arrivé à Michaël Jordan à l’université de North Carolina et c’est d’ailleurs comme cela qu’il a commencé le golf, à la suite de son amitié naissante avec Davis Love III. Eliminé avec son équipe de basket-ball dans la course au championnat universitaire, Jordan demande à son colocataire et équipier Buzz Peterson, s’il peut l’accompagner sur le parcours de golf. C’est là qu’il fait la rencontre de Davis. « Au début, Michaël ne semblait pas concerné par le golf, il ne tapait qu’une balle de temps en temps en nous regardant, a expliqué le champion de golf. Mais son intérêt a grandi au fur et à mesure, et j’ai fini par lui donner quelques vieilles balles et des clubs, et il a commencé comme ça. » Depuis Michaël Jordan est devenu un véritable accro du sport de St Andrews et assiste même tous les deux ans à la Ryder Cup.
Vol direct pour le PGA Tour
Depuis 2020, le tour américain a lancé le PGA Tour University, un programme qui attribue une carte du PGA Tour au vainqueur du classement final, qu’il peut utiliser dès la fin de son cursus universitaire. C’est notamment ce qui a permis à Ludwig Åberg de passer sur le circuit à vitesse grand V, grâce à sa première place au classement en 2021 et 2023. En 2023, Adrien Dumont de Chassart avait terminé à la 3e position de ce même ranking, ce qui lui avait permis de se qualifier directement pour le Korn Ferry Tour. Michael Thorbjornsen a glané les années 2022 et 2024 de ce classement. David Ford a quant à lui décroché la timbale en cette année 2025 et obtenu son ticket pour la prochaine saison du PGA Tour.

« Je pense que j’ai le niveau pour le PGA Tour. »
En manque de confiance sur son jeu au début de ses études universitaires (voir texte principal), Matthis Besard a pris du galon et ne souffre plus de ce syndrome de l’imposteur qu’il a connu plus jeune. Passé un an sur le DP World Tour grâce à sa carte gagnée aux Q Schools, il est redescendu cette saison sur le Challenge Tour. Mais notre compatriote garde confiance en ses capacités. « Une carrière en golf, c’est très long avec des ups and downs. La différence entre le haut et le très haut niveau est minime et se joue parfois sur une bonne semaine. » Cette saison, Matthis a pris beaucoup de plaisir sur les parcours, ce qui selon lui est une condition sine qua non pour atteindre ses futurs objectifs. « J’aimerais assez rapidement récupérer ma carte sur le DP World Tour. Et ensuite, pourquoi pas décrocher une place sur le PGA Tour… je m’en sens désormais capable. »
Les anecdotes de Diane
L’American Dream, nombreux sont les jeunes joueurs et joueuses à en rêver. On dit que tout est possible aux Etats-Unis et pendant ses études, Diane Baillieux en a pris conscience. Parmi ses anecdotes, certaines sont croustillantes : elle a rencontré au Texas un ancien président américain, a vu des golfeurs arriver en hélicoptère que le parcours, à Puerto Rico et a même fait la une de Golf Channel. Laissez-nous vous raconter cette dernière anecdote. Lors des qualifications nationales, un virus circule et de nombreuses joueuses tombent malades. Une équipière de notre compatriote doit déclarer forfait et Diane, qui souffre des mêmes symptômes, accepte de jouer. Malgré la souffrance, elle finit sa partie dans le Par et contribue à la victoire de son équipe qui se qualifie pour la finale du championnat. Séduite par cette performance courageuse, Golf Channel décide d’en faire une histoire à l’américaine, où Diane jouerait les premiers rôles. Elle est suivie par la chaîne pendant la finale, au cours de laquelle elle fera le buzz. Après un coup incertain, Diane crie « sit or go… I don’t know ». La vidéo deviendra virale et sera vue et commentée par des millions de personnes. « Aux Etats-Unis, la réputation est très importante, parfois plus que le talent intrinsèque. Cette histoire m’a fait connaître à travers tout le pays et m’a ouvert de nombreuses portes (rires). »
Par Thibault Balthazar
