Nicolas Colsaerts, qui a disputé au Dunhill Links son 500ème tournoi sur le circuit européen, restera sur le Tour en tant que commentateur sportif, tout en disputant encore quelques épreuves comme le Soudal Open 2026. « Mais je passe désormais à une nouvelle étape de ma vie » nous confie-t-il depuis sa résidence d’Abu Dhabi. Interview.
Après 25 ans sur le circuit professionnel, Nicolas Colsaerts a tiré sa révérence début octobre dernier dans le vent écossais, lors d’un Alfred Dunhill Links Championship réduit à trois tours. Une séquence remplie d’émotions notamment lors du passage sur le Swilcan Bridge, le célèbre petit pont de pierre situé sur le trou n°18 de l’Old Course de St.Andrews, considéré comme le berceau du golf.
Au-delà de ses derniers résultats mi-figue, mi-raisin, qui ne lui ont pas permis de conserver des droits de jeu complets sur le circuit, Nicolas Colsaerts est revenu avec nous sur cette fin de carrière quelque peu précipitée à la veille de ses 43 ans, un âge où l’on est encore loin d’être senior en golf !

Play Golf : Nicolas Colsaerts, tout d’abord, comment allez-vous point de vue santé ?
Nicolas Colsaerts : Je vais bien. Mes problèmes physiques (suite à une maladie auto-immune des reins, ndlr) ne me causent pas de soucis dans ma vie quotidienne. Mais mon état d’esprit a changé depuis que j’ai connu ces ennuis de santé. On se sent plus fragile, et je n’ai pas envie de m’imposer quelque chose qui pourrait fragiliser mon corps un peu plus.
PG : Cela explique-t-il votre décision d’arrêter votre carrière ?
NC : En partie, mais pas à 100%. Ce n’est pas une décision prise à la légère, en fait cela me trottait dans la tête depuis plusieurs années. Vu ma performance au Dunhill Links l’an dernier (2ème après notamment un albatros, puis une belle bataille contre Tyrrell Hatton, ndlr), j’ai encore fait une saison complète cette année. Mais j’avais déjà envie de passer à autre chose.
PG : Quand vous avez entamé votre carrière pro il y a 25 ans, pensiez-vous jouer autant sur le circuit ?
NC : J’ai commencé très tôt, à mes 18 ans, et à ce moment on ne réfléchit pas à ça et encore moins à sa fin de carrière ! Je ne me voyais pas vraiment faire une longue carrière, même si le golf était toute ma vie. Ceci dit, j’ai beaucoup de respect pour les joueurs de mon âge qui gardent le couteau entre les dents pour réaliser de nouvelles performances. Ce n’était plus mon cas, alors que je n’éprouvais plus le même plaisir. Les semaines étaient même parfois longues.
PG : Vous avez cependant passé aussi le cap des 500 tournois disputés sur le circuit européen… c’était un objectif ?
NC : C’est en tout cas quelque chose qui me tenait à cœur ces derniers mois. 500 tournois, on est seulement une cinquantaine à avoir réussi à atteindre ce nombre. Ce n’est pas rien et c’est la preuve que vous n’avez pas fait que passer sur le Tour, que vous faites partie intégrante de son histoire. Et puis, tomber le rideau à St.Andrews, en présence de ma femme Rachel et de mon fils Oliver qui est un vrai passionné de golf, cela restera gravé dans ma mémoire.
PG : Un circuit que vous quittez sans regret ?
NC : Je ne le quitterai pas vraiment, puisque j’y resterai en tant que commentateur sportif pour European Tour Production, qui sera mon employeur principal. J’ai déjà commenté une Ryder Cup et plusieurs British Open, les retours sont assez bons. Aux dernières nouvelles, je ferai partie de l’équipe derrière l’écran ou sur le terrain pour minimum 18 tournois.

PG : Vous pensiez depuis longtemps à cette reconversion ?
NC : Ce plan B s’est profilé un peu par hasard au fil des années. Je regarde souvent le golf à la télé, et j’ai eu l’occasion d’apporter mon expertise à plusieurs reprises. J’ai désormais ma place dans ce monde câblé du DP World Tour, j’ai d’ailleurs pu commenter les deux dernières épreuves de la saison à Abu Dhabi et Dubaï. En Belgique, c’est assez paradoxal, les téléspectateurs néerlandophones pourront m’écouter (ndlr, sur la chaîne golf de Play sports), mais pas les francophones qui ont les commentaires en français !
PG : Plus question, donc, de rejouer sur le circuit via des invitations ?
NC : Non, je ne vais pas demander d’invitations et jouer « à une main » tout au long de la saison 2026 ! Je ne suis plus assez impliqué au niveau des entraînements et autres. Je vais cependant encore jouer à trois reprises cette année. A savoir les deux tournois d’ouverture de la saison en Australie, le pays de mon épouse Rachel tandis que mes garçons Jackson et Oliver sont donc à moitié australiens. Je jouerai aussi en décembre l’Open de l’île Maurice, alors que je suis ambassadeur d’Heritage où se déroule le tournoi. Je disputerai aussi le Soudal Open 2026 « à la maison »… si je reçois une invitation !
PG : Un Soudal Open que vous disputerez en mode « compétition » ?
NC : J’essaierai en tout cas de passer au minimum le cut ! Mais je ne suis pas persuadé de rentrer quatre cartes de 66 pour autant, puisque je n’aurai pas joué de compétitions depuis plusieurs mois. Mais j’espère être compétitif pour l’occasion devant mes supporters. Je reste très attaché à la Belgique, même si je n’y habite plus maintenant depuis longtemps.
PG : Vous gardez dès lors votre statut de pro ?
NC : Oui, redevenir amateur et jouer les interclubs, ce n’est pas dans les plans (rires). J’ai pris la décision d’arrêter sur le Tour, mais je n’ai pas raccroché mes clubs pour autant.
PG : Vous n’avez pas fait partie du staff de l’équipe européenne de Ryder Cup. Une décision que vous respectez et que vous comprenez ?
NC : Une décision de Luke Donald que je respecte… parce que vous êtes obligé de la respecter. Mais que je comprends ? non. Honnêtement, je l’ai même assez mal pris. J’étais impliqué depuis plusieurs années, et je pense que j’ai apporté quelque chose lors de notre victoire à Rome en 2023. J’estime dès lors que j’avais ma place en tant que vice-capitaine. Je n’ai rien contre Alex Noren, qui a une belle carrière, mais il n’avait rien de plus que moi à apporter à Bethpage. Mais bon, j’ai eu l’occasion d’en discuter avec Luke Donald. C’était son choix de capitaine, sa façon de construire quelque chose, il n’a pas eu d’état d’âme. Et cela ne m’empêche pas d’être content de la victoire de l’Europe !
PG : On comprend que la Ryder Cup vous tenait à cœur… votre victoire contre Tiger Woods (et Stricker) en 2012 à Medinah reste-t-elle le plus grand moment de votre carrière ?
NC : Oui, j’ai toujours vibré pour la Ryder Cup depuis que je suis gosse, tant comme téléspectateur que comme acteur. Mes trois victoires sur le circuit laisseront aussi une trace indélébile dans mon esprit, que ce soit en Chine, au Mondial de Match-play à Finca Cortesin mais aussi l’Open de France en 2019. Cette dernière victoire au golf national était un moment très intense, alors que je faisais vraiment partie du paysage golfique français.
PG : On a l’impression que c’est cela qui vous importe : laisser une trace dans l’histoire…
NC : Peut-être, mais j’aime surtout transmettre des émotions. Je l’ai d’ailleurs ressenti avec les centaines de messages que j’ai reçus ces dernières semaines après avoir annoncé ma fin de carrière et qui m’ont beaucoup touché. J’ai fait vibrer de nombreux golfeurs… dans tous les sens (rires). J’espère en tout cas, surtout, avoir inspiré de nombreux golfeurs belges et une nouvelle génération sur le circuit dans les prochaines années. A ce niveau, j’espère d’ailleurs qu’ils vont à leur tour transmettre leur passion, comme je l’ai fait il y a quelques années avec le « Colsaerts & Friends » à Ternesse (puis à Damme), en compagnie de Thomas Pieters et Thomas Detry, encore de jeunes amateurs à l’époque. Puis avec les « Kings of Golf » au Zoute, en y amenant des joueurs comme Garcia, Olazabal, Woosnam, Jimenez ou Torrance.
PG : On vous sent un peu nostalgique… l’envie de revenir au pays ?
NC : J’aime la Belgique… mais je me sens bien désormais à Abu Dhabi, où j’ai déménagé depuis plus d’un an après avoir habité à Dubaï. J’y resterai encore quelques années au moins alors que Jackson et Oliver y vont à l’école, ce dernier allant au lycée français tout comme les filles de… Jérôme Theunis, ami de longue date qui habite à 500 mètres de chez moi !
PG : Abu Dhabi, votre nouveau paradis ?
NC : N’exagérons rien, même si toutes les facilités sont top. Mais si on nous avait dit il y a quelques années que l’on se retrouverait tous les deux, avec femme et enfants, dans les Emirats Arabes, on ne l’aurait pas cru.
Play Golf vous remercie pour votre interview, et vous souhaite bonne chance pour la suite… autour du DP World Tour ou ailleurs !
