La fondation de Bill Gates a contribué à des avancées significatives dans des domaines comme l’amélioration des taux de vaccination au niveau mondial, la diminution de la mortalité infantile, l’aide à l’enfance, l’accès à l’éducation, la lutte contre les maladies infectieuses et la réduction de l’extrême pauvreté. Ceci, notamment en Afrique.
Et si la philanthropie des ultra-riches n’était pas qu’un acte de générosité, mais aussi un instrument de pouvoir et de stratégie ?
Bill Gates s’est engagé à donner 99 % de sa fortune, soit plus de 100 milliards de dollars, à sa fondation qui soutient la santé mondiale, la vaccination et l’éducation. MacKenzie Scott, ex-épouse de Jeff Bezos, a distribué près de 20 milliards de dollars en cinq ans à plus de 2 000 associations, en leur laissant libre usage de ses dons. Mark Zuckerberg et son épouse Priscilla Chan financent l’éducation et la recherche médicale, George Soros soutient la démocratie et les droits humains, Michael Bloomberg lutte contre le tabagisme et le changement climatique, et l’ancien PDG de Microsoft, Steve Ballmer, ainsi que sa femme Connie, investissent dans l’éducation et le sport pour la jeunesse. Des chiffres et des actions impressionnants, mais qui ne sont pas sans poser question.
Aux États-Unis, les fondations doivent reverser au moins 5 % de leurs actifs chaque année. Les 95 % restants continuent de fructifier à l’abri de l’impôt. Ce mécanisme permet aux milliardaires de décider seuls des priorités sociales et sanitaires, créant une forme de privatisation de l’intérêt général. Brigitte Alepin, professeure d’économie à l’Université du Québec, parle de « farce caritative » : il faudrait 35 ans pour que les dons compensent les avantages fiscaux dont bénéficient ces fondations.
Les Patriotic Millionaires, un groupe de milliardaires qui plaide pour plus d’impôts sur les riches, estiment que confier la redistribution uniquement aux philanthropes n’est ni efficace ni démocratique. Même les philanthropes les plus influents rencontrent des obstacles et suscitent débats. Bill Gates, par exemple, est critiqué pour son influence sur les politiques de santé mondiale et le choix de certaines causes au détriment d’autres. Ses investissements dans des entreprises pétrolières ou des projets agricoles controversés sont parfois jugés contradictoires avec ses actions humanitaires.
Warren Buffett, investisseur légendaire et l’un des hommes les plus riches du monde, défend cette approche : selon lui, son argent « sera plus utile employé par des gens intelligents dans la philanthropie que s’il sert à réduire la dette fédérale ». Mais même lui reconnaît que la philanthropie privée ne peut pas remplacer un État actif.
Le philanthrocapitalisme révèle une réalité paradoxale : l’argent sauve des vies, finance des programmes essentiels et encourage l’innovation, mais il renforce aussi des inégalités et donne un pouvoir considérable à quelques individus sur des enjeux globaux. Certains philanthropes, comme MacKenzie Scott, choisissent la liberté des associations pour éviter ce biais, mais ce sont des exceptions.
Alors, faut-il applaudir ou s’inquiéter ? Une chose est sûre : quand des fortunes peuvent décider à elles seules de ce qui est prioritaire dans le monde, on se retrouve dans une situation où donner un chèque de 100 $ ou 100 millions n’a plus le même effet… et nous dirons que ce ne sont pas les petits ruisseaux qui font les grandes rivières, mais ce sont plutôt quelques milliardaires qui redessinent le lit du fleuve à leur guise. A la semaine prochaine pour un nouveau débat, et découvrez le nouveau magazine LOBBY ICI
