The Big Easy

The Big Easy

Berceau du jazz et du gospel, la Nouvelle-Orléans est probablement la ville la plus « chill » des États-Unis. Chaque jour, on y célèbre la joie de vivre comme nulle part ailleurs.

Quel meilleur moment que cette période où l’on sent le froid descendre du nord pour planifier un voyage à NOLA ? C’est ainsi que les habitants de la New Orleans appellent leur ville, en combinant ses initiales N.O. et LA, le « sigle officiel » de l’État de Louisiane. L’usage de ce surnom affectueux s’est imposé au cours des vingt dernières années, c’est-à-dire après le passage de Katrina qui, fin août 2005, rendit la ville tristement célèbre dans le monde entier. Une fois l’été passé, l’air de la cité devient léger, la lumière se fait limpide. Les couleurs pastel se ravivent, entre bleuets délicats, jaunes ingénus et roses vifs comme les plumes des flamants, qui ornent les maisons du French Quarter et de Tremé, le plus ancien quartier afro-américain des USA. Le ciel, étonnamment turquoise après des jours d’une brume qui le rendait laiteux, devient alors le décor idéal pour les derniers éclats de floraisons estivales, pour les magnolias brillants, pour les châtaigniers vigoureux et pour les immenses chênes verts (les live oaks en anglais), plus larges que hauts tant leurs branches ont d’envergure. On en trouve partout. Bien plus que de simples arbres, ce sont de véritables monuments. Ils sont synonymes du « deep South » et se marient avec l’architecture coloniale pour raconter des histoires sorties d’Autant en emporte le vent, histoires de fastes et de misères, de maîtres et d’esclaves, de dominations et de révoltes. Et puis il y a The Great River, le Mississippi, le plus long fleuve d’Amérique, dont le delta arrose la ville. Il serpente tel un ruban, théâtre d’un incessant va-et-vient de barges et de bateaux à aubes tout droit sortis des vapeurs d’il y a deux siècles.

la plantation historique Oak Alley, à Vacherie

Nul besoin de suivre un itinéraire précis, il suffit de marcher d’une rue à l’autre, de s’enivrer de couleurs, de musique et de saveurs. C’est la meilleure manière d’apprivoiser NOLA, où — on le sent dans l’air — la vie est une fête, et où l’on se lève chaque matin pour en profiter. On travaille, bien sûr, on affronte les problèmes comme partout ailleurs, mais une fois le soir venu, on pense à bien manger (on dit qu’ici, on vit pour manger, contrairement au reste de l’Amérique où l’on mange pour vivre), à boire, à jouer, peut-être même à danser. Et le lendemain, on recommence. Ce n’est pas par hasard si The Big Easy est l’autre surnom de la Nouvelle-Orléans. C’est la ville la plus décontractée des États-Unis, et cette attitude semble avoir des racines historiques. Elle remonterait aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, à l’époque où la Louisiane était gouvernée par la France qui, de ce côté-ci du monde, faisait preuve d’une certaine souplesse à l’égard du respect des normes et des lois. Ici est né le concept du « Laissez rouler les bons temps », qui résume à lui seul l’esprit tenace des habitants de cette ville joyeuse et multiethnique.

French Quarter : français ou espagnol ?

Il s’appelle French Quarter, mais l’architecture est espagnole, la faute aux incendies qui détruisirent les bâtiments d’origine française, et à la cession de la ville aux Espagnols en 1762. Ceux-ci abandonnèrent discrètement les constructions en bois et introduisirent leur propre style. Sur Royal Street, mais aussi dans les rues parallèles et transversales, on trouve ainsi quantité de maisons en briques de deux ou trois étages, aux teintes vives, et aux balcons couverts sur la rue (les fameuses galleries). Les garde-corps en fer forgé, si finement ouvragés qu’ils ressemblent à de la dentelle, sont rarement nus : on y accroche des paniers de fleurs, des fougères ou des décorations kitsch qui n’ont ici rien de décalé. Sur les murs, des plaques de céramique ornées de blasons rappellent les anciens noms espagnols des rues, tandis que les actuels apparaissent en lettres incrustées dans les trottoirs.

C’est dans ce quartier que se trouve la rue la plus célèbre de la ville : l’incontournable Bourbon Street. Chaque soir, jusqu’à tard dans la nuit, elle déborde de monde. Ceux qui jouent de la musique et ceux qui écoutent, passant d’un bar à l’autre pour s’offrir la plus grande orgie de jazz et de blues live de leur vie. Difficile de saisir la force de cette ambiance sans la vivre. Imaginez une rue relativement courte mais bondée jusqu’à l’extrême, des fanfares déchaînées aux coins des trottoirs, des personnages aux looks extravagants ou aux perruques flamboyantes, qui dansent et boivent en marchant, des torrents d’alcool, des nuages de fumée… Et partout de la musique, de la musique, de la musique.

Jackson Square a en revanche quelque chose de très européen. Inspirée de la place des Vosges à Paris, c’est un espace élégant, structuré autour de la statue équestre du général Andrew Jackson, face à plusieurs bâtiments historiques, dont la blanche cathédrale Saint-Louis. Son intérieur est saisissant, avec deux rangées de drapeaux suspendus le long de la nef centrale, représentant les différents diocèses et gouvernements de Louisiane. Juste derrière se trouve Pirate Alley, l’un des lieux les plus photographiés de NOLA en raison de son atmosphère pittoresque, de ses artistes et du Pirates Alley Café, un minuscule bar à thème nautico-piratesque, réputé comme le meilleur endroit pour boire, entre autres, des cocktails à l’absinthe.

En 1925, l’écrivain William C. Faulkner loua une maison dans cette rue et y écrivit des nouvelles dans lesquelles il comparait la Nouvelle-Orléans à « une courtisane pas encore vieille, mais déjà plus vraiment jeune ».

Pour les épicuriens, l’un des lieux incontournables est The Sazerac House, sur Magazine Street, située entre le French Quarter et le Warehouse District. Ce bâtiment de trois étages est un véritable temple des spiritueux, en particulier du whiskey. Il tire son nom du plus ancien cocktail de l’histoire à base de cognac Sazerac. Les visiteurs, strictement majeurs évidemment, peuvent y profiter d’expériences interactives, d’expositions, de cours de mixologie, de dégustations, de visites de distillerie et d’un espace boutique.

La ville de La Nouvelle-Orléans vit de musique, dans les rues comme dans les clubs

Congo Square, là où le jazz est né

Dans le quartier de Tremé, sur North Rampart Street, une vaste esplanade s’ouvre juste derrière les grilles du Louis Armstrong Park. Son nom : Congo Square (anciennement Place des Nègres). C’est là, de la fin du XVIIIᵉ siècle jusqu’en 1865, que les esclaves noirs des plantations avaient la permission de se réunir une fois par semaine pour vendre leurs produits, chanter, danser et jouer de la musique. Au début, ils ne jouaient que des tambours africains nommés… bamboula, puis ils ont introduit des banjos improvisés, fabriqués à partir de boîtes de cigares cubains et de trois ou quatre cordes en boyau de porc. Voilà comment sont nés le jazz et le gospel, des genres nés du mélange de sons, de mélodies et de rythmes typiques des différentes ethnies d’Afrique de l’Ouest, enlevées et amenées en Amérique pour travailler dans les plantations.

Plusieurs sculptures en bronze, disséminées dans le parc, rappellent cette histoire, et l’on y organise encore aujourd’hui concerts, festivals et autres parades. Ces dernières ont inspiré les funérailles jazz, qui sont toujours pratiquées dans la ville, avec la fanfare en tête de procession, suivie des proches du défunt, et enfin de la fameuse second line. Ce cortège spontané d’inconnus, armés de parapluies colorés et de mouchoirs agités au-dessus de la tête, participent ainsi aux obsèques en avançant jusqu’à la sépulture sur un pas de danse lent et solennel. Puis, sur le chemin du retour, ce recueillement fait place à une danse déchaînée et libératrice sur une musique plus rapide et, n’en déplaise à Dieu, nettement plus joyeuse.

La verrière colorée du grand dôme de l’ancien Capitole, aujourd’hui transformé en musée

Le paradoxe des plantations

Les plantations historiques de Louisiane sont à la fois des exemples emblématiques d’une splendide architecture, mais aussi autant de symboles de l’esclavage et d’une oppression brutale. Lorsqu’on les visite, impossible d’oublier ce passé sombre. À Oak Alley Plantation, à Vacherie, s’étend une allée de 240 mètres bordée de chênes centenaires dont les branches forment une spectaculaire arche verte et ombragée. La belle demeure principale abrite un musée, et des visites guidées vous emmènent à la découverte des maisons de bois voisines, dans lesquelles vivaient les esclaves.

À Houmas House, imposante propriété de Darrow sur le Mississippi, la Mansion appartient désormais à un particulier : Kevin Kelly, entrepreneur immobilier originaire de NOLA, qui l’ouvre volontiers aux visiteurs. Il en a conservé le style d’origine, qu’il a même enrichi d’objets et de collections. Kevin a également créé un musée, ainsi qu’un bar, plusieurs restaurants, et des cottages permettant de loger sur place.

Casa LaBranche, sur Royal Street, avec ses garde-corps en fer forgé, si raffinés qu’ils ressemblent à de la dentelle.

L’année de la cuisine

Le Louisiana Office of Tourism a proclamé 2025 « année de la cuisine » pour rendre à la fascinante gastronomie locale l’hommage qu’elle mérite, et la faire connaître au monde entier. Le message du slogan Feed Your Soul (nourris ton âme) est : ici, on ne mange pas que pour se sustenter, mais surtout pour perpétuer l’histoire ancienne et récente, pour préserver des racines lointaines, et pour célébrer les métissages culturels. Et au passage, on honore la joie de vivre, l’inclusivité, l’hospitalité et la convivialité.

Surprenante synthèse d’influences venues de la moitié du monde, de l’Europe à l’Afrique, en passant par les Caraïbes, nourrie des traditions créoles et/ou cajuns, la cuisine d’ici est colorée, épicée et généreuse, avec une prédominance d’ingrédients frais, qu’ils soient d’origine animale ou végétale. Elle repose sur deux bases essentielles et omniprésentes : la Holy Trinity, sainte trinité composée d’oignons, de poivrons et de céleri, et le roux, mélange de farine, d’huile et d’épices. Ça y est, vous avez faim ?

Par Manuela Stefani

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