Quelques jours seulement avant la victoire de Thomas Detry, nous avons rencontré Thomas Levet lors du Trophée Hassan II qui se déroulait à Rabat, sur le fabuleux parcours rouge de Dar Es Salam. Nous avons évoqué avec lui son amour pour notre pays, la Ryder Cup, mais aussi sa vision sur Thomas Detry qui, vous allez le lire, était prophétique !
C’est probablement le plus beau palmarès du golf français contemporain. Avec ses 15 victoires professionnelles, dont 6 sur le tour européen. Mais aussi, une 2e place à The Open en 2002 et une participation dans l’équipe de Ryder Cup 2004 (victoire européenne au Oakland Hills Country Club). A 56 ans, Thomas Levet a toujours le golf dans ses mains. Célèbre commentateur de Majeurs sur la chaîne française Golf +, diffusée en Belgique côté francophone, il a lancé son académie à l’Ile Maurice sur le parcours d’Anahita. Dans la foulée de son pro-am, la veille du début du Trophée Hassan II, le Français, très accessible, a accepté de répondre à nos questions.
Play Golf : Nous souhaitions évoquer avec vous la Belgique. C’est un pays que vous semblez connaître particulièrement bien ?
Thomas Levet : Oui, je connais pas mal. Déjà, parce que j’y ai joué plusieurs Open de Belgique, sur le parcours mythique du Royal Zoute. Mais aussi parce que j’y ai un des meilleurs souvenirs de golf de ma carrière à Waterloo. Sur le parcours de la Marache, j’ai joué 26 sur le front 9 avec deux eagles sur les par 5 et 6 birdies. Tout rentrait, je peux vous dire que le joueur contre lequel je jouais ne savait plus où se mettre (rires). Et puis, je suis aussi allé sur de superbes parcours comme Waregem et j’ai une amitié particulière avec Nico Colsaerts que j’ai vu commencer à jouer tout gamin.

PG : En plus, il semblerait que vous soyez passionné par un autre sport roi en Belgique ?
TL : En effet, je me suis souvent rendu dans votre pays pour suivre le hockey sur gazon que je pratiquais quand j’étais ado et qui était un sport de famille. Mon filleul et son frère ont d’ailleurs joué à la Gantoise et je suis souvent venu les voir. Et j’ai bien sûr suivi l’ascension formidable du hockey belge et sa médaille d’or aux Jeux.
PG : Revenons au golf, quel regard portez-vous aujourd’hui sur le golf belge ?
TL : Il est indéniable de constater que vos joueurs ont beaucoup de talent. Nicolas Colsaerts, grâce à ses victoires a bien sûr montré la voie aux autres joueurs en facilitant leur intégration et en transmettant son expérience du circuit. La Belgique, comme la France d’ailleurs, n’est pas un grand pays de golf. Mais vos joueurs ont montré que ce n’est pas parce qu’on vit dans un pays où il fait 4 degrés en hiver et qu’il pleut, qu’on ne va pas s’en sortir. On peut d’ailleurs dire que vos joueurs sont les meilleurs du monde sous la pluie (rires).
PG : Petite question sur Thomas Detry. Tout le monde voit qu’il a du talent. Pourtant, il n’a ni gagné sur le DP World Tour, ni sur le PGA Tour (ndlr : interview réalisée le 4 février 2025). Comment voyez-vous son avenir ?
TL : Moi, je ne m’en fais pas pour lui, parce que c’est quelqu’un qui travaille beaucoup. Il fait des résultats de plus en plus réguliers et tape fort la balle. Il choisit en plus d’évoluer sur le plus gros circuit du monde, alors qu’il aurait pu choisir la facilité et rester en Europe. Mais non, il va prendre le taureau par les cornes. Il acquiert de l’expérience. Un jour il va y avoir un déclic et on va avoir un grand Thomas Detry. C’est quelqu’un qui a tout ce qu’il faut pour y arriver et je crois qu’il peut gagner 5, 6 fois sur le PGA Tour. Car il a le talent pour, c’est évident.
PG : On est dans une année de Ryder Cup et vous y avez participé. Qu’est-ce qu’il faut aujourd’hui pour en être ?
Il faut une grosse saison dans les mois qui précèdent la Ryder Cup, c’est là où cela compte le plus. Il faut le petit déclic qui fait que tu gagnes au bon moment. Il n’y a pas vraiment de façon de faire. Il faut rentrer dedans et ramener de bons résultats. Je crois que l’année où j’ai été sélectionné, j’avais gagné l’Open d’Ecosse et fini 5e du British avec plusieurs top 10. La régularité te fait prendre de plus en plus de confiance et te permet de te qualifier directement pour l’événement.
TL : Qu’est-ce qu’il a de plus cet événement ?
L’atmosphère, le niveau de jeu, la consécration d’une carrière. Tout cela est incomparable. C’est comme si tu étais joueur de foot, le public est avec ou contre toi et cela te pousse dans tes retranchements que tu ne connais même pas toi-même. Colin Montgomerie, joueur historique de Ryder Cup disait d’ailleurs. « Moi sur le tee du 1, la balle, je m’en débarrasse ». C’était un des meilleurs joueurs du monde. Imaginez donc ce qu’on peut ressentir.
PG : Vous avez une petite anecdote sur notre pays que vous souhaitez nous raconter ?
TL : On avait prévu une rencontre entre mon club de la Boulie à Versailles contre Waterloo. On leur met une raclée en France et on doit jouer le match retour à Waterloo, 2 semaines plus tard. La veille, notre équipe arrive avec ¾ de l’équipe de France juniore, donc une équipe très très forte. On est accueilli par l’équipe belge qui nous a prévu une petite soirée dans une brasserie bruxelloise. Mes équipiers sont sortis avec les joueurs belges, c’était une super soirée. Mais j’avais 16 ans et n’y étais pas allé. Le lendemain, les gars étaient complètement refaits, avec une gueule de bois mémorable. On arrive alors au départ du 1. Et en fait, l’équipe qu’on devait affronter n’était pas du tout celle avec laquelle on avait fait la fête. Nos adversaires belges sont arrivés tous frais et nous ont mis une raclée monumentale (rires). C’était un très grand souvenir, dans une ambiance fabuleuse.
Par Thibault Balthazar
