Dans les vignobles escarpés du Haut-Adige, région alpine du nord de l’Italie marquée par une double influence latine et germanique, un cépage ancien retrouve une place inattendue : le schiava. Longtemps relégué au second plan face aux variétés internationales, il s’inscrit aujourd’hui dans un mouvement global de redécouverte des vins rouges légers, frais et digestes.

Situé sur le versant méridional des Alpes, le Haut-Adige ne représente que 5 850 hectares de vignes, soit moins de 1 % du vignoble italien. Il produit pourtant près de 40 millions de bouteilles par an, dont 96 % sont commercialisées sous l’appellation Alto Adige DOC, un taux exceptionnel qui reflète une exigence qualitative élevée. Les vignes s’étendent entre 200 et 1 000 mètres d’altitude, bénéficiant d’un climat contrasté : étés chauds, nuits fraîches, vents réguliers venus du lac de Garde et protection naturelle contre les courants froids alpins. Cette combinaison favorise une maturation lente, une acidité marquée et des profils aromatiques précis.

La diversité géologique constitue un autre pilier du vignoble. Plus de 150 types de sols se côtoient, du porphyre volcanique aux roches calcaires et dolomitiques, expliquant la coexistence d’une vingtaine de cépages et la minéralité caractéristique des vins, rouges comme blancs. La structure foncière demeure très morcelée : 4 800 vignerons se partagent les parcelles, majoritairement regroupés depuis 2007 au sein du Consorzio Vini Alto Adige.
Mentionné dès le XIVᵉ siècle, le schiava a longtemps dominé le paysage viticole local. Jusqu’aux années 1970, il couvrait plus de 80 % du vignoble, et le Santa Maddalena figurait parmi les vins italiens les plus réputés. Son déclin s’amorce dans les années 1980, lorsque l’appellation privilégie des cépages jugés plus rentables. De 3 572 hectares en 1973, sa surface tombe à 467 hectares en 2024.

Ce recul n’a toutefois pas signé sa disparition. Depuis le début des années 2000, une nouvelle génération de producteurs revoit les pratiques de vinification et démontre le potentiel du schiava. Robe rubis claire, arômes de fruits rouges frais, structure souple et faible degré d’alcool en font un vin immédiatement accessible, souvent comparé au gamay du Beaujolais. Certaines cuvées issues de vieilles vignes montrent également une capacité de garde inattendue.
Cette renaissance coïncide avec l’évolution des habitudes de consommation. Les rouges légers à servir frais séduisent une clientèle en quête de modération, de polyvalence gastronomique et de fraîcheur, dans un contexte de réchauffement climatique. Malgré des défis persistants ,faibles prix du raisin, forte intensité de main-d’œuvre, image encore fragile , le schiava bénéficie aujourd’hui d’un environnement favorable.
Symbole du patrimoine viticole du Haut-Adige, ce cépage illustre le retour en grâce de vins où l’élégance et la buvabilité priment sur la puissance, rappelant que la légèreté peut aussi être synonyme de profondeur.
