L’humour namurois qui décape et détend
On l’a découvert dans sa chambre d’ado réalisant des vidéos qui sont devenues virales sur les réseaux sociaux. Depuis, il a tracé son chemin, jusqu’à faire l’événement dans l’émission « Quotidien » de Yann Barthes qui cartonne sur TMC, sans jamais renier ses racines namuroises. Il a aussi montré qu’humour et entrepreneuriat ne sont pas incompatibles, multipliant les projets dont le festival « Namur is a joke » qui fêtera ses cinq ans en mars.
Le collège à Erpent
Si vous êtes Namurois, vous connaissez forcément le Collège Notre Dame de la Paix d’Erpent où la progéniture des « beautiful people » de la belle et bourgeoise capitale wallonne se retrouve pour boucler les études d’humanités. On y côtoie néanmoins des jeunes de tout milieu, dont les parents ne regardent pas toujours à la distance pour que leurs enfants puissent suivre les cours sur les hauteurs namuroises… ce qui peut parfois sembler un rien snob ou exagéré, mais soit. Guillaume Wattecamps (alias GuiHome), lui, est un vrai Namurois, entre Meuse et Sambre, le genre d’enfant du peuple « qui anime et turbule » comme il dit. D’abord « petit leader qui choisit les équipes au foot lors de la récré », puis « élève dissipé mais intelligent… qui sait s’arrêter juste avant la punition. » « Le collège avait un côté élitiste et brassait un milieu dans lequel ma sœur et moi nous sentions un peu en pays étranger », continue-t-il. « À un âge où on est très sensible au regard des autres, avec l’envie de plaire, je vivais mal cette différence. Ceci dit, avec le recul, je constate qu’avoir évolué dans un contexte différent du mien a justement façonné mon personnage, qui se demande toujours ce qu’il fout là. Devoir s’adapter peut devenir une force ». Et créer de petites vidéos en cachette dans sa chambre avec son ordinateur en imitant sa mère, pour faire marrer les autres, c’est une des manières de s’y prendre à cet âge, d’autant plus si on a un cerveau bouillonnant et l’originalité innée.
GuiHome est partout
« On me décrit comme un hyperactif, mais il y a surtout que je m’ennuie vite », sourit-il lorsqu’on lui dit qu’aujourd’hui il est partout. Récapitulons, pêle mêle, un festival, une boite de production, un Comedy Club, une agence de marketing et de communication, un magasin de… gaufres et la marque de vêtements « Oui et Non », tout ça à Namur, mais encore des spectacles un peu partout dont les billets s’envolent, en France, au Québec, avant un retour à l’envoyeur dans pas mal de villes belges en octobre et décembre 2026. Sans même parler de ses piges médiatiques à la RTBF (Comme à la maison), sur Prime Video (Lol : Qui rit, sort !), avec les Grosses Têtes, et surtout sur TMC/Quotidien avec Yann Barthes qui en quatre mois s’en est déjà pris « plein la tronche à s’en fendre la poire », comme disent les internautes, face aux saillies désopilo-décapante de la tornade belge (oui, ça existe). C’est en tongs et en marcel, comme échappé d’un camping voisin, qu’il y a délivré sa première chronique : « Vous devez 3.000 milliards mais François Bayrou propose une solution : supprimer le lundi de Pâques ! Moi, on m’envoie ça, je réponds : ‘Mais c’est super ! Et pour lutter contre l’obésité, supprimons le Mardi-Gras ! » D’emblée, le ton était donné, dans une émission qui peut cumuler 2 millions de téléspectateurs à cette heure là. « Je sors de ma zone de confort au risque de ne pas plaire, mais je préfère ça plutôt que de faire la même chose jusqu’à la fin de ma carrière ».
Près de 9 millions de vues
Il ne fait peut-être pas rire tout le monde, mais on est quand même (de plus en plus) nombreux à le trouver hilarant, comme quand il salue le triomphe d’Helena par un pied de nez aux NRJ Music Awards : « Hé, on les a bien eus ces Frouzes hein ? On disait qu’Angèle n’était plus là, ciao, bonne soirée, eh bien non ! On revient avec une autre et elle est encore meilleure ! ». « Mon personnage arrive à taquiner les gens sans les blesser, quelque part il y a toujours de la bienveillance », souligne-t-il. On peut compter sur lui pour créer l’événement. Personne n’a oublié qu’en 2016, après les attentats du metro Maelbeek et de Brussels Airport, dans une de ces vidéos où il faisait semblant de parler avec sa mère, il avait créé un « buzz » monumental en se lançant dans la plus formidable leçon de résilience et d’humanisme qu’un ado ait pu donner ou recevoir : « Ils ne vont quand même pas foutre notre vie en l’air sous prétexte qu’ils ont raté la leur (…) On a une arme beaucoup plus puissante que leurs kalachnikovs: on a l’humour. Et l’humour belge est indestructible. (…) Je ne vais pas pourrir toute la journée seul dans mon salon à cause de trois crétins qui ont perdu leur cerveau en chemin. Plus il y aura de terroristes, plus j’irai en ville et à l’école, parce que le savoir est une arme. » La vidéo, comme arme de conviction massive. Elle a été visionnée près de 9 millions de fois, quasiment la population belge. « On décrit mon personnage comme un plouc, mais lui et moi on ne s’est jamais considéré comme tel », sourit-il. « C’est ce qu’on dégage et on l’accepte, mais on est aussi comme tout le monde, c’est ce décalage qui fait que c’est comique et qui permet de tout dire ».
Des crêpes…
« Je n’ai jamais eu l’obsession française, d’autant que mon personnage est très belgo-belge », insiste le Namurois qui, on le sait peu, s’était pourtant déjà expatrié à Paris au sortir des humanités, à 18 ans à peine donc. Ce n’est pas un bon souvenir. « J’ai eu envie d’y poursuivre une formation théâtrale entamée à Namur », se souvient-il. « Mais ça a été très dur, Paris est brutal humainement. Je ne voulais pas que mes parents paient pour moi. Je me suis retrouvé à travailler sept jours sur sept dans un kiosque à crêpes au pied de la tour Eiffel. Je n’avais plus le temps d’aller en cours. Après deux ans, je suis revenu, prêt à faire une croix sur mes aspirations artistiques. J’ai commencé des études de communication journalistique à l’ISFSC à Bruxelles. Et là, l’ennui est revenu. C’est grâce à lui que j’ai créé la page Facebook « GuiHome vous détend », où je diffusais des vidéos pour faire rigoler mes potes. Un an après, j’étais en tournée, produite par François Pirette. « Sold out ». On a joué 80 fois… et j’ai commencé à avoir peur de ne pas tenir dans le temps. Que se passerait-il si je terminais dans le costume d’un ringard ? »
… aux gaufres
« L’hyperactif qui est en moi a alors cherché des projets qui ne dépendent pas de mon visage », poursuit le Namurois. « Quand j’ai créé avec ma soeur Hélène « No Picture Please », une agence qui accompagne les sociétés dans le développement de leur image sur les réseaux sociaux, j’ai été rassuré, cela m’a permis de vivre GuiHome plus sereinement. Avant, je pensais que ma vie en dépendait, maintenant je sais que j’ai d’autres compétences », disait-il en 2021. S’imposer comme chef d’entreprise tout en restant humoriste n’a pas été facile. « Certains pensent que je plaisante en permanence, j’ai dû prouver que mes décisions étaient sérieuses, que je savais m’entourer, sans perdre mon identité. J’ai cette impulsion artistique qui pousse à créer sans compter, mais aussi une équipe qui veille à la rentabilité de chaque projet ». Par exemple quand il veut concurrencer la cité ardente avec la gaufre de Namur (« Ta mère la gaufre »), qu’il ouvre un restaurant Comedy Club comme à Paris (« Chez Guillaume »), lorsqu’il produit son pote, complice, presque alter ego, Nicolas Lacroix, et surtout lorsqu’il imagine un festival d’humour, « Namur is a joke », qui fêtera son cinquième anniversaire cette année et qui a accueilli 14.000 personnes dans la capitale wallonne en 2025. C’est impressionnant.
Les nommés :

ESOBIOTEC (Jean-Pierre Latere) : Belge d’origine congolaise, Jean-Pierre Latere et son complice Philippe Parone ont fondé en 2020 cette start-up biotechnologique spécialisée dans le traitement du cancer par thérapie cellulaire qu’elle cherche à rendre accessible au plus grand nombre. Avec un tel succès que le géant pharmaceutique AstraZeneca a décidé de racheter l’idée, la société de Mont-Saint-Guibert, l’équipe de 13 collaborateurs et 600 m² de locaux pour 425 millions de dollars dans l’immédiat, puis 575 millions supplémentaires en fonction des stades de développement ultérieurs. Jusqu’à un milliard sur la table.

VALERE BURNON : « Il est en train de réaliser son rêve ». Les parents du Marchois Valère Burnon ont résumé en une phrase un millésime 2025 que leur pianiste de fils n’est pas près d’oublier. La superbe troisième place obtenue en finale du Concours Reine Elisabeth, agrémentée du prix du public, a ouvert à ce pianiste surdoué de 27 ans de nombreuses portes, lui qui ne vit depuis toujours que pour la musique et pour les concerts. « Gagner un prix lors de ce prestigieux Concours, j’y pensais depuis que je pratique le piano, mon ambition est vraiment de pouvoir me produire sur les scènes du monde entier », sourit-il.
