À Knokke, certains redoutent moins la marée… que la marée… de frigo-box !
Après quelques jours de pause bien méritée (même les plumes ont droit à une pause parasol), nous voici de retour avec la sortie de notre magazine Zoute Paper de l’été, dont nous ouvrons aujourd’hui une série 100% knokkoise. Pendant quelques vendredis consécutifs, nous vous partagerons un épisode, une anecdote, un petit potin de bon goût venu de notre belle station balnéaire. Premier chapitre : une histoire de dictionnaire qui a mis le conseil communal et les pratiquants de Knokke sens dessus- dessous.
Tout commence par un mot. Un seul ? Oui ! A Knokke-Heist, un mot maladroitement choisi peut faire plus de dégâts qu’une marée de printemps savez-vous. Et ce mot c’est : « Exclusif ». La Bourgmestre Cathy Coudyser, en cheffe d’orchestre de l’ouverture d’un débat collégial, a voulu bannir le terme, arguant qu’une commune ne devrait jamais rimer avec exclusion. Sa vision de trottoirs sans barrières, de visiteurs de toutes provenances main dans la main avec les résidents, façon carte postale humaniste, est une noble intention, et nous ne pouvons que l’approuver. Cependant, l’opposition, elle, a dégainé le mot comme un totem sacré. Pour elle, l’exclusivité n’a jamais exclu personne. Elle façonne les haies, embellit les vitrines, entretient et préserve ce standing si particulier qui fait qu’on vient ici plutôt qu’à quinze kilomètres de là. Bref, “exclusif” est un vernis, pas une clôture.

Le dictionnaire, consulté comme un arbitre impartial, ne facilite rien. Il parle de « pouvoir d’exclure », de « fermé à toute pénétration extérieure », presque d’“intolérance”, quoi ! De quoi donner des sueurs froides à toute Bourgmestre soucieuse d’image… et de son image. Mais le marketing immobilier, lui, a fait son travail de charme : aujourd’hui, une villa « exclusive » n’interdit l’accès à personne, elle se contente d’être rare, chic et hors de prix. Trois qualités qui, à Knokke, tiennent lieu de carte d’identité.
Alors, vraie querelle politique ou simple malentendu sémantique gonflé à l’hélium communal ? On penche pour la seconde option. Vouloir une station ouverte à tous et irréprochable dans son standing n’a rien d’un grand écart. C’est même la définition du bon goût version digue du littoral. On peut accueillir le monde entier tant que ce monde entier respecte le dress code implicite. Alors, le vrai luxe, finalement, n’est peut-être pas de fermer la porte mais de la laisser ouverte tout en sachant que peu osent la pousser sans avoir bien vérifié le dessous de leurs chaussures. Qu’en pensez-vous ?
Quoiqu’il en soit, à Knokke, même les disputes de dictionnaire finissent en garden-party entre gens bien éduqués. Et tandis que les élus se chamaillent sur « exclusif » ou « inclusif », les mouettes, elles, ne font pas de distinction. Elles piquent une frite aussi bien chez le résident que chez le touriste d’un jour. Une leçon d’humanisme qui vaut bien tous les conseils communaux réunis.
Rendez-vous vendredi prochain pour un nouvel épisode knokkois. Accrochez-vous, ce sera du tout frais !
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Rédigé à partir de l’article d’Alain Zenner
