Dans un monde guidé par la suspicion d’utilisation de l’IA, des doutes ont été portés à l’encontre de l’artiste pluridisciplinaire canadien Miles Astray pour son cliché « Flamingo ». Or, il s’agit bien d’une photo réelle d’un flamant rose sur pattes, sans tête ni ailes, certes, mais il s’agit là tout simplement de… sa position pour dormir.
Une image créée par IA remporte un prix photo. Un vrai cliché photographique de flamant rose gagne dans une catégorie réservée à l’IA… Les jurys s’emmêlent les pinceaux et les artistes débattent. Que devient l’univers de la photographie quand on peut fabriquer une image sans sortir son appareil ?
En 2023, l’artiste allemand Boris Eldagsen remporte un Sony World Photography Award (l’un des plus prestigieux concours de photographie au monde) avec un portrait de deux femmes à l’allure ancienne. Une image saisissante, entièrement générée par intelligence artificielle. L’artiste voulait justement alerter sur la confusion entre photographie et création par IA. Pour tester le détecteur de fumée, il avait apporté la flamme !
Un an plus tard, le canadien Miles Astray réalise l’opération inverse. Il présente, dans une catégorie consacrée à l’IA, un flamant rose apparemment sans tête. Il gagne un prix. Or l’oiseau est parfaitement réel. Il dort tout simplement, la tête cachée. Voilà donc un animal qui prend la technologie à son propre piège, sans même interrompre sa sieste. Derrière ces deux histoires se cache une question moins farfelue qu’il n’y parait. Qu’achetons-nous vraiment quand nous achetons une œuvre ? Une belle image ? Un regard ? Une rencontre avec le réel ou avec l’abstrait ?

À Bruxelles, Alain D’Hooghe, directeur de la Box Galerie, défend son idée : la photographie vaut par la manière singulière dont un auteur voit le monde. Commander une image à un logiciel lui paraît bien pauvre en comparaison. Et l’enthousiasme général lui inspire un sérieux soupçon. Certains courent peut-être après la modernité comme après un tram, mais sans regarder où il va…
Au Hangar, sa directrice, Delphine Dumont, porte quant à elle, un autre regard. Pour comprendre cette révolution, elle a organisé en 2025 “AImagine”, une exposition réunissant une vingtaine de projets de photographes utilisant l’IA. Elle y a trouvé un véritable propos artistique. Certains créateurs nourrissent même les logiciels de leurs propres images. La machine travaille, mais quelqu’un lui donne une direction. Elle rappelle que le numérique devait déjà enterrer l’argentique, cette photographie traditionnelle sur pellicule, où la lumière imprime chimiquement l’image grâce à des cristaux d’argent. Le défunt annoncé se porte pourtant plutôt bien.

Les photographes ne sont pas tous obligés de passer à l’IA. Le Belge Stephan Vanfleteren s’y intéresse, mais préfère poursuivre son travail au contact du réel. Pour photographier la mer, il est même entré dans l’eau. Découvrir les possibilités d’un logiciel ne l’empêche pas de d’affronter lui-même les embruns.
Pour le public, en revanche, difficile de savoir au premier regard si une scène a été photographiée ou générée par ordinateur. D’où l’intérêt de préciser comment l’image a été produite. On peut admirer les deux, mais saisir un instant qui a réellement existé et inventer une scène sur écran ne racontent pas la même chose…
Le flamant rose nous rappelle que la nature n’a pas attendu l’intelligence artificielle pour inventer des images invraisemblables. En cachant sa tête pour dormir, il a trompé un jury qui cherchait les prouesses de l’IA. Pas mal pour un oiseau qui n’avait même pas ouvert l’œil. Non ?
On vous retrouve la semaine prochaine et n’oubliez pas de feuilleter le dernier magazine LOBBY ICI et retrouvez François Didisheim, son fondateur, au micro de BXFM Radio, dans son dernier podcast à écouter ICI.Newsletter rédigée d’après l’article de Bernard Roisin, paru dans L’Eventail « Quand l’IA se mêle à l’art… ».
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