Swift, notre Gulliver à nous !

Swift, notre Gulliver à nous !

Discret mais hautement stratégique, le siège de Swift à La Hulpe, près de Bruxelles, abrite l’une des infrastructures les plus importantes de la finance mondiale. Chaque jour, près de 50 millions de messages financiers transitent par son réseau.

Une fois n’est pas coutume, soyons un peu chauvins ce vendredi ! Si la Belgique peut être fière d’accueillir l’OTAN, la Commission européenne, le SHAPE ou Euroclear… il y a également Swift, ce « monstre invisible » dont nous mesurons rarement l’envergure.

Cette semaine, notre série sur l’IA et la finance nous emmène à La Hulpe, où se trouve un très grand rouage de l’économie mondiale.

Sur place, rien ne ressemble à une salle des marchés survoltée. Dans une ancienne propriété Solvay, les arbres entourent des bâtiments pensés comme des véritables  « temples » technologiques, parfaitement intégrés dans la nature. Ils sont signés par deux starchitectes de renommée internationale : le Belgo-Polonais Constantin Brodzki et le Catalan Ricardo Bofill. La finance internationale sait choisir une belle adresse… sans le crier sur les toits.

Derrière ce calme, l’activité donne le vertige. Plus de 11 500 institutions sont connectées au réseau, qui transmet plus de 50 millions de messages par jour. Les instructions échangées représentent, tous les trois jours environ, une valeur équivalente au PIB mondial. Swift ne détient pourtant aucun fonds, ne crée pas de comptes et ne règle pas les transactions. Il transmet les instructions des banques qui déplacent l’argent.

Son nom raconte d’ailleurs son métier : Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication, autrement dit une société de télécommunications financières interbancaires mondiales. Mais « Swift » signifie aussi rapide, instantané, en anglais. Une ambition affichée dès 1973, pour remplacer le télex… Avec ce dernier, le café avait parfois le temps de refroidir avant que les affaires ne se réchauffent. Ce nom offre aussi un détour par la culture et la littérature : Jonathan Swift, l’auteur des « Voyages de Gulliver ». Comment résister à l’image de Gulliver chez les Lilliputiens ? Un géant installé dans un tout petit pays. La comparaison sied à notre puissance financière. Non ?

Le piratage de la Banque du Bangladesh, en 2016, a marqué un tournant dans la cybersécurité bancaire. Des hackers ont utilisé les accès Swift de la banque pour émettre de faux ordres de virement, détournant 81 millions de dollars. Depuis, Swift a considérablement renforcé ses dispositifs de sécurité, notamment grâce à l’intelligence artificielle.

Si ce géant est une coopérative, c’est que les banques fondatrices voulaient garder la main sur leur outil commun. Les établissements actionnaires en assurent le contrôle et partagent les coûts d’une infrastructure que chacun aurait bien du mal à bâtir seul. L’objectif est de rendre un service fiable et sûr aux membres, plutôt que de maximiser les profits. Ce modèle soutient aussi sa neutralité technique : aucune banque ne règne seule sur le réseau. Une maison commune, en somme, où l’on partage davantage que la machine à café.

Mais même une maison commune doit surveiller ses portes. En 2016, des pirates ont réussi à détourner 81 millions de dollars à la Banque du Bangladesh en utilisant ses accès Swift. Les faux ordres venaient de la banque… mais le réseau central était intact !

L’IA renforce désormais la vigilance en rapprochant des indices suspects pour alerter les banques. L’enjeu est de repérer la fraude ou le blanchiment d’argent assez tôt, sans ralentir les paiements légitimes.

La Belgique peut se réjouir d’abriter ce colosse discret. Pour nos entreprises, son utilité est concrète : permettre aux banques d’échanger des instructions fiables pour payer un fournisseur à l’autre bout du monde. Avec l’IA, Swift les aide aussi à repérer les problèmes multiples qui peuvent s’y opposer. De quoi rappeler que notre petit pays compte dans les grandes affaires. Et oui, nous n’avons pas de pétrole, mais nous avons des idées. Et quelques milliards de messages pour les faire circuler !

On vous retrouve vendredi prochain pour une nouvelle brève sur le sujet Finances et IA. En attendant, plongez dans le magazine Lobby et écoutez le dernier podcast de François Didisheim, fondateur de Lobby sur BXFM Radio, ICI.

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