La Villa Empain est le lieu culturel le plus visité de Bruxelles et l’Atomium, le lieu le plus visité de Belgique. Leur point commun ? Il y a 20 ans ces bâtiments étaient en ruine. Il suffisait de les remettre en état. Imaginez Bruxelles sans l’Atomium aujourd’hui ! Derrière ces renaissances, une artisane de choc, Diane Hennebert. Son nouveau challenge ? Le pavillon chinois rebaptisé ‘Palais chinois et des Pays des Routes de la soie’.
« Je supporte mal de voir des bâtiments emblématiques, qui incarnent une certaine grandeur de la Belgique, laissés à l’abandon. Ils me donnent toujours envie de leur trouver une nouvelle affectation, car il est impossible d’envisager une restauration publique d’une certaine ampleur sans avoir en tête, dès le départ, ce que le lieu va devenir et à quoi il va servir ». Amour du patrimoine, créativité et énergie sont les piliers de cette philosophe de formation qui s’est tournée vers ces études parce qu’elle pensait ne pas pouvoir percevoir l’art et l’architecture par le seul biais de l’histoire de l’art. « J’étais certaine qu’il fallait aller plus loin pour arriver à comprendre le sens d’une beauté qui nous dépasse ». Son parcours s’inscrira naturellement dans le secteur de la culture. Elle sera successivement directrice artistique du Botanique, dirigera le Centre Wallonie Bruxelles à Paris et ensuite la Fondation pour l’Architecture.

Une énergie solaire
À l’aube des années 2000, l’Atomium est dans un état désastreux, elle sera à la tête de l’ASBL Atomium qui s’occupera de sa rénovation. En 2007, nouveau cap, elle prend la direction de la Fondation Boghossian et mène les travaux de restauration de la Villa Empain, alors en ruine. « Propriétaire, la famille Boghossian, originaire d’Arménie et du Liban, a financé ce projet. Dès lors, il était intéressant de créer un centre d’art et de dialogue entre les cultures de l’Orient et l’Occident ». Ces deux réussites spectaculaires, dont les budgets étaient respectivement de 25 et 17 millions d’euros mettent aussi en valeur l’intérêt de partenariats particulièrement valorisants pour le patrimoine.
Une gestion efficace
Travailler dans le secteur culturel et fréquenter de nombreux artistes connus a offert à Diane Hennebert une sensibilité différente qui la renvoie aussi à la notion de transmission et la rapproche de l’éducation. En 2015, elle s’engage dans une aventure philanthropique d’envergure en créant ‘Out of the box’, un projet pédagogique très créatif destiné aux jeunes en décrochage scolaire. Élever le niveau… toujours ! C’est encore valable aujourd’hui où, à 67 ans, elle prend bénévolement les rênes d’une ASBL qui devrait rendre sa vitalité au Palais chinois rebaptisé parce qu’il a tout d’un vrai palais, de sa façade en bois réalisée à Shanghai jusqu’aux intérieurs dont les marbres belges sont pareils à ceux de Versailles ou du Vatican. L’ASBL, dont la reine Mathilde est présidente d’honneur a pour mission de s’occuper de ce projet tant au niveau de la recherche des fonds nécessaires que de sa rénovation, de son ouverture au public, de sa gestion et de son animation. « Si j’y arrive, précise Diane Hennebert, on démontrera que tout en restant une propriété publique accessible à tous, sa gestion par le privé peut être plus efficace et moins chère».
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Un palais fermé depuis 11 ans
Construit au tout début du XXe siècle pour favoriser les liens diplomatiques, économiques et culturels entre la Belgique et l’Extrême-Orient, le « Pavillon chinois » est un terme qui semble issu de l’Exposition 58, alors que l’édifice lui est bien antérieur, sa construction ayant été achevée en 1910. Seul rapport lointain, c’est à l’Exposition universelle de Paris en 1900 que Léopold II découvre le « Tour du Monde », un ensemble de constructions inspirées d’Extrême-Orient conçues par l’architecte français Alexandre Marcel. Séduit, il lui demande de bâtir un palais chinois et une tour japonaise à Bruxelles. Ces bâtiments financés par le roi appartiennent aujourd’hui à la Donation royale qui veille sur les biens légués à l’État par Léopold II avant sa mort. En 1921, le pavillon est promu « musée d’art » et sa gestion est assurée par les Musées royaux d’Art et d’Histoire. Fermé en 2013 pour des raisons de sécurité, le bâtiment est classé (tout comme la tour japonaise) depuis 2019 et le beau jardin qui l’environne, depuis 1997. Une exceptionnelle maquette des lieux de 3m de long et d’1,80m de haut, exécutée à Shangaï en 1904, sans clous ni colle a été retrouvée dans les réserves des Musées royaux d’Art et d’Histoire. En piteux état, c’est un vrai puzzle que l’ASBL s’attache actuellement à reconstituer.

Un lien entre les différentes cultures
« Ces lieux emblématiques peuvent créer des dynamiques très intéressantes et je suis fermement convaincue que la culture est un lien formidable qui rapproche les différences », affirme Diane Hennebert. Aussi, la prochaine destination du palais est-elle toute trouvée : « On va travailler dans l’esprit de la Fondation Boghossian pour la Villa Empain, en proposant des activités artistiques temporaires et thématiques qui explorent les 1001 facettes de tout ce qui a été échangé sur les Routes de la Soie depuis le IIIe siècle avant Jésus-Christ ». La concession domaniale actée, les travaux pourraient bientôt commencer, le temps d’avoir les permis, de faire les appels d’offres et de lever les fonds qui s’élèvent à 6 millions d’euros. Et dire qu’en 2017, ils étaient évalués à 700 000 euros !
Article écrit par Viviane Eeman
