Mehmet Sandurac élu Leader Bruxellois

Mehmet Sandurac élu Leader Bruxellois

Les amateurs de livres – et ils sont nombreux quoiqu’on en dise – ont craint de voir disparaître leur précieux repaire bruxellois en situation de faillite. Lorsque l’initiateur des « concept store » Mayfair, Mehmet Sandurac, a remis la marque au goût du jour, on a pu s’interroger sur le futur du Filigranes 2.0 qui s’annonçait. A tort. Le cadre luxueux du boulevard de Waterloo n’a rien changé à l’esprit de la librairie à la fois modernisée et magnifiquement préservée. Par Christian Carette

Une nouvelle vie possible

Reprendre une librairie, même s’il s’agit d’une véritable institution littéraire depuis plus de 40 ans dans la capitale de l’Europe, n’est pas exactement le conseil d’investissement que l’on donnerait aujourd’hui pour espérer gagner de l’argent. Quand le fondateur de Filigranes Marc Filipson, enthousiaste et passionné de livres mais piètre gestionnaire, a dû accepter une procédure de réorganisation judiciaire (PRJ), les dettes de l’entreprise s’élevaient à 3 millions d’euros. Qui plus est, le personnel, se plaignant de harcèlement, appelait à un changement de management. Nommée CEO en 2022, Véronique Croiset, cheffe d’entreprise aguerrie, propriétaire notamment des papeteries Nias, a alors découvert une maison dont le core business fonctionnait bien, « qui voulait bien faire », mais qui avait grandi « sans organisation ni équilibre financier ». L’emploi et le stock de livres revus à la baisse n’ont pas suffi à payer les dettes du passé. « Je suis arrivée un peu tard », dit-elle, « mais, avec les bons investisseurs, une nouvelle vie était possible pour Filigranes. »

Préserver l’âme de l’entreprise

C’est là qu’entre en piste le Brabançon Mehmet Sandurac, 38 ans, diplômé en ingénierie commerciale de l’Ichec, qui a notamment lancé avec succès le concept store Mayfair (6 millions de chiffre d’affaires en 2024) à Waterloo d’abord où il a grandi, puis à Bruxelles sur le prestigieux boulevard de… Waterloo, entre les boutiques Armani, Delvaux et autre Burberry. « J’ai rencontré Véronique Croizet tout simplement à la caisse d’un de mes magasins », note-t-il. « Elle m’a parlé de la situation de Filigranes. Le hasard a bien fait les choses. J’ai toujours été attiré par la mode, le design, l’art et la culture, mais je n’avais jamais osé me lancer dans une librairie en partant de zéro, cela ne s’improvise pas. L’opportunité est donc tombée à pic. Je ne m’étais jamais imaginé à la tête d’une telle institution. Un mois plus tard, le tribunal de commerce retenait notre projet de reprise. » Dans une ambiance tendue ? « Pour moi, le passé c’est le passé. Je ne suis pas l’ancien propriétaire, je suis une autre personne. J’ai senti au contraire beaucoup d’enthousiasme, de passion, et une vraie envie de renouveau. Le premier objectif, c’est de préserver l’âme de Filigranes, la référence en matière de rencontres, de partage et de conseil pour qui cherche un livre, tout en l’inscrivant dans le futur. Le second c’est que Mayfair et Filigranes se renforcent mutuellement, que chacun profite de la clientèle de l’autre, il y a des entrées distinctes, mais les deux vastes espaces sont connectés. L’idée Mayfair c’est de créer une ambiance, comme une sorte de voyage où l’on se sent ailleurs, même si on habite juste à côté. »

10 % des livres vendus en librairie

Si le rachat de la prestigieuse librairie par un homme d’affaires « fashion » comme Mehmet Sandurac avait soulevé son lot de questions, on peut déjà dire, sans préjuger de l’avenir, que les premières réponses sont plus qu’encourageantes. Elles font état d’un chiffre d’affaires en hausse de 20 à 30 %. Plus de 150.000 livres et des centaines d’étagères ont été déménagés du site originel de l’avenue des Arts vers leur nouvelle résidence quelques centaines de mètres plus loin, à deux pas de la Porte de Namur. L’équipe historique du mythique bastion littéraire – certains y travaillent depuis vingt ans – a en grande partie été maintenue, tout comme les rencontres avec les auteurs qui ont fait sa réputation, dans une esthétique dépoussiérée, lumineuse et soignée, portée par un vent de modernité bienvenu. Du coup, les univers de la mode, du lifestyle, de la gastronomie et de la culture littéraire cohabitent assez naturellement sur 3.500 m² et quatre étages. On y vient aussi par curiosité, pour flâner, découvrir et s’inspirer, y compris le dimanche comme on en avait pris l’habitude à l’ancienne adresse depuis 25 ans. Bien sûr, quand on a mis sur la table 305.000 euros pour récupérer Filigranes en faillite, et encore un million et demi pour intégrer la librairie dans le complexe Mayfair en aménageant l’ancien showroom BMW voisin, il vaudrait mieux ça marche. « Croyez-moi, le marché du livre ne se porte pas aussi mal qu’on le dit », assure Mehmet Sandurac. « En 2024, il a à peine reculé de 0,3 %, autrement dit rien du tout. Et 10 % des livres vendus en librairie dans notre pays le sont par Filigranes. Nous sommes donc très importants pour les éditeurs et ils le sont pour nous. »

Vue sur Paris

Toujours est-il que les passionnés de littérature ont retrouvé, ou plutôt n’ont pas perdu, leur « Graal » bruxellois devenu lieu de sortie à part entière et s’insérant désormais dans un projet élargi, plus luxueux, très actuel, avec des écrans tactiles et des hauts plafonds, sans que son fond de commerce originel en soit altéré. On ne peut donc que souhaiter bon vent à Mayfair qui l’a d’ailleurs en poupe, même si son grand patron est plutôt du genre réservé. « Je n’ai jamais cherché à être mis en avant, ni à me faire valoir à travers mes magasins, je ne suis pas attaché à la reconnaissance », dit-il. En revanche, lorsqu’il s’agit de voir grand pour sa marque, on peut compter sur lui, et sur son directeur opérationnel Joevin Ortjens. Ils ont en tête de doubler, voire de tripler leur chiffre d’affaires à l’horizon 2026. Déjà, ils ont acquis le local qu’occupait le Zara à Waterloo, juste à côté de leur magasin, ce qui leur permet d’atteindre une surface totale entre 1500 et 2000 m². Ils y déploient une version enrichie et aboutie de leur nouveau concept Mayfair/Filigranes, avec vue sur l’international. « Le rêve, ce serait Paris, confient-ils, « mais on ne peut pas se rater. On n’aura pas de deuxième chance, donc il faudra y aller quand on sera vraiment sûrs de nous. »

Les nommés

JOHN BOGAERTS : Figure mondaine au bagou sympa, il a révolutionné et démocratisé le monde des clubs affaires en l’ouvrant à la classe moyenne, sur tout le territoire national, avec son B 19, B comme Bogaerts, 19  pour le numéro de la maison où a été fondé le club. Ce dernier compte plus de 2000 membres, organise 150 événements par an, et vient de se relancer dans la cité ardente sur le site de Liège Airport. John a aussi introduit chez nous la pédagogie alternative (sans prof) chère au Français Xavier Niel avec une école de codage, Campus 19, qui affiche un taux à l’emploi de 100 % pour ceux qui bouclent le cursus. 

THIERRY GEERTS : Le directeur de Beci (Brussels Enterprises Commerce & Industry), qui représente les entreprises de la Région-Capitale, a fait tout ce qu’il a pu pour « réveiller » la conscience des politiques bruxellois responsables d’une crise de gouvernance sans précédent. Jusqu’à chercher un hôtel pour y enfermer les négociateurs. « Il faut un gouvernement quel qu’il soit, notre écosystème en dépend, c’est hallucinant, on fait le lit du populisme ». Il a aussi téléguidé une enquête qui a scanné les offres d’emploi sur les réseaux sociaux et en a découvert près de 100.000, soit quasi autant que le nombre de demandeurs d’emplois bruxellois.

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