Mis à jour le 24 novembre 2022

L’offensive ardennaise !

Par Shana Devleschoudere
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Notre feuilleton sur Bruxelles, interconnectée au Nord et au Sud, se poursuit cette semaine en mixant quelque peu le spectre de la thématique en allant à la rencontre des Flamands… de Wallonie !

Les Wallons vont à la côte flamande et les Flamands (et les Hollandais) vont dans « les montagnes » ardennaises. Le refrain est connu. Certains n’hésitent d’ailleurs pas, comme l’humoriste flamand mais véritable belgicain, Bert Kruismans : « Pendant la saison touristique, les petites annonces locales et l’affichage communal interdisant les dépôts clandestins sont dans les deux langues. Le Café des Sports, centre d’asile pour les derniers Wallons de la région, est fermé depuis des années. Par contre, la brasserie de Beffe, où les Flamands sont chez eux, accueille ses visiteurs à bras grand ouverts. Bienvenue au Beffelyhills ! Au cas où vous vous le demanderiez, le nom a été trouvé par un Hollandais… ».

On vous parle ici d’un phénomène qui existe depuis longtemps. La Flandre a toujours adoré passer ses vacances dans les Ardennes. Mais depuis le confinement du Covid, le phénomène s’est très fortement accentué. Certains journaux flamands en font même leurs gros titres. Ainsi cet article du Morgen, paru à l’aube de la dernière rentrée, avec un titre qu’on pourrait traduire par « Les Flamands commencent à régner en maître en Ardenne ». Voilà qui donne le ton ! Et tout l’article est dans la lignée. Une habitante de Rendeux déclare ainsi : « « Depuis cinq ans environ, nous sommes envahis par les Flamands, qui achètent tout. Cela perturbe le rythme de cette région ». Et Madame d’indiquer toutes les directions du doigt : « Marche, Hotton, La Roche, c’est partout pareil. Et on ne parle pas de petits gîtes ». Car, même si cet afflux de visiteurs est bon pour l’économie, il n’est pas sans problèmes : fêtes jusqu’aux petites heures du matin, déchets sauvages le long des routes, supermarchés dévalisés en période de vacances…, la vie de certains locaux peut ressembler à un enfer en haute saison. Sans parler de la flambée des prix de l’immobilier que tout cela induit…

Certains osent parler de « l’effet Marc Coucke ». Partie de Durbuy, la guerre des prix s’étend maintenant aux communes des alentours, renforcée par la recrudescence du tourisme en Ardenne après le premier confinement. À Rendeux ou à la Roche, un tiers des personnes ayant acheté une maison en 2020 est originaire de l’autre côté de la frontière linguistique. Et le problème s’étend dans les villages avoisinants : Vielsalm, Gedinne, Vresse, Beauraing, Houffalize, Rochefort, Somme-Leuze, Han-sur-Lesse (qui serait, dit-on, le prochain objectif de Marc Coucke), voire Stavelot et Malmedy.
Disons-le franchement ; il y encore un problème, plus grave et structurel, à propos de cette « surpopulation » flamande. À force de vendre les bâtiments aux promoteurs et d’en construire de nouveaux à destination touristique, que va-t-il rester de la vie rurale en hors-saison, alors qu’on se marche sur les pieds pendant les vacances ? D’autant que les surenchères pratiquées ne permettent plus aux jeunes du pays d’y acquérir une résidence, et que les trois-quarts des propriétaires sont parfois domiciliés ailleurs, ce qui contribue à vider les communes de leur population à l’année…
Il ne s’agit pas ici de blâmer les touristes et les visiteurs. On l’a écrit : tout cela est bon pour la santé économique de la Wallonie. Mais l’excès est toujours mauvais. Et si nous n’en sommes pas encore au « Vlamingen buiten ! » , certains commencent à perdre les nerfs…
Vous voulez en savoir plus sur ce phénomène de transhumance original ? Allez sur le tourne-page du LOBBY 57 ! 
En attendant, ce week-end, entre la côte flamande et les campagnes ardennaises, n’hésitez pas : restez à Bruxelles ! Il y fait bon vivre aussi…